Politique
Réforme Constitutionnelle en RDC : Entre légalité, politique et controverses
La proposition de réforme constitutionnelle voulue par le Président Félix Tshisekedi soulève un débat intense au sein de la RD Congo, oscillant entre promesses d’innovation et craintes d’abus de pouvoir. Vital Kamerhe, Président du bureau de l’Assemblée nationale, a pris une position prudente en affirmant que cette réforme s’inscrit dans les prérogatives définies par l’article 218 de la Constitution.
Toutefois, son approche nuancée reflète la complexité de la situation politique actuelle. Honorable Président Vital Kamerhe souligne qu’avant la création d’une commission ad hoc pour examiner cette question, il est impératif de se concentrer d’abord sur le bien-être social des Congolais, qui demeure l’une des priorités fondamentales du Président de la République.
Par ailleurs, il est important de noter que Mwalimu Vital Kamerhe, en tant que partenaire stratégique de Félix Tshisekedi, adopte une approche réfléchie, évitant la précipitation qui a souvent marqué les actions d’autres acteurs importants de ce dossier, et ce, sans aucune pression de la part du Président de la République. Kamerhe, en tant qu’allié du Chef de l’État par le biais de l’accord CACH, se trouve dans une position délicate.
Il jongle avec deux rôles : celui d’un leader politique, Président de l’UNC et membre du présidium de l’Union Sacrée pour la Nation, et celui d’un président d’institution qui doit respecter les protocoles. En prenant la parole en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il met en avant la légalité de la démarche, tout en restant en retrait sur ses opinions personnelles.
Cette dualité de casquette est cruciale pour comprendre les subtilités de son discours et les motivations qui l’animent. L’affirmation de Kamerhe selon laquelle la réforme ne constitue pas une violation de la Loi est une réponse claire aux critiques émanant de divers acteurs politiques et de la société civile, qui voient dans cette initiative une manœuvre pour permettre à Tshisekedi de briguer un autre mandat.
La crainte d’un glissement autoritaire est palpable, et certains congolais ne cachent pas leur scepticisme face à cette réforme, qu’ils considèrent comme une tentative déguisée de concentration du pouvoir. Cependant, il est essentiel de reconnaître que le débat sur la réforme constitutionnelle ne fait que commencer. Le « Pacificateur » Kamerhe souligne que la mise en place d’une commission constitutionnelle multidisciplinaire.
Cette dernière, chargée de réfléchir sur cette question, n’a pas encore eu lieu. Il appelle à la patience, suggérant que la précipitation dans les débats actuels pourrait nuire à une réflexion approfondie et inclusive. Cette commission devrait inclure des voix de la majorité, mais également de l’opposition, afin d’éviter un débat unilatéral qui pourrait exacerber les tensions politiques.
Les inquiétudes des opposants à la réforme ne sont pas infondées. La RDC a une histoire marquée par des tentatives de manipulation des institutions au profit de dirigeants en quête de pouvoir. La mémoire collective est encore vive des périodes où des changements constitutionnels ont été utilisés pour prolonger des mandats ou affaiblir les contre-pouvoirs.
Dans ce contexte, le scepticisme à l’égard de la réforme de Félix Tshisekedi doit être entendu et pris en compte. Il est donc crucial que la discussion sur la réforme constitutionnelle soit menée de manière transparente et inclusive. Qui veut voyager loin ménage sa monture. La prudence, la préparation et la réflexion dans un parcours institutionnel sont fondamentales.
Les acteurs politiques, la société civile et les citoyens doivent avoir l’opportunité de s’exprimer, de débattre et de contribuer pour le bien du peuple. C’est une démarche qui pourrait avoir des répercussions profondes sur la gouvernance et la démocratie en RDC. La réforme constitutionnelle proposée par Félix Tshisekedi représente un tournant potentiel pour le pays.
Toutefois, sa réussite dépendra non seulement de la légalité de la procédure, mais aussi de la capacité des acteurs politiques à naviguer dans ce paysage complexe avec prudence et responsabilité. La RDC mérite une discussion éclairée et respectueuse qui préserve les intérêts de tous ses citoyens, loin des ambitions personnelles et des luttes de pouvoir.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Isolé politiquement, Laddy Yangotikala maintient la pression : « Le VPM Jacquemin Shabani doit s’expliquer devant le Parlement ! »
Exclu de son regroupement politique et abandonné par plusieurs de ses soutiens, le député national Laddy Yangotikala refuse de retirer sa motion de défiance visant le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Dans une déclaration publiée ce vendredi 17 avril sur ses plateformes numériques, il a réaffirmé sa détermination à aller jusqu’au bout de sa démarche parlementaire.
À l’origine de cette initiative, déposée le 13 avril à l’Assemblée nationale, l’élu accuse le VPM d’inefficacité face à l’insécurité grandissante à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays. Malgré les pressions politiques et les désistements enregistrés parmi les signataires, il campe sur sa position.
« Je prends acte de mon exclusion du regroupement. Je remercie le président Jean-Michel Sama Lukonde pour m’avoir permis d’être libre d’exercer le pouvoir de contrôle sur un membre du gouvernement. Je n’ai pas violé la Constitution ni le règlement intérieur. Je n’ai fait que demander au VPM de protéger les électeurs du président Félix Tshisekedi », a-t-il déclaré.
Dans la même veine, Laddy Yangotikala insiste : « Qu’on ne vous trompe pas. Ma motion de défiance n’a pas été retirée. Nous irons jusqu’au bout ». Il dénonce également des tentatives d’entrave à la procédure parlementaire : « Toutes les manœuvres dilatoires qu’ils ont lancées pour protéger le VPM de l’Intérieur et Sécurité, comme le report de la plénière, n’aboutiront pas car le règlement intérieur est clair ».
Cette posture de fermeté intervient dans un contexte politique tendu. L’Union sacrée de la Nation, par la voix de son secrétaire permanent André Mbata, avait désavoué cette motion, évoquant l’absence de quitus préalable. De son côté, l’AFDC-A a exigé de ses deux députés signataires de retirer leurs signatures, tandis que plusieurs parmi les 56 signataires initiaux se sont désistés.
Malgré cet isolement progressif, Laddy Yangotikala se présente comme un élu déterminé à exercer pleinement son rôle de contrôle parlementaire. En résistant aux pressions politiques et aux désaveux, il affirme son refus de céder, martelant un message clair : pour lui, la question sécuritaire mérite un débat public au Parlement, sans compromis ni abandon de sa motion.
Njila Mule/CONGOPROFOND.NET
