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Monusco : Deux points essentiels pour comprendre la rupture de confiance et l’inefficacité des opérations sur terrain
La semaine du 25 au 31 juillet 2022 a été marquée par des violentes manifestations anti-MONUSCO à Goma, au nord Kivu, ainsi qu’à Butembo et d’autres localités dont Beni. Ces événements ont mis à nu plusieurs failles au sein de la mission onusienne en République démocratique du Congo (MONUSCO). Au-delà, du fait qu’elle emploie d’excellents journalistes et communicateurs, la MONUSO a failli dans la communication d’abord puis dans les opérations. Ce qui justifie les manifestations contre sa présence sur le sol congolais.
Selon plusieurs experts, si la MONUSCO communiquait efficacement, elle aurait pu ainsi réduire les dégâts et éviter le pire. Malheureusement. Avec un budget conséquent, le bureau de l’information publique (PIO) duquel dépend la radio Okapi, une radio qui émet 24 h sur 24 et en plusieurs langues locales sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo, avec d’autres services notamment le multimédia et des magazines papiers, les résultats sont mitigés et forts déplorables.
Comment expliquer qu’une organisation comme la MONUSCO avec toutes les réalisations sur terrain n’a pas pu convaincre la population à s’interdire de procéder au pillage et à la casse avec mort d’hommes malgré les revendications légitimes de celle-ci ? La même population étant bénéficiaire des plusieurs ouvrages et réalisations comme notamment la réhabilitation et la construction de certaines écoles, des hôpitaux, des ponts, des routes, des marchés, des sous-commissariats de la police dans le contexte notamment des projets à impacts visibles (QIPS) et les activités de la coordination civilo-militaire (CIMIC) dont l’assistance des orphelinats, des homes des vieillards, adduction d’eau, etc. ne pouvait pas se comporter de la sorte si la communication était efficace. À moins que ce ne soit un sabotage à l’interne.
UN ETAT-MAJOR COMPLAISANT FACE A L’ADMINISTRATION

Un autre volet et pas de moindre si pas le pilier même de la mission est celui des opérations sur terrain.
Dans la pratique, la MONUSCO dépend directement du département des opérations de maintien de la paix (DPKO). Et dans ce contexte des opérations sur terrain, ce sont les militaires qui entrent en jeu. Dans l’esprit des missions de maintien de paix à travers le monde, les contingents militaires et policiers ainsi que les observateurs militaires ne peuvent pas opérer sur terrain sans l’apport utile et vital des interprètes-traducteurs. Pour un besoin opérationnel et d’efficacité, les militaires ne peuvent pas opérer sans la présence des interprètes-traducteurs. Pour preuve, l’incident de Kasindi, le dimanche 31 juillet dernier, est criant de l’absence d’un interprète-traducteur aux côtés de la force spéciale tanzanienne.
Interprètes-traducteurs : licenciement massif et abusif. Que s’est-il passé ?
Il nous revient qu’en 2015, 2016 et 2017, la MONUSCO a mis brutalement fin au contrat des interprètes-traducteurs sur toutes l’étendue de la République. Une grave erreur stratégique, selon des analystes, qui se révèle aujourd’hui par des conséquences incalculables sur le plan opérationnel et qui jette comme jamais auparavant du discrédit sur la MONUSCO et l’ensemble de ses opérations de maintien de la paix.
L’interprète-traducteur joue le rôle de pont entre le personnel militaire de la MONUSCO et la communauté locale. Il a un large éventail de responsabilités qui ne se limitent pas qu’à la langue.
En effet, la MONUSCO qui pourtant avait encore besoin de cette catégorie de staff a retiré le statut d’agent de Nations Unies aux interprètes-traducteurs pour convertir ce dernier au simple statut de contractants individuels (IC) ou consultant sous couvert de l’UNOPS. À voir de près, l’UNOPS apparaît telle une « nébuleuse mafieuse » au sein de l’administration de la MONUSCO ayant des ramifications jusqu’au Secrétariat Général à New York, le siège de l’ONU. Et l’architecte de cette maffia n’est personne d’autre que le Directeur de la Mission (DMS).
Les interprètes-traducteurs sont engagés au front avec les militaires. Ils sont exposés aux mêmes risques que ces derniers avec qui ils travaillent. Fort malheureusement, les interprètes-traducteurs ne sont pas couverts par les Nations-Unies qui logiquement ne leur reconnaissent pas le statut de personnel de l’ONU. Ce qui parait illogique et aberrant.
Pour rappel, les interprètes-traducteurs sont des Congolais engagés aux côtés des militaires et des policiers étrangers en vue d’appuyer leurs opérations sur terrain. Certains interprètes-traducteurs portent armes et uniformes, cas de ceux des forces spéciales. Malheureusement, ils vont s’offrir en pâture sur le terrain des affrontements armés et sanglants sans aucune couverture ni frais de mission. Et à cause de cela, plusieurs ont carrément refusé d’embarquer à bord des avions, hélicoptères ou véhicules partant pour un déploiement sur terrain.
Un autre scandale, c’est que le tas de paperasse qui fait office de contrat pour les interprètes-traducteurs et dont nous avons reçu une copie regorge des contradictions scandaleuses à faire pâlir de rage les officiels de l’Organisation internationale du travail (OIT) et ceux des droits de l’homme.
Selon ce contrat, il est impossible d’établir qui de la MONUSCO et de l’UNOPS est employeur de l’interprète-traducteur. Une situation entretenue ainsi savamment par l’administration de la MONUSCO. « C’est triste et inacceptable ce que nous vivons. Nous espérions que nos conditions de travail seront améliorées après toutes ces années et que nos revendications seraient prisent en compte notamment des contrats à durée déterminée avec la MONUSCO mais malheureusement, la maffia s’est imposée et l’animosité a pris la place de l’humanitaire » affirme un interprète-traducteur qui a requis l’anonymat.
Puis un autre de renchérir : « Nous avons pourtant écrit à l’administration plusieurs correspondances, mais ces dernières sont restées lettres mortes. Nous n’avons que ça comme travail, voilà pourquoi nous y restons. Mais nous sommes en passe d’amorcer d’autres mécanismes pour nous faire entendre. ».
Ceci traduit l’état d’esclavage dans lequel sont soumis près de 182 interprètes-traducteurs congolais au sein de la MONUSCO et qui, faute d’un bon traitement et d’une considération proportionnelle au risque encourus, affecte les opérations sur terrain.
Alors qu’un mémorandum de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies en RDC, Bintu Keita, exigeait le retrait du personnel civil des théâtres des opérations et des affrontements, durant les manifestations anti MONUSCO, les interprètes-traducteurs eux, sans interlocuteurs valables, sont restés aux côtés des militaires.
La mission onusienne, dont le mandat a été renforcé avec la brigade d’intervention (FIB) peine durant 22 ans de présence à ramener la paix sur le sol congolais. Ce qui, entre autres, justifie l’ire de la population. Alors que nous bouclons cet article, nous apprenons que le bureau de la MONUSCO Butembo a mis les clefs sous le paillasson.
Dossier à suivre.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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DIGI’TALK Douala 2026 : « L’Afrique doit passer de consommatrice à créatrice du digital », affirme Estelle Essame ( Interview exclusive )
Fondatrice du magazine INNOV’TECH AFRICA et initiatrice de DIGI’TALK, plateforme stratégique dédiée aux acteurs du numérique, Estelle Essame œuvre à structurer et valoriser les écosystèmes technologiques africains. À la croisée des médias, du digital et du développement, elle porte une ambition claire : positionner l’Afrique comme un acteur crédible sur la scène technologique mondiale.
Dans cette interview exclusive accordée à CONGOPROFOND.NET, elle décrypte les enjeux de la transformation digitale et les ambitions de DIGI’TALK.

CONGOPROFOND.NET : On parle de plus en plus de transformation digitale dans le contexte africain. Selon vous, pourquoi ce sujet est-il devenu incontournable pour les entreprises ?
Estelle Essame : Parce que le monde n’attend plus. Aujourd’hui, une entreprise qui n’intègre pas le digital ne perd pas seulement en performance, elle perd en pertinence.
Mais au-delà de la compétitivité, il y a un enjeu encore plus profond en Afrique : le digital est un accélérateur de développement. Il permet de contourner certaines limites structurelles et d’ouvrir des marchés autrefois inaccessibles.
La vraie question n’est plus : “faut-il y aller ?”, mais “à quelle vitesse et avec quelle stratégie ?”.
CONGOPROFOND.NET : Quelle est la vision derrière l’organisation de DIGI’TALK ?
Estelle Essame : DIGI’TALK est né d’un besoin simple : créer des conversations utiles. Pas des panels passifs, mais des espaces d’échanges réels, où les participants se challengent et se connectent.
Ma vision est claire : transformer les discussions en opportunités, et les rencontres en collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi avoir choisi Douala comme ville hôte ?

Estelle Essame : Douala est un hub économique majeur en Afrique centrale. C’est une ville dynamique, portée par une forte culture entrepreneuriale et une concentration d’acteurs économiques clés.
Positionner DIGI’TALK à Douala, c’est s’ancrer au cœur de l’activité économique réelle.
CONGOPROFOND.NET : À qui s’adresse principalement cet événement ?
Estelle Essame : DIGI’TALK s’adresse à ceux qui font : entrepreneurs, décideurs, startups, professionnels du digital, investisseurs, mais aussi jeunes talents.
Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les profils, mais les dynamiques. Créer des ponts entre ces mondes, c’est là que se crée la vraie valeur.
CONGOPROFOND.NET : Quelles thématiques majeures seront abordées lors de cette édition ?

Estelle Essame : Nous avons choisi des thématiques à la fois tendances et stratégiques : la transformation digitale des entreprises, l’intelligence artificielle et les opportunités business dans le numérique.
Mais surtout, nous allons parler concret : cas réels, retours d’expérience et opportunités immédiates.
CONGOPROFOND.NET : Qu’est-ce qui distingue DIGI’TALK des autres rencontres sur le digital ?
Estelle Essame : Son positionnement hybride et orienté résultats. Ce n’est ni un événement institutionnel classique, ni une simple conférence.
C’est un format immersif, conçu pour favoriser des échanges directs, qualitatifs et stratégiques, avec un objectif clair : déboucher sur des collaborations concrètes.
CONGOPROFOND.NET : Quel impact concret attendez-vous pour les participants et les entreprises ?

Estelle Essame : DIGI’TALK doit générer des connexions stratégiques, faciliter l’accès à des opportunités business et accélérer la compréhension des enjeux digitaux.
Pour les entreprises, c’est un levier de veille et de développement. Pour les participants, un accès à des réseaux qualifiés et à des insights de haut niveau.
Notre objectif est clair : créer de la valeur tangible.
CONGOPROFOND.NET : Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui hésitent encore à amorcer leur transformation digitale ?
Estelle Essame : Le principal risque aujourd’hui, c’est l’inaction.
La transformation digitale doit être progressive, structurée et alignée sur les objectifs business. Il ne s’agit pas de tout transformer, mais de prioriser les leviers à fort impact.
Il est aussi essentiel de s’entourer des bonnes expertises et d’adopter une culture d’adaptation continue.
CONGOPROFOND.NET : Quelles tendances digitales marqueront les prochaines années en Afrique ?

Estelle Essame : L’intelligence artificielle va accélérer beaucoup de choses. En parallèle, la cybersécurité deviendra critique.
Je crois également à la montée des solutions africaines, pensées pour nos réalités. Nous allons passer progressivement d’un modèle d’adoption à un modèle de création.
CONGOPROFOND.NET : Comment les jeunes et les startups peuvent-ils tirer parti de cette dynamique ?
Estelle Essame : Les opportunités sont considérables. Ils doivent se positionner rapidement, développer des compétences solides et miser sur la collaboration.
Des plateformes comme DIGI’TALK leur permettent de gagner en visibilité, de rencontrer des partenaires et d’accélérer leur croissance.
CONGOPROFOND.NET : Pourquoi faut-il absolument participer à DIGI’TALK Douala 2026 ?
Estelle Essame : Parce que DIGI’TALK est un catalyseur d’opportunités.
C’est un espace où se rencontrent les acteurs qui façonnent l’avenir du digital en Afrique centrale. En une seule expérience, les participants accèdent à un réseau qualifié, à des insights stratégiques et à des opportunités concrètes.
C’est un rendez-vous à forte valeur ajoutée.
CONGOPROFOND.NET : Un dernier message aux acteurs du numérique et aux décideurs africains ?
Estelle Essame : Nous sommes à un tournant décisif. L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un marché de consommation technologique.
Elle doit s’affirmer comme un acteur de création, d’innovation et de production de solutions adaptées à ses réalités.
Cela exige une mobilisation collective : institutions, secteur privé, talents et entrepreneurs.
C’est à ce prix que nous construirons une Afrique qui ne subit pas la transformation digitale, mais qui la façonne.
Propos recueillis par Tchèques Bukasa / CONGOPROFOND.NET
