Analyses et points de vue
Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba : l’éclat du journalisme congolais face aux attaques d’un pouvoir fragilisé
Dans une démocratie digne de ce nom, le journalisme n’est pas un crime. C’est un devoir. Quand la vérité dérange, le pouvoir s’énerve. Madeleine Kabombiandre (Radio Nava) et Héritier Singba (Radio Boboto) en font la démonstration chaque jour dans le Haut-Uélé, où leur travail acharné dérange visiblement certains cercles du pouvoir.
Plutôt que de répondre aux interrogations légitimes soulevées par ces deux confrères, une réaction maladroite et brutale tente de les réduire au silence sous prétexte de « dérives journalistiques ». Mais de quelles dérives parle-t-on ? Celles de poser des questions gênantes ? Celles de refuser la langue de bois ? Celles de rapporter des faits qui déplaisent ? Répondez sur les faits établis au lieu d’intimider des intimidables !
Aujourd’hui, nous prenons leur défense avec force, car leur combat est celui de la presse libre, de la transparence, et surtout, de la République. Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba sont des journalistes et donc pas des comploteurs. L’investigation est leur credo. Ils ne sont pas des « propagateurs de diffamation », comme le prétend le torchon visiblement écrit sous le coup de la colère.
Ce sont des professionnels qui font leur métier : enquêter, questionner, informer. Si leurs reportages dérangent, c’est peut-être parce qu’ils touchent des sujets sensibles : la gestion des fonds publics, les promesses non tenues et les abus de pouvoir. En quoi cela relève-t-il de la « jungle médiatique » ? À moins que le véritable problème ne soit pas leur travail, mais plutôt ce qu’il révèle.
Déjà, la liberté de la presse n’est pas négociable. L’accusation selon laquelle ces journalistes « agissent en dehors de tout cadre réglementaire » est grotesque. Leur crime ? Avoir osé briser l’omerta qui entoure certaines pratiques politiques. Rappelons une évidence : la liberté de la presse n’est pas un privilège, c’est un droit constitutionnel. Pourquoi ? Pour protéger les journalistes contre des attaques prévisibles des profiteurs.
Elle ne devient un « prétexte à l’impunité » que dans l’esprit de ceux qui préféreraient que les médias se transforment en porte-voix dociles du pouvoir. La vieille recette est connue. Il faut criminaliser les journalistes indépendants. La manœuvre est classique : dénigrer les journalistes, menacer de poursuites et faire pression sur leurs employeurs. Tout cela pour une raison simple : faire taire ceux qui éclairent les zones d’ombre.
Qui a laissé s’installer un climat où les journalistes sont plus souvent intimidés que protégés dans le Haut-Uélé ? Si l’autorégulation est faible, ce n’est pas la faute de Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba, mais d’un système Bakomito qui préfère la répression à la transparence. Le vrai problème, c’est un pouvoir issu d’une coalition incestueuse des oncles de Gombe qui refuse le contrôle citoyen.
Quand le gouverneur Jean Bakomito Gambu se sent visé, c’est peut-être qu’il y a une raison. L’honorable Jean Bakomito Gambu est-il si fragile que quelques reportages critiques menacent son autorité ? Un dirigeant sûr de sa légitimité n’a pas peur de la presse. Il l’écoute, y répond, et assume ses actes. Si des questions sont posées, la réponse doit être des comptes rendus clairs, pas des menaces judiciaires qui n’effraient d’ailleurs personne.
La démocratie, ce n’est pas que les élections. Surtout lorsque ces dernières ont produit miraculeusement à Isiro 21 votes pour 20 votants. Une démocratie, ce n’est pas seulement voter tous les cinq ans. C’est aussi un contrôle permanent des dirigeants par la société civile, les médias, et les citoyens. En s’en prenant à Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba, c’est ce principe même qu’on attaque.
Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba ne sont pas des délinquants. Ce sont des journalistes qui font leur travail avec rigueur et courage. À ceux qui les attaquent, nous répondons : la diffamation, c’est quand on ment. L’investigation, c’est quand on cherche la vérité. L’impunité, c’est quand les puissants échappent à leurs responsabilités. La justice, c’est quand la presse les y oblige.
Nous appelons les médias congolais à se solidariser avec ces deux voix essentielles du Haut-Uélé. Les organisations de défense des droits humains à dénoncer ces tentatives d’intimidation. Les citoyens du Haut-Uélé à exiger plus de transparence, pas moins de journalisme. La liberté de la presse ne se négocie pas. Elle se défend. Dérives journalistiques ? Non, dérives du pouvoir face à des questions légitimes.
Propos outranciers ? Propos qui vous dérangent. Liberté de la presse n’est pas un permis de diffamer ? Sauf que diffamation signifie accusation fausse. Où sont les preuves que Madeleine Kabombiandre et Héritier Singba ont menti ? Ils devront répondre devant la justice ? Excellente idée. Qu’on y aille ! Mais que ce soit un procès équitable, pas une parodie pour les museler. Restez vigilants. La vérité finit toujours par triompher.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
