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Bus de nuit à Kinshasa : Quand la politique du spectacle remplace les vraies priorités urbaines
La ville de Kinshasa a annoncé en grande pompe le programme « Bus de Nuit – Ya Ofelé », promettant une circulation gratuite entre 22 h et 4 h pendant la période festive. L’initiative, relayée avec enthousiasme par les canaux officiels, se veut sociale, solidaire et innovante. Mais à y regarder de plus près, elle soulève une interrogation fondamentale : les autorités urbaines gouvernent-elles encore selon les priorités réelles des Kinois, ou selon la logique du spectacle politique ?

Une décision déconnectée des urgences quotidiennes
Kinshasa ne vit pas une crise de mobilité nocturne. Elle vit une crise permanente de mobilité diurne. Chaque jour, dès l’aube, des millions de citoyens affrontent un calvaire devenu structurel : routes délabrées, embouteillages monstres, accidents fréquents, transport coûteux et anarchique. Les travailleurs arrivent épuisés avant même de commencer leur journée, les élèves perdent des heures sur la route, les activités économiques sont ralenties, parfois paralysées.
Dans ce contexte, consacrer des moyens publics à une gratuité nocturne temporaire, alors que la majorité des Kinois luttent pour se déplacer dignement de jour, relève moins d’une politique sociale que d’un mauvais diagnostic des priorités urbaines.
La politique du symbole face à l’effondrement des infrastructures
Le véritable problème de Kinshasa n’est pas l’absence d’initiatives ponctuelles, mais l’effondrement chronique des infrastructures routières.
Les routes de la capitale ne sont plus de simples voies de circulation ; elles sont devenues des zones de survie. Nids-de-poule béants, chaussées impraticables à la moindre pluie, feux de signalisation inexistants ou hors service, absence de trottoirs : tout concourt à rendre la mobilité dangereuse, coûteuse et humiliante.
Face à cette réalité, le programme « Bus de Nuit – Ya Ofelé » apparaît comme un pansement médiatique sur une plaie béante. Il embellit la communication institutionnelle sans s’attaquer aux causes profondes du mal.
Communication politique ou politique publique ?
La question centrale est là : s’agit-il de gouverner ou de séduire ?
Offrir la gratuité pendant quelques nuits festives peut produire des images positives et des slogans accrocheurs. Mais cela ne réduit ni le prix élevé du transport en journée, ni les heures perdues dans les embouteillages, ni les accidents mortels qui endeuillent régulièrement les familles kinoises.
Une politique publique digne de ce nom se mesure à sa capacité à améliorer durablement la vie des citoyens, pas à son impact émotionnel momentané.
Ce que les Kinois attendent réellement
Les habitants de Kinshasa ne réclament pas des gestes exceptionnels, mais des solutions normales pour une capitale moderne : des routes praticables toute l’année, un transport public diurne fiable, régulier et accessible, une régulation stricte du secteur des taxis et bus privés, une signalisation fonctionnelle et une sécurité routière renforcée.
Pour beaucoup, le véritable progrès serait simplement de partir et rentrer chez soi sans y laisser sa santé, son temps ou sa dignité.
Remettre la ville à l’endroit
Notre réaction n’est pas un rejet systématique de toute initiative sociale. Elle est un appel citoyen à la lucidité et à la responsabilité politique.
Kinshasa n’a pas besoin de politiques événementielles, mais d’une vision urbaine cohérente, courageuse et orientée vers le long terme. Les autorités doivent cesser de gouverner par annonces festives et affronter enfin les vrais défis : la réhabilitation sérieuse des routes, l’organisation du transport public et la fin de l’improvisation dans la gestion de la ville.
Aux décideurs, cette question simple mais essentielle : à quoi sert une capitale qui brille la nuit, si elle s’effondre chaque matin ?
Aux citoyens, un devoir tout aussi clair : refuser la banalisation de l’inefficacité, exiger des comptes et rappeler que la ville appartient d’abord à ceux qui y vivent, y travaillent et y souffrent au quotidien.
Kinshasa mérite mieux que des solutions de circonstance. Elle mérite une gouvernance à la hauteur de sa population et de son avenir.
Régis MBUYI NGUDIE
(Journaliste, penseur et consultant en communication)
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395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.
Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).
Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet
Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.
Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.
« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.
Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.
Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.
« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.
Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.
Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.
« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.
Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.
Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.
« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.
Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.
« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.
Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
