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RDC: Gueda Yav, propriétaire de Mwant Jet, accusée de tribalisme et d’incitation à la haine
Tout commence par un tweet de la plus adulée de pilote congolaise, Gueda Yav wicht, ancienne pilote de Congo Airways et fondatrice de la compagnie aérienne Mwant Jet le 23 juillet 2021:
« Les colons belges aimaient le Congo 🇨🇩 sans aimer les Congolais, aujourd’hui une frange des Congolais aiment le Katanga sans aimer les Katangais … nous sommes nationalistes, devons-nous nous taire face à la haine du Katangais …, mon pauvre Congo. »
Ce tweet a suscité un tôllé général au sein de l’opinion publique congolaise pour son caractère régionaliste et tribaliste.
Le docteur Ndala Yves Mulongo de l’Université de Johannesburg a réagi à ce tweet :
« Nous devons combattre le tribalisme dans toutes ses formes. Moi-même je suis du Katanga mais avant tout Congolais. il faut éviter ce genre de discours Dada @gueda18 Pour financer la guerre a l’EST du Congo Mzee Kabila avait recouru à la MIBA! Pour votre gouverne. »
Et d’ajouter:
« J’avais bcp d’admiration pour vous Dada @gueda18 mais là vous prêcher indirectement le tribalisme! Vous m’avez beaucoup déçu. »
Plusieurs ont été d’avis qu’en tant qu’entrepreneure qui a lié son image à son entreprise, faire des critiques régionalistes risquent d’être collé à son entreprise et avoir des répercussions sur son business.
Réagissant aux propos de madame Gueda, Litsani Choukran, fondateur de Politico.cd écrit ceci:
« Lennemi du Katanga, c’est les gens du Katanga. L’ennemi du Congo, c’est les gens du Congo, qui pillent l’Etat, bradent les richesses, pour aller construire à l’étranger. Et qui font recours à leurs origines une fois qu’ils sont poursuivis. Ils utilisent le Katanga comme bouclier. »
« Ceux de l’Equateur ont régné durant 32 ans sans électrifier leurs maisons au village, ni y amener de l’eau potable. Mais ils n’ont pas prétendu que le reste du Congo est responsable. Au Katanga, c’est des Katangais qui ont aidé les multinationales à piller la province. »
« Durant 18 ans, pendant Joseph Kabila, c’est des Katangais eux-mêmes qui ont géré leur province et des contrats miniers juteux. Aucune province au Congo n’a eu tant de personne au sommet du pouvoir. Mais à regarder l’état des routes à Lubumbashi, il faut se regarder dans un miroir. »
« L’élite devrait arrêter de trouver de boucs-émissaires derrière une prétendue haine. La seule haine qui existe au Congo est des riches contre les pauvres. Celle de ceux qui sont au pouvoir, contre les plus démunies. Et cette haine n’a pas de tribu, ni de province. »
« Nous aurions compris ce tribalisme s’il consistait à faire développer vos coins. Mais il en est pas question. Les provinces de l’espace Katanga sont démunies pendant que tout l’appareil de l’Etat était issu de cette province. Pourquoi les enfants du Katanga n’ont-ils pas fait mieux? », s’est-il interrogé.
Et de poursuivre:
« L’ennemi du Katanga, c’est les gens du Katanga. L’ennemi du Congo, c’est les gens du Congo, qui pillent l’Etat, bradent les richesses, pour aller construire à l’étranger. Et qui font recours à leurs origines une fois qu’ils sont poursuivis. Ils utilisent le Katanga comme bouclier. »
« Les pauvres sont les mêmes. Du Katanga à L’équateur. De Kisangani à Matadi. De Goma à Kikwit. C’est la tribu du Congo. Victime de son élite. Paradoxale tribu majoritaire, souvent divisée par ceux qui sont responsables de son malheur. Puissions-nous prendre conscience un jour, » conclu-t-il.
Pour rappel, ce n’est pas une première fois que madame Gueda s’hasarde sur le terrain du tribalisme et du régionalisme.
Déjà le 09 juin 2020, elle avait Twitter: « Le Grand Katanga n’est pas tribaliste, au contraire une des rares régions où les non-autochtones se sont installés ont prospéré, nous ne nous laisserons pas marginalisés, le Lualaba paie un lourd tribu pour notre pays, parce que nous sommes nationalistes et nous croyons en la RDC. » Elle réagissait à la mise à l’écart de Richard Muyez Mangez, gouverneur proche de l’ancien président Joseph Kabila.
Des déclarations qui à leur temps, ont divisé l’opinion publique entre les pro et anti-Katangais.
Face au tollée suscité par ses propos, Gueda Yav fait une video où elle a écrit ce dimanche 26 juillet 2021: « On ne peut pas regarder sans dénoncer la haine montante envers les Katangais: insultes, menaces, tentative de sabotage, juste parce que j’ai dénoncé cette haine et que je me dis Katangaise. Cette haine qui ne se cache plus doit cesser et c’est notre devoir de le décrier. »
De quoi confirmer à ces détracteurs que le tribalisme est dans son ADN.
Bishop Mfundu/CONGOPROFOND.NET
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Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
