Analyses et points de vue
La base de Kamina : L’histoire oubliée de la plus grande base militaire d’Afrique en 1960
En 1960, alors que le continent africain était en pleine effervescence politique et sociale avec des mouvements vers l’indépendance, la RD Congo abritait la plus grande base militaire d’Afrique : la base de Kamina. Cette base de 50.000 hectares comporte tout ce dont on a besoin pour organiser une armée moderne.
Située dans la province du Haut-Lomami, cette installation militaire, souvent éclipsée par les événements tumultueux de la période, mérite une attention particulière pour comprendre les dynamiques géopolitiques de l’époque et leur impact sur l’Afrique contemporaine. La base de Kamina a été établie par les colonisateurs belges pendant la période coloniale.
À l’origine, elle était conçue pour servir les intérêts militaires de la Belgique en Afrique centrale. En 1960, lorsque le Congo est devenu indépendant, la base de Kamina représentait non seulement un legs colonial, mais aussi un symbole de la puissance militaire occidentale sur le continent avec une superficie impressionnante et une infrastructure développée.
La base de Kamina a joué un rôle stratégique pendant la période de la guerre froide. Les États-Unis et l’Union soviétique, en quête d’influence en Afrique, ont vu la RDC comme un point névralgique. La base a été utilisée pour des opérations de surveillance et de formation, attirant l’attention des puissances mondiales. Ce qui plaça la RDC au coeur de la géopolitique mondiale.
La présence de cette base militaire soulève des questions sur la souveraineté du Congo nouvellement indépendant. Bien qu’elle ait été un symbole de la puissance militaire, elle a également été perçue comme un outil d’ingérence. La base de Kamina est devenue un point de friction entre les aspirations nationalistes congolaises et les intérêts géopolitiques des grandes puissances.
Aujourd’hui, la base de Kamina est moins connue que d’autres sites historiques, mais son héritage perdure. Elle représente une époque où l’Afrique était souvent le théâtre des luttes de pouvoir entre les anciennes puissances coloniales et les superpuissances. La base est un rappel de la complexité des relations internationales sur le continent africain.
Elle est le symbole des défis auxquels font face les nations africaines dans la quête de leur autonomie. L’histoire de la base de Kamina appelle à une réflexion critique sur la militarisation de l’Afrique et l’impact des interventions étrangères. Les infrastructures militaires solides et stratégiques sont essentielles pour garantir la sécurité et la stabilité d’un pays. À bon port, la paix se construit.
Alors que de nombreuses nations africaines continuent de naviguer entre les influences extérieures et les aspirations internes, l’exemple de Kamina souligne l’importance d’une approche indépendante et souveraine pour garantir la paix et la stabilité. Elle est un symbole des contradictions du passé colonial et des luttes géopolitiques qui continuent de façonner le présent.
En revisitant cette histoire, nous pouvons mieux comprendre les défis actuels de la RDC et d’autres nations africaines. Ignorer cette installation, c’est oublier une partie essentielle de l’histoire du continent et des leçons qu’elle peut nous enseigner sur l’autonomie, la souveraineté et les relations internationales. La base militaire de Kamina est plus qu’une simple installation.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Protection de l’enfant et de la femme contre les violences sexuelles en RDC (par Zagor Mukoko)
Les violences sexuelles sont très répandues, systématiquement et culturellement ancrées en République Démocratique du Congo. Les plus répandues sont les viols, les violences conjugales, les mariages forcés et précoces.
Selon l’Enquête démographique et de Santé-2023 de UNFPA, en République Démocratique du Congo 45% des femmes de 15-49 ans ont subi des actes de violences physique ou sexuelle.
Parmi ces femmes, 68% n’ont jamais recherché d’aide et n’en ont jamais parlé à quelqu’un. Cette même étude démontre un taux de mariage précoce préoccupant : 18 % des femmes de 25-49 ans sont en union avant l’âge de 15 ans et 53 % sont en union avant 18 ans. Cette même enquête a aussi montré que 89% des femmes de 15-49 ans et 73% des filles de 0-14 ans sont excisées.
De plus, la crise actuelle à l’Est du pays, les violences sexuelles en occurrence, les viols, sont utilisées comme une arme de guerre. D’après les enquêtes, les femmes déplacées qui ont trouvé refuge dans des camps de fortune autour des zones d’exploitation minière subissent aussi de nombreuses violences : viols, harcèlements sexuels, mariages forcés, prostitution.
Selon les mêmes enquêtes, 13,9% des personnes en situation de vulnérabilité enquêtées ont déclaré avoir subi des violences et abus. Les plus fortes proportions de ces cas de violence sont notées dans les Zones d’exploitation minières (22%) et en Ituri (18,3%).
Le Cercle d’étude pour la protection de l’enfant et la famille, en sigle CEPEF ,est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs universitaires , les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF agit dans la proximité de la population pour protéger les droits de l’enfant et prévenir les violences sexuelles et celles basées sur le genre.
En tant que groupe de réflexion, le CEPEF offre non seulement une voix collective et amplifiée pour défendre les questions de protection de l’enfant et de la famille en RDC et dans le monde, selon les valeurs universelles , des Opportunités de réseautage, de connexion, et d’échange au sein d’un réseau de Protection de l’enfant en situation d’Urgence qui comprend des ONG internationales, régionales et nationales, des agences de l’ONU, des gouvernements ainsi que d’autres acteurs humanitaires mais aussi une promotion des liens entre les membres du CEPEF sur le terrain et les organismes régionaux et mondiaux chargés de l’élaboration des politiques, information et analyse des derniers développements liés à la coordination.
Afin de réduire les effets dévastateurs du VBG dans les communautés congolaises les plus à risque, le CEPEF vise à prévenir les VBG sur les femmes et particulièrement les jeunes avec une attention soutenue portée aux personnes en situation de vulnérabilité.
Il s’articule autour d’une réponse holistique qui appuie l’engagement des acteurs sociaux de première ligne et des structures de prise en charge ; et renforce la résilience des femmes et des filles, potentiellement victimes, une participation accrue et inclusive de ces dernières à toutes les étapes de traitement de la problématique dans un environnement protecteur.
Le CEPEF est appelé à collabore avec tous les acteurs qui interviennent en République Démocratique du Congo en matière de protection et de lutte contre les VBG. Le CEPEF intervient en complémentarité des activités développées, notamment en termes de renforcement des capacités et de promotion de l’inclusion des femmes et filles survivantes de VBG et déplacées de guerre.
De plus, le CEPEF favorise une synergie d’intervention entre tous les acteurs présents à travers les cadres de concertation inclusifs.
Ancré au sein des communautés surtout parmi les acteurs qu’il appuie, le CEPEF vise un impact à long terme par le biais du renforcement durable des capacités des acteurs locaux (volontaires, prestataires de soin…), l’amélioration de la capacité d’accueil des structures de santé communautaire et de la qualité de la prise en charge des survivantes de VBG, et le renforcement de la résilience socioéconomique des bénéficiaires.
Le CEPEF dispose également d’un ancrage institutionnel à travers le renforcement de capacités des élus locaux et la mise sur pied de cadres de concertations inclusifs qui regroupent les autorités des entités décentralisées, les acteurs de santé et les associations. Cela permettra de garantir la pertinence, l’efficacité et la durabilité des actions sur le terrain.
Zagor Mukoko Sanda
