Analyses et points de vue
La vision 2030 du Professeur Jacques Djoli : planification et lutte contre la corruption comme boucliers de la RDC
Dans un contexte géopolitique volatile où la RDC subit les assauts répétés de forces extérieures, le 8ème Colloque International du Collège des Hautes Études Stratégiques et de Défense (CHESD) a offert une tribune vitale pour repenser l’avenir du pays. Parmi les voix les plus éloquentes, celle du Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, Rapporteur de l’Assemblée nationale et éminent constitutionnaliste, a résonné avec une clarté thérapeutique.
Son plaidoyer pour une planification rigoureuse et une lutte implacable contre la corruption a illuminé les débats, dessinant une feuille de route pour une RDC souveraine et prospère. Avec la rigueur d’un médecin auscultant un patient, le Professeur Djoli a identifié la corruption comme le mal endémique rongeant les fondations de l’État. Ses propos, aussi tranchants qu’éclairants, ont mis en lumière un paradoxe tragique.
Un pays riche de 2.345.410 km², doté de ressources colossales, reste vulnérable aux convoitises étrangères à cause de sa propre incapacité à gérer ses richesses avec intégrité. Les fonds publics, au lieu de financer les infrastructures ou la sécurité, alimentent des circuits opaques. L’absence de plans exécutés depuis 1960 a créé un vide stratégique exploité par les groupes armés et les influences étrangères.
Les auteurs de malversations rarement sanctionnés perpétuent un cycle de délitement de l’autorité étatique. Le Professeur Jacques Djoli a comparé la RDC à des nations comme Singapour ou le Ghana, où des politiques anti-corruption drastiques ont permis un décollage économique. « La corruption n’est pas une fatalité, mais un fléau que l’on combat par la volonté politique et des mécanismes audacieux », a-t-il martelé.
Face à ce constat accablant, le Professeur Djoli a proposé un remède en trois temps, mêlant rigueur juridique et ambition stratégique. Définir un projet national unifié, incluant un modèle économique durable et une redistribution équitable des richesses. Renforcer les capacités militaires pour contrer les agressions externes, comme celles du RDF/M23 soutenu par le Rwanda.
Le Professeur a salué les avancées récentes, notamment l’avant-projet de loi spéciale anti-corruption porté par l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption (APLC), prévoyant l’imprescriptibilité des infractions de corruption, la protection des lanceurs d’alerte, des sanctions alourdies (peines de servitude pénale, amendes dissuasives) et la création d’un tribunal pénal économique et financier, pour juger les crimes économiques avec célérité.
Le Président du parti « Les Bâtisseurs du Congo » Jacques Djoli a souligné l’importance de l’accord de paix du 27 juin 2025 signé à Washington sous médiation américaine, tout en rappelant que « la paix ne se décrète pas, elle se construit par des institutions fortes et une justice impartiale ». Le discours du Professeur Djoli a transcendé le cadre académique pour devenir un chant d’espoir et un appel à l’action.
En phrases ciselées, il a rappelé que la RDC n’est pas condamnée à être éternellement un terrain de jeu pour les prédateurs internes et externes. Elle peut, si elle s’en donne les moyens, devenir un phare de l’Afrique centrale. Son allocution, à la fois analytique et enflammée, a résonné comme un manifeste pour l’émergence d’une conscience collective contre la corruption.
La mobilisation des élites autour d’un projet national inclusif. La défense acharnée de la souveraineté, face aux convoitises rwandaises et autres. Le Colloque du CHESD restera dans les annales comme un moment charnière où la lucidité a rencontré l’audace. Le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli y a incarné cette alliance rare entre l’intellectuel engagé et le stratège visionnaire.
Sa Vision 2030 n’est pas un vœu pieux, mais un programme concret pour éradiquer la corruption, ce cancer qui mine la nation. Bâtir un État fort, capable de protéger ses frontières et son peuple. Faire de la RDC un acteur clé de la stabilité régionale. Comme il l’a si bien résumé : « Le temps des balbutiements est révolu. Celui de la maturité stratégique doit commencer. » La RDC a désormais sa boussole. À nous de suivre la voie tracée.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
