Connect with us

Actualité

Azarias Ruberwa et le RCD ont créé Minembwe en 2004 : Une rébellion fabriquée dessinait les frontières d’une ambition régionale

Published

on

L’érection de Minembwe en “collectivité-chefferie” par le RCD de Ruberwa Azarias, un acte géopolitique décisif dans la stratégie d’expansion rwandaise en RDC”.

En 2004, en pleine période de “transition” censée réunifier la RD Congo après une guerre dévastatrice, un décret administratif insolite est pris sans aucune concertation ni validation du parlement. Il ne vient pas du gouvernement central de Kinshasa, mais d’une rébellion intégrée de force à ce gouvernement : le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD).

Sous la signature de son vice-président, Azarias Ruberwa, alors également l’un des quatre vice-présidents de la République dans le gouvernement 1+4, le RCD érige la zone de Minembwe, dans le Sud-Kivu, en “Collectivité-Chefferie”. Cet acte du RCD qui est un simple instrument et non un mouvement congolais, en apparence technique, est en réalité une opération géopolitique d’une portée considérable, révélant la persistance d’un agenda de remodelage territorial piloté depuis Kigali.

Pour comprendre la nature de ce décret, il faut revenir à l’essence du RCD. Créé en 1998 au début de la “Deuxième Guerre du Congo”, ce mouvement se présente comme une rébellion congolaise. En réalité, comme l’ont documenté de nombreux rapports des Nations Unies (Groupe d’experts sur la RDC), d’ONG internationales et de chercheurs, le RCD était une création, un instrument financé, piloté et armé par le Rwanda. Son objectif premier était de servir de véhicule à l’influence et aux intérêts sécuritaires et économiques de Kigali dans l’Est congolais, sous couvert d’une rébellion autochtone.

La région de Minembwe, haut plateau du Sud-Kivu, n’a pas été choisie au hasard. Elle est peuplée majoritairement par des communautés venues du Rwanda ou des Congolais ayant des ascendances au Rwanda. Depuis des décennies, des thèses expansionnistes, parfois appelées “théorie du Grand Rwanda” ou visant à créer un “État tutsi” dans l’Est congolais, circulent dans certains cercles intellectuels et militaires de la région des Grands Lacs.

Ces thèses identifient Minembwe comme un potentiel noyau territorial, une “terre mère, un point focal” à partir de laquelle étendre une zone d’influence contrôlée. L’érection de Minembwe en collectivité-chefferie par le RCD s’inscrit parfaitement dans ce schéma. En lui donnant une stature administrative supérieure, le décret de Ruberwa visait à créer un fait accompli administratif. Ancrer dans le droit local (même émanant d’une rébellion) l’existence d’une entité distincte, facilitant plus tard des revendications d’autonomie ou d’auto-détermination.

Consolider un contrôle territorial en officialisant l’emprise du RCD (donc, en filigrane, de ses parrains rwandais) sur cette zone stratégique. Préparer l’avenir dans le cadre des négociations sur le partage du pouvoir et le découpage territorial à Kinshasa, disposer d’une carte administrative à faire valoir. Azarias Ruberwa, en sa double qualité de leader du RCD et de vice-président de la RDC, incarnait le paradoxe de cette transition. Il siégeait au plus haut niveau de l’État congolais tout en restant fidèle à l’agenda de Kigali.

La signature de ce décret est l’illustration parfaite de cette duplicité. Elle montre comment les instruments de l’État congolais étaient détournés pour servir un projet contraire à sa souveraineté et à son intégrité territoriale. Azarias Ruberwa n’agissait pas en tant que vice-président de la RDC, mais en tant que commandant en titre d’une administration parallèle et inféodée à des intérêts étrangers. Près de vingt ans plus tard, le décret de 2004 reste une épine dans le pied de la cohésion nationale et une source permanente de tensions communautaires.

Pour Kinshasa et une majorité de Congolais, cet acte est illégal, illégitime et constitue une preuve de la volonté du Rwanda de morceler la RDC. Le gouvernement a, par la suite, tenté de réintégrer Minembwe dans le découpage administratif classique, sans jamais totalement effacer le précédent. Pour les partisans d’une autonomie “banyamulenge” et certains cercles à Kigali, cet acte reconnaissait une réalité historique et démographique.

Sur le terrain, cette décision a exacerbé les conflits ethniques et fonciers, alimentant des cycles de violence qui perdurent jusqu’à aujourd’hui, avec des groupes armés se réclamant de différentes communautés. L’érection de Minembwe par le RCD en 2004 est bien plus qu’une mesure administrative anodine. C’est un acte de guerre géopolitique et juridique. Il démontre que la conquête territoriale ne passe pas seulement par les armes, mais aussi par le droit, la bureaucratie et l’institutionnalisation de faits créés par la force.

Ce décret, signé par Azarias Ruberwa, est la signature tangible de la main du Rwanda dans le remodelage de la carte congolaise. Il reste le symbole de l’une des périodes les plus sombres et les plus manipulées de l’histoire du Congo, où les rebelles siégeaient au gouvernement et où les décrets servaient à graver dans le marbre administratif les ambitions expansionnistes d’un voisin. L’épineuse “question de Minembwe” continue de brûler, héritage direct de cette opération qui visait, en 2004, à créer non pas une simple collectivité, mais une tête de pont.

TEDDY MFITU

Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Actualité

FRIVAO : Bienvenue dans le plus grand cabinet d’illusionnisme financier de la RDC, où les millions s’évaporent et les victimes se multiplient

Published

on

L’affaire FRIVAO est en train d’accoucher d’un monstre comptable qui ferait passer la caverne d’Ali Baba pour un modèle de transparence suisse. On savait déjà que Constant Mutamba avait un rapport très ludique à l’argent public, sa condamnation pour 19 millions de dollars en étant la carte de visite. Mais ce n’était visiblement que l’apéritif.

Les audiences de la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe révèlent que le fonds destiné à panser les plaies des victimes ougandaises ressemblait davantage à une tirelire sans fond troué qu’à un mécanisme de réparation. Le plus beau dans cette farce macabre ? Plus de 2 millions de dollars ont été confiés à des sociétés qui, miracle de l’entrepreneuriat congolais, n’ont ni adresse, ni visage, ni existence légale. Des fantômes administratifs grassement payés pour un travail invisible.

On croirait rêver si les larmes des vrais sinistrés de Kisangani n’étaient pas le seul élément concret de ce dossier. Et comme une gabegie ne vient jamais seule, les listes d’indemnisation se sont transformées en casting politique de seconde zone. Pendant que les veuves et les éclopés attendent leur dû sous des bâches trouées, des apparatchiks bien portants et des militants zélés se sont découvert une vocation tardive de “victimes de guerre”.

L’imagination est décidément la chose la mieux partagée au sein du sérail politique : plutôt que de monter au front, on s’inscrit frauduleusement sur les registres de la douleur pour toucher le jackpot de la solidarité nationale. C’est d’une perversité si raffinée qu’elle en devient un chef-d’œuvre d’ingénierie sociale : transformer l’argent de la honte ougandaise en fonds de caisse électoral. Voilà qui mériterait une thèse en “Kleptocratie appliquée”.

Le plus tragique dans ce festival de l’opacité, c’est que le système FRIVAO n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’impunité managériale érigée en méthode de gouvernement. Des millions s’évaporent, des bénéficiaires fictifs se multiplient comme des petits pains, et personne, absolument personne, n’est en mesure de fournir une adresse ou un nom. On nous promet des réformes, des contrôles renforcés, des audits musclés.

Mais comment prendre au sérieux ces incantations quand les prédateurs d’hier continuaient de rôder autour de la mangeoire ? Heureusement, la sérénité de marbre et le travail de réparation méthodique que mène aujourd’hui le Ministre d’État Guillaume Ngefa Atondoko offrent un contraste saisissant. Loin des bruits de bottes et des coups de menton, le Garde des Sceaux actuel démontre que la Justice n’a nul besoin de fureur médiatique pour être redoutable.

Elle avance en silence, mais elle avance. Si cette nouvelle dynamique parvient à percer l’omerta administrative qui protégeait les fossoyeurs du FRIVAO, alors les millions envolés trouveront peut-être enfin un écho judiciaire. À défaut, ce fonds restera à jamais dans les mémoires comme l’endroit où les victimes finançaient, sans le savoir, le train de vie de leurs propres bourreaux administratifs.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Continue Reading