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4 janvier 1959 : Quand le sang des martyrs engendra le patriotisme et le nationalisme congolais
Chaque 4 janvier, la RDC devrait se recueillir. Le 4 janvier 1959 n’est pas un simple souvenir : c’est la source du patriotisme et du nationalisme congolais, ancré dans notre géospiritualité, la relation sacrée entre le peuple, sa terre et ses ancêtres, qui fonde l’identité nationale et guide la défense de la patrie.

Depuis mon exil en Afrique du Sud, j’écris chaque année pour rappeler cette date et interpeller les autorités. Peu ont écouté, mais le devoir de mémoire reste sacré. Je refuse de me taire sur le 4 janvier 1959, car c’est de cette date que jaillit la flamme du patriotisme et du nationalisme congolais.
Les journées de janvier 1959 ne furent pas de simples émeutes. À Léopoldville (Kinshasa), la population se souleva pendant trois jours après l’interdiction du meeting de l’ABAKO, parti de Mbuta Joseph Kasa-Vubu. Le sang versé annonçait la fin de la domination belge et éveillait la conscience nationale. À Elisabethville (Lubumbashi), les Katangais suivirent le mouvement dès le 4 janvier, avec courage et solidarité, témoignant que la révolte n’était pas locale mais vraiment nationale.
Mon grand-père, argentier de l’ABAKO et notable engagé, fut directement impliqué et faillit perdre la vie dans le contexte de ces tensions extrêmes. Certains esprits malveillants tentent aujourd’hui de minimiser son rôle dans le paiement des honoraires de l’avocat Maître Jacques-Arnold Croquez, défenseur des leaders de l’ABAKO, qui sont les compagnons de Kasa-Vubu : Daniel Kanza, Edmond Nzeza Landu, Simon Nzeza, Raphaël Batsikama et Raymond Bikebi. Mais comment expliquer alors que l’un de ses fils, né en mars 1959, porte le prénom de ce célèbre avocat ? Son engagement reste ainsi gravé dans la mémoire nationale.
Après les émeutes du 4 janvier 1959 à Léopoldville (Kinshasa), qui révélèrent la force du sentiment nationaliste congolais, le roi Baudouin Ier annonça dans son discours du 13 janvier 1959 un virage vers l’autodétermination et la préparation à l’indépendance, déclenchant une accélération vers la fin de la colonisation et menant à l’indépendance proclamée le 30 juin 1960.
Le Congo belge entra alors en ébullition :
• Manifestations multipliées,
• Consolidation des partis nationalistes (ABAKO, MNC),
• Arrestations de leaders (Kasa-Vubu, Lumumba),
• Pression sur la Belgique pour l’indépendance.
La Table ronde de Bruxelles fut arrachée par la détermination du peuple. L’indépendance de 1960 naît dans le sang de 1959.
« Mieux vaut un ennemi qu’un traître. »
Hélas, certains élites vendirent leur âme. Le pouvoir colonial corrompit et manipula les élites contre Lumumba. Ces hommes auraient dû être nommés pour ce qu’ils furent : des traîtres.
• En France après la Seconde Guerre mondiale et aux USA pendant la Guerre froide, les traîtres furent sévèrement sanctionnés.
• En RDC, la trahison fut récompensée, permettant que la guerre à l’Est dure trois décennies, fauchant des millions de vies.
Du parti unique au multipartisme instrumentalisé, du mobutisme à l’AFDL, du 1+4 de Sun City à l’antipatriotisme institutionnalisé, la RDC vit une culture de trahison permanente.
Le 30 décembre 2013, Sa Majesté, le prophète Joseph Mukungubila, dans ses lettres ouvertes du 5 et 28 décembre 2013, questionnait : « Jusques à quand le sang du peuple congolais va-t-il devoir payer en versant son sang pour ce pays ? »
Quelques jours plus tard, il fut témoin du massacre de ses partisans. Comme Kasa-Vubu en 1959, il défendait la nation face à l’occupation étrangère. Ces événements montrent que la lutte pour la souveraineté congolaise, guidée par la géospiritualité et la conscience nationale, ne s’est jamais interrompue.
Le mobutisme, malgré ses dérives, reposait sur le civisme, le patriotisme et le nationalisme, enracinés dans la géospiritualité congolaise. L’Authenticité, la zaïrianisation et la défense de l’unité face aux sécessions ont forgé une conscience collective. L’expression emblématique : « Un seul peuple, un seul pays, un seul chef » traduisait la nécessité d’un Congo uni. Même si la corruption a miné le système, le sentiment national y était structurant, contrairement au chaos actuel.
Le Kongolisme est la conscience nationale éveillée, guidée par la géospiritualité.Il est la volonté du peuple kongolais de se réapproprier son identité, son histoire et son destin, à partir de ses valeurs authentiques, libérées de toute domination extérieure.
• Patriotisme : amour et sacrifice pour la patrie.
• Nationalisme : défense prioritaire de la nation.
Le 4 janvier 1959 symbolise cette fusion : le sang versé pour la patrie et la conscience collective éveillée pour la nation. Voilà pourquoi nous voulons et exigeons le Kongolisme comme mode de gouvernance dans la géospiritualité.
Un peuple qui oublie ses martyrs est condamné à revivre ses chaînes. La RDC ne se relèvera pas sans réhabilitation du patriotisme, réaffirmation du nationalisme et lutte contre la trahison.
Le 4 janvier 1959 n’est pas derrière nous.
Il nous regarde.
Il nous juge.
Il nous appelle.
Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba
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FRIVAO : Bienvenue dans le plus grand cabinet d’illusionnisme financier de la RDC, où les millions s’évaporent et les victimes se multiplient
L’affaire FRIVAO est en train d’accoucher d’un monstre comptable qui ferait passer la caverne d’Ali Baba pour un modèle de transparence suisse. On savait déjà que Constant Mutamba avait un rapport très ludique à l’argent public, sa condamnation pour 19 millions de dollars en étant la carte de visite. Mais ce n’était visiblement que l’apéritif.
Les audiences de la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe révèlent que le fonds destiné à panser les plaies des victimes ougandaises ressemblait davantage à une tirelire sans fond troué qu’à un mécanisme de réparation. Le plus beau dans cette farce macabre ? Plus de 2 millions de dollars ont été confiés à des sociétés qui, miracle de l’entrepreneuriat congolais, n’ont ni adresse, ni visage, ni existence légale. Des fantômes administratifs grassement payés pour un travail invisible.
On croirait rêver si les larmes des vrais sinistrés de Kisangani n’étaient pas le seul élément concret de ce dossier. Et comme une gabegie ne vient jamais seule, les listes d’indemnisation se sont transformées en casting politique de seconde zone. Pendant que les veuves et les éclopés attendent leur dû sous des bâches trouées, des apparatchiks bien portants et des militants zélés se sont découvert une vocation tardive de “victimes de guerre”.
L’imagination est décidément la chose la mieux partagée au sein du sérail politique : plutôt que de monter au front, on s’inscrit frauduleusement sur les registres de la douleur pour toucher le jackpot de la solidarité nationale. C’est d’une perversité si raffinée qu’elle en devient un chef-d’œuvre d’ingénierie sociale : transformer l’argent de la honte ougandaise en fonds de caisse électoral. Voilà qui mériterait une thèse en “Kleptocratie appliquée”.
Le plus tragique dans ce festival de l’opacité, c’est que le système FRIVAO n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’impunité managériale érigée en méthode de gouvernement. Des millions s’évaporent, des bénéficiaires fictifs se multiplient comme des petits pains, et personne, absolument personne, n’est en mesure de fournir une adresse ou un nom. On nous promet des réformes, des contrôles renforcés, des audits musclés.
Mais comment prendre au sérieux ces incantations quand les prédateurs d’hier continuaient de rôder autour de la mangeoire ? Heureusement, la sérénité de marbre et le travail de réparation méthodique que mène aujourd’hui le Ministre d’État Guillaume Ngefa Atondoko offrent un contraste saisissant. Loin des bruits de bottes et des coups de menton, le Garde des Sceaux actuel démontre que la Justice n’a nul besoin de fureur médiatique pour être redoutable.
Elle avance en silence, mais elle avance. Si cette nouvelle dynamique parvient à percer l’omerta administrative qui protégeait les fossoyeurs du FRIVAO, alors les millions envolés trouveront peut-être enfin un écho judiciaire. À défaut, ce fonds restera à jamais dans les mémoires comme l’endroit où les victimes finançaient, sans le savoir, le train de vie de leurs propres bourreaux administratifs.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
