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Kinshasa : Infirmiers recrutés à la sauvette, corruption à la chaîne et silence de l’État

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À Kinshasa, le processus de recrutement des infirmiers dans les institutions sanitaires publiques est devenu un terrain miné par l’opacité, le favoritisme et la corruption. Plus aucun appel à candidature ne paraît officiellement, les affectations se font dans la discrétion la plus totale. Dans ce système vicié, les réseaux d’influence, le népotisme et les pots-de-vin ont remplacé la compétence et la transparence.

Selon l’annuaire statistique des ressources humaines du ministère de la Santé, la capitale comptait, en 2022, 5 951 infirmiers (2 057 hommes et 3 894 femmes), soit 45,1 % des effectifs sur l’ensemble du pays (73 046). Une augmentation de 22 % par rapport à 2019, où le pays comptait 93 964 infirmiers contre 114 498 trois ans plus tard. Mais ces chiffres flatteurs masquent une réalité plus sombre.

Des débuts sans salaire

Nombre d’infirmiers débutent leur carrière sans la moindre garantie salariale. Seuls ceux qui bénéficient d’un soutien au sein de la haute administration touchent un salaire dès leur prise de fonction. Pour les autres, l’attente peut durer des mois, voire des années. En attendant une hypothétique rémunération, ils survivent grâce aux maigres honoraires versés par les hôpitaux, une situation qui les rend vulnérables aux abus, en particulier pour les femmes exposées à des violences sexuelles et à la corruption.

« Depuis que j’ai fini mes études, je n’ai jamais rien reçu de l’État. Même pour obtenir mon affectation, c’était un véritable parcours du combattant », confie Mimie (nom d’emprunt). « Nous sommes nombreux dans ce cas, sans prime, sans salaire. Comment voulez-vous qu’un infirmier sans autre source de revenu ne cherche pas à “se débrouiller” ? Résultat : ce sont les malades, déjà fragiles, qui en pâtissent », se désole-t-elle.

La corruption érigée en système

Le témoignage d’Anna, infirmière affectée à l’hôpital de N’djili depuis 2018, illustre le système. « J’ai reçu mon numéro matricule l’année même de mon affectation, mais j’ai dû attendre cinq ans avant d’être mécanisée », dit-elle. En 2023, elle a versé 100 dollars à une intermédiaire qui promettait la mécanisation. « Mon nom est sorti. J’ai eu de la chance, mais ce n’est pas normal que cela dépende d’une somme d’argent. D’autres collègues sont là depuis dix ans sans toucher plus que les petits honoraires. »

À la maternité de Kintambo, Hélène (nom d’emprunt), cheffe de service, ne doit son affectation qu’à un ami de son père alors secrétaire général à la santé. Mais ce n’est qu’après trois ans, et grâce à un proche de son mari, qu’elle perçoit son premier salaire. Quant à Hugues, infirmier à l’hôpital Roi Baudouin depuis sept ans, il possède un matricule mais n’est toujours pas mécanisé. « Pour obtenir mon numéro, j’ai versé de l’argent à un ancien de mon quartier. Aujourd’hui, on me demande encore entre 50 et 100 dollars pour la mécanisation. Si vous n’avez pas d’argent ou de relations, rien ne bouge. »

Un agent du secrétariat général à la santé, souhaitant garder l’anonymat, confirme l’existence de réseaux d’escrocs : « Ce sont des gens sans lien réel avec le ministère, mais qui exploitent la détresse des agents pour les rançonner. Un infirmier sur trois cherche soit une affectation, soit une mécanisation. C’est une aubaine pour les prédateurs. »

Anarchie dans les recrutements

Pour Joseph Kibangula, secrétaire général du syndicat des infirmiers (UNICO), cette situation relève de l’anarchie totale. « Tout le monde recrute : les chefs coutumiers, les députés, les directeurs d’hôpital, les infirmiers eux-mêmes ! Mais ces recrutements n’arrivent jamais jusqu’au niveau central. Seule la Fonction publique est habilitée à recruter. La loi est claire. » Il dénonce un système où des dirigeants placent leurs proches, souvent sans qualifications, au détriment des professionnels formés. « Nous demandons une réforme urgente pour nettoyer le secteur et garantir un personnel qualifié, bien rémunéré. Mais le gouvernement ne nous écoute pas. Le budget santé reste largement insuffisant. »

Ce que dit la loi

La loi n°16/013 portant statut des agents de carrière des services publics de l’État, dans son article 4, stipule que « tout recrutement a pour objet de pourvoir à la vacance d’un emploi repris dans le cadre organique d’un service et budgétairement prévu ». L’article 6 précise que le recrutement doit se faire par concours, ou exceptionnellement sur titre, sous conditions précises. Dans tous les cas, il doit être autorisé par le ministre de la Fonction publique et faire l’objet d’un appel à candidatures publié dans la presse.

Mais dans la réalité, ces principes sont systématiquement bafoués.

Pétronelle Lusamba

 

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Isolé politiquement, Laddy Yangotikala maintient la pression : « Le VPM Jacquemin Shabani doit s’expliquer devant le Parlement ! »

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Exclu de son regroupement politique et abandonné par plusieurs de ses soutiens, le député national Laddy Yangotikala refuse de retirer sa motion de défiance visant le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Dans une déclaration publiée ce vendredi 17 avril sur ses plateformes numériques, il a réaffirmé sa détermination à aller jusqu’au bout de sa démarche parlementaire.

À l’origine de cette initiative, déposée le 13 avril à l’Assemblée nationale, l’élu accuse le VPM d’inefficacité face à l’insécurité grandissante à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays. Malgré les pressions politiques et les désistements enregistrés parmi les signataires, il campe sur sa position.

« Je prends acte de mon exclusion du regroupement. Je remercie le président Jean-Michel Sama Lukonde pour m’avoir permis d’être libre d’exercer le pouvoir de contrôle sur un membre du gouvernement. Je n’ai pas violé la Constitution ni le règlement intérieur. Je n’ai fait que demander au VPM de protéger les électeurs du président Félix Tshisekedi », a-t-il déclaré.

Dans la même veine, Laddy Yangotikala insiste : « Qu’on ne vous trompe pas. Ma motion de défiance n’a pas été retirée. Nous irons jusqu’au bout ». Il dénonce également des tentatives d’entrave à la procédure parlementaire : « Toutes les manœuvres dilatoires qu’ils ont lancées pour protéger le VPM de l’Intérieur et Sécurité, comme le report de la plénière, n’aboutiront pas car le règlement intérieur est clair ».

Cette posture de fermeté intervient dans un contexte politique tendu. L’Union sacrée de la Nation, par la voix de son secrétaire permanent André Mbata, avait désavoué cette motion, évoquant l’absence de quitus préalable. De son côté, l’AFDC-A a exigé de ses deux députés signataires de retirer leurs signatures, tandis que plusieurs parmi les 56 signataires initiaux se sont désistés.

Malgré cet isolement progressif, Laddy Yangotikala se présente comme un élu déterminé à exercer pleinement son rôle de contrôle parlementaire. En résistant aux pressions politiques et aux désaveux, il affirme son refus de céder, martelant un message clair : pour lui, la question sécuritaire mérite un débat public au Parlement, sans compromis ni abandon de sa motion.

Njila Mule/CONGOPROFOND.NET

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