Analyses et points de vue
Tribune : L’ONU doit revisiter le mandat des casques bleus en RDC ( Par Edgar Katembo Mateso, chercheur en philosophie politique et sociale)
Les casques bleus n’ont jamais rétabli la paix dans aucun pays où ils sont. Déclaration faite ce lundi 29 mai 2023 en marge de la journée internationale leur dédiée. Cette force onusienne en RDC était ici déjà à partir de la sécession Katangaise et d’ailleurs un de ses hauts placés a trouvé la mort au pays. Ils sont revenus en 1999. Les casques bleus ont été envoyés en RDC pour y rétablir la paix, mais hélas cette paix n’est toujours pas là bien qu’ils peuvent dire que dans certains coins du pays. Malheureusement, l’Est de la RDC, les ADF et les autres forces négatives font leur loi en tuant la paisible population.
« C’est pratiquement près de 25 ans que nous allons faire avec les casques bleus, mais la paix n’est pas retrouvée. Bien sûr, on dira que dans certaines provinces, il y a déjà la paix. Mais aujourd’hui, ils sont cantonnés dans les provinces où il y a la guerre. Il faut aussi se rappeler que les autres provinces étaient en instabilité, mais ce n’était pas quand-même au même degré que le Nord-Kivu parce que c’était à la suite des menaces de la balkanisation du pays ou il y avait déjà, on dirait, des républiquettes et les casques bleus sont venus avec la réunification du pays et aujourd’hui, la guerre demeure dans la partie Est de notre pays. Ce qui fait que, aujourd’hui, on pourrait constater que les casques bleus n’ont pas rendu, comme partout ailleurs, service aux Congolais à la hauteur de leurs attentes parce qu’en principe ils se mettraient à l’avance et commencer à commander les opérations ou alors comme le mandat revient dans le cadre de l’appui des forces armées de la République devait insister sur la réforme de l’armée congolaise, cela justement en venant en appui aux institutions congolaises pour qu’on arrive à faire la réforme de l’armée. Mais cela n’a pas été fait et aujourd’hui on continue d’appuyer dans l’apparente faiblesse. Ce qui fait que les casques bleus de la MONUSCO vont rester aussi dans une l’apparente faiblesse. Voilà pourquoi, certaines localités peuvent tomber entre les mains des agresseurs malgré la présence des casques bleus, des citoyens peuvent être tués, fauchés malgré la présence des casques bleus. Ce qui fait que les Congolais de l’Est de notre pays ne sentent pas l’apport de ces casques bleus. Bien au contraire, par le fait que cette force a longtemps duré dans notre pays, les Congolais commencent à penser qu’elle serait en accointance avec l’ennemi », déplore-t-il.
Face à cela, ce ancien premier président de la Société civile du Nord-Kivu pense qu’il faut revisiter le mandat de la Monusco et revenir d’ailleurs aux objectif de la création de cette formation. Pour lui, la FAB avait été créée pour combattre dans une guerre conventionnelle mais malheureusement, elle se trouve devant une guerre asymétrique. D’où elle doit s’en adapter pour espérer restaurer la paix dans la partie orientale du pays.
« Je pense qu’il faut revoir même le mandat de cette Monusco, il faut revenir aux objectifs de la création même de cette force onusienne et réadapter à la mutation des stratégies de guerre qui ont changé parce que, est-il que cette force avec été créée dans le contexte d’une guerre conventionnelle où nous avons une force d’un côté qui s’attaque à une autre de l’autre côté et que, une autre force devrait venir s’interposer et séparer les belligérants. Mais aujourd’hui nous connaissons en Afrique mais surtout de manière particulière à l’Est Congo , ce qui n’est pas proportionnel, ce qui n’est pas en rapport avec les objectifs pour lesquels, cette force avait été créée depuis les années 45. Donc, l’ONU devrait revoir le mode opératoire des casques bleus et l’adapter au mode actuel de guerre que nous connaissons en Afrique et surtout à l’Est de la RDC avec les formes de terrorisme. Il se pourrait qu’il n’ y a pas des unités au sein des casques bleus à faire face au terrorisme. Ce qui fait que les terroristes de Beni peuvent continuer à tuer, à faire même les mouvements. Il se pourrait qu’au sein de cette force, il n’ y a pas le volet judiciaire pour permettre à ce pays agressé puisse de porter plainte et commencer à accuser ceux qui l’attaquent », propose-t-il.
Lorsqu’on continuera à avoir des militaires sous forme d’observateurs alors que l’ennemi lui vient comme un terroriste, cette force continuera à perdre son estime et les populations qu’elle est censée venir secourir, continueront à crier contre elle parce qu’elle restera inutile pendant que les choses sont en train d’évoluer. La guerre évolue au rythme de la technologie mais le mode opératoire reste inefficace et ne permet pas à ce que les États qui l’on connu puissent en avoir confiance.
Dalmond Ndungo/CONGOPROFOND.NET
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
