Analyses et points de vue
Jean-Pierre Bemba et son rêve de flotte aérienne : Le grand cirque des avions
Qui aurait cru que Jean-Pierre Bemba Gombo, Vice-Premier Ministre des Transports et Voies de communication de la RDC se transformerait en magnat de l’aviation du jour au lendemain ? Lors d’une séance plénière à l’Assemblée Nationale, il a été révélé que notre cher ministre a décidé de faire un cadeau de Noël à la compagnie Congo Airways : l’achat de 60 avions d’ici la fin de l’année 2025.
Oui, vous avez bien entendu, 60 avions ! Cela ne vous rappelle-t-il pas un certain conte de fées où le héros se lance dans des aventures aussi improbables qu’inspirantes ? Alors, plongeons dans le merveilleux monde des promesses politiques, où la réalité n’est qu’une simple suggestion. Jean-Pierre Bemba nous assure qu’il a tout prévu.
Selon le document magique, il s’agirait de 20 avions neufs de type Boeing Cargo, 20 autres de type Embraer, et encore 20 Boeing pour transporter des passagers. En voilà une belle brochette. Qui aurait cru que le secteur aérien congolais souffrait d’un manque d’avions ? Peut-être que ces avions serviront à transporter des rêves, car il semblerait que la réalité ne soit pas au rendez-vous.
Évidemment, l’annonce a suscité quelques interrogations parmi les élus présents. Après tout, il est toujours bon de se demander comment un ministre, qui a d’autres priorités (comme la gestion des routes en piteux état et la sécurité aérienne), peut envisager de faire voler 60 appareils dans un ciel déjà bien encombré de promesses non tenues.
Peut-être qu’il espère que les avions atterriront directement dans la réalité des Congolais comme par magie, sans avoir à passer par les douanes bureaucratiques habituelles. Et que dire de la réaction de Bemba lorsqu’il a entendu cette révérence à son projet ? Une surprise, comme s’il venait d’apprendre qu’il avait gagné à la loterie.
Son ministère n’a même pas daigné fournir une réponse officielle. Que peut-on répondre face à une telle audace ? Peut-être un simple « bonne chance » suffira, car le monde est plein de rêveurs, et parfois, il vaut mieux les laisser rêver. En attendant, nous continuerons à rêver avec lui, car après tout, dans ce grand cirque politique, les clowns sont souvent les plus divertissants.
Dans un pays où les infrastructures laissent à désirer, où la corruption est aussi ancrée que le sol congolais, l’idée d’un ministre qui se lance dans l’achat de 60 avions semble tout droit sortie d’un scénario de comédie absurde. Un projet démagogique, où l’on pourrait s’interroger : s’agit-il d’un véritable plan stratégique pour l’aviation congolaise.
Ou d’un simple coup de communication pour masquer des réalités plus sombres ? Si l’on devait décerner une médaille pour l’irréalisme, ce projet serait sans conteste le gagnant. Le rêve d’une flotte aérienne flambant neuve est aussi séduisant qu’utopique. Reste à espérer que, d’ici la fin de l’année 2025, Jean-Pierre Bemba ait trouvé une manière de rendre ce rêve un peu moins farfelu et un peu plus réaliste.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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UDPS 2028 : Avant même le crash, ils répètent déjà la scène du pillage de l’épave
Il fallait avoir le cœur bien accroché et le sens de l’absurde chevillé au cervelet pour suivre les derniers épisodes de la sitcom UDPS. On a d’abord vu Peter Kazadi, honorable cadre du parti présidentiel, adresser une lettre incendiaire au Secrétaire Permanent de l’Union Sacrée, André Mbata, oubliant au passage que l’un comme l’autre portent le même maillot.

Puis, summum du vaudeville institutionnel, ce même André Mbata s’est fendu d’un ricanement sardonique après la victoire de son poulain au Sankuru face au candidat du Secrétaire Général Augustin Kabuya, proclamant urbi et orbi que “l’Union Sacrée a gagné contre l’UDPS”. Voilà le décor planté : un parti où la victoire de ses propres structures satellites est célébrée comme une défaite de sa direction. C’est moins une scène de ménage qu’une répétition générale pour un chaos bien plus grand.
La médiocrité de ces querelles byzantines n’est pas un simple défaut de cuirasse ; elle est l’aveu public d’une impréparation stratégique qui donne le tournis. Ce théâtre d’ombres a révélé au monde entier ( et surtout aux Congolais qui attendent encore un projet structurant ) que les cadres au pouvoir ne pensent pas en termes de Nation, mais en termes de casting. Ils ne plancheront jamais sur une vision à 50 ans parce qu’ils sont incapables d’avoir une vision à 50 jours qui ne concerne pas leur propre nomination.

Leur horizon temporel s’arrête au prochain remaniement ministériel ou à la prochaine rotation des mandats provinciaux. Pas un seul d’entre eux n’a porté un débat de fond sur l’industrialisation, la démographie galopante ou la souveraineté énergétique. Non. Leur seul projet structurant, c’est de s’assurer que le voisin de bureau ne récupère pas leur fauteuil. Ce sont des court-termistes purs jus, des opportunistes pour qui le pouvoir est une fin en soi, et non le levier pour transformer un pays.
Ce qui les maintient encore dans une forme de cohésion tectonique, c’est uniquement l’aimant surpuissant de la figure tutélaire de Félix Tshisekedi. Mais 2028 n’est pas une hypothèse d’école lointaine, c’est un mur qui se rapproche à grande vitesse. Le jour où ce point de gravité viendra à disparaître du bulletin de vote, la force centrifuge actuelle n’aura plus aucun frein. Entre Peter Kazadi, André Mbata, Augustin Kabuya, Gecoco Mulumba, Nicolas Kazadi, André Wameso, Judith Suminwa et la longue cohorte des frustrés en réserve, ce ne sera pas une primaire.

Ce sera une curée. Une guerre de tranchées où chacun voudra la peau de l’autre pour hériter des ruines. Ils ont passé huit ans à ne rien bâtir ensemble, et à peine quelques heures à se déchirer pour une élection provinciale. Imaginez ce que donnera la bataille pour le royaume tout entier quand le roi ne sera plus candidat. Ce sera sanglant, et surtout, terriblement inutile pour le Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
