Analyses et points de vue
Essuyer les larmes du Léopard. Pari pour une consolidation démocratique en RDC (1990-2020) ( Tribune d’Alain Parfait Ngulungu, Politologue & Chercheur Associé au Centre d’études Politiques-Université de Kinshasa)
Ce jour-là : 24 avril 1990. L’histoire nous remémore la légende ignoble d’un Président, invité à prononcer son discours sur l’état de la nation à N’sele, il versa ses larmes. Ces sanglots sont-ils de crocodile ? Mais non. Il a perçu certes, de loin, comme un aigle de Kawelé- le déluge : les pillages de septembre 1991 et 1993 ; les guerres d’agression de 1996 et 1998, le pillage de ressources naturelles tel que démontré par le rapport mapping (2000) et surtout l’incurie politicienne dont, il savait seul, comme un impresario, manager sur l’arène politique Kinoise.
A la limite, le seul Président du Zaïre n’a rien compris, au bateau de l’Outeniqua en 1997, sur la symbolique de la demande du strapontin présidentiel, après de 32 ans de règne absolu.
Mobutu emmena malencontreusement, sous sa houlette, la Mouvance présidentielle, à la vente aux enchères de plus 6 millions de morts au pacte Afdlien signé à Hewa-Bora. Une malédiction qui tient encore à la queue leu leu, plus de 80 millions de Congolais. Dès lors, ce sont les guerres et crises de tout bord qui engloutissent la dépouille de l’Etat MPR, tendant nettement vers la balkanisation.
A 30 ans, âge de maturation, le processus démocratique devrait, en principe, faire l’objet d’abord d’une évaluation fonctionnaliste. Mais malheureusement, en l’absence d’outils et de ressources, les institutions, en l’occurrence le Parlement, ou encore moins le Gouvernement, ne semblent se préoccuper à réaliser cette tâche, aussi importante pour la suite. La tendance globale étant malheureusement à faire la politique de l’autruche ou de la terre brûlée, selon le contexte politique par la classe dirigeante.
L’on note même dans le milieu de l’intelligentsia Congolaise, cette sorte de démission sociale pour ne pas réfléchir sur le sort du processus démocratique. Etant donné que le sujet est fortement sensible.
Enterrer la dépouille du Léopard.
Il faudrait écumer et passer aux oubliettes les tares du régime passé, objet du blocus démocratique en RDC. Les enterrer, s’il le faut : corruption, clientélisme, népotisme et immoralités, etc. Mais d’emblée reconnaître aussi ces postulats, notamment : (i) la démocratisation est un processus qui demande du temps et de la patience ; (ii) la démocratie ne s’obtient pas seulement par les élections ; (iii) les pratiques démocratiques peuvent être comparées, mais pas prescrites ; (iv) la démocratie se construit de l’intérieur des sociétés et (iv) la démocratie ne peut être importée ou exportée, mais elle peut être soutenue.
Tout comme les démocraties avancées, la jeune démocratie en RDC, certes, fait face à une importante crise politique et à un recul de la légitimité politique durant tous les trois cycles électoraux enregistrés respectivement en 2006, 2011 et 2018.
Mais, il y a lueur d’espoirs que si, et seulement si, nous identifions les goulots d’étranglements et les pesanteurs pesant nettement sur la démocratie.
En effet, on ne le saura que si l’on procède à une évaluation fonctionnaliste ou à objectifs de la démocratie (Vial M., 2012 ; Watchiba, 2014). Celle-ci tentera progressivement, à partir des objectifs d’une mandature, de formaliser une méthodologie de suivi-évaluation de la praxis démocratique, suite aux résultats de nombreuses expérimentations constituant un nouveau savoir sur la gouvernance, dont l’une des caractéristiques est qu’il se construit dans une interaction entre la pratique et la théorie de la gouvernance démocratique en RDC.
Pour une consolidation de la gouvernance démocratique. Avant d’en arriver, il est clair qu’il va falloir évaluer la démocratie. Exercice simple à faire dorénavant par les forces politiques et sociales de la RDC par le biais de la Commission de suivi et évaluation de l’Assemblée nationale. D’où, à chaque quinquennat, il faudra se doter des objectifs en terme de principes et valeurs selon une échéance en vue de mesurer et consolider les acquis démocratiques.
En réponse à des nombreux développements et à la prolifération des « méthodes de mesure » de la démocratie, l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA international) a déjà élaboré un cadre d’évaluation de la démocratie qui s’écarte du classement des pays sur une échelle et du jugement externe pour adopter le principe d’une évaluation complète réalisée par des équipes nationales d’évaluation dirigées par le gouvernement ou la société civile et les institutions universitaires.
La RDC pourra enfin utiliser ce cadre d’évaluation, si elle veut voir, le développement démocratique. Celui-ci entendu comme un procédé pour conforter les principes et valeurs démocratiques au sein d’une société globale.
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
