Analyses et points de vue
Protection de l’enfant et de la femme contre les violences sexuelles en RDC (par Zagor Mukoko)
Les violences sexuelles sont très répandues, systématiquement et culturellement ancrées en République Démocratique du Congo. Les plus répandues sont les viols, les violences conjugales, les mariages forcés et précoces.
Selon l’Enquête démographique et de Santé-2023 de UNFPA, en République Démocratique du Congo 45% des femmes de 15-49 ans ont subi des actes de violences physique ou sexuelle.
Parmi ces femmes, 68% n’ont jamais recherché d’aide et n’en ont jamais parlé à quelqu’un. Cette même étude démontre un taux de mariage précoce préoccupant : 18 % des femmes de 25-49 ans sont en union avant l’âge de 15 ans et 53 % sont en union avant 18 ans. Cette même enquête a aussi montré que 89% des femmes de 15-49 ans et 73% des filles de 0-14 ans sont excisées.
De plus, la crise actuelle à l’Est du pays, les violences sexuelles en occurrence, les viols, sont utilisées comme une arme de guerre. D’après les enquêtes, les femmes déplacées qui ont trouvé refuge dans des camps de fortune autour des zones d’exploitation minière subissent aussi de nombreuses violences : viols, harcèlements sexuels, mariages forcés, prostitution.
Selon les mêmes enquêtes, 13,9% des personnes en situation de vulnérabilité enquêtées ont déclaré avoir subi des violences et abus. Les plus fortes proportions de ces cas de violence sont notées dans les Zones d’exploitation minières (22%) et en Ituri (18,3%).
Le Cercle d’étude pour la protection de l’enfant et la famille, en sigle CEPEF ,est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs universitaires , les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF agit dans la proximité de la population pour protéger les droits de l’enfant et prévenir les violences sexuelles et celles basées sur le genre.
En tant que groupe de réflexion, le CEPEF offre non seulement une voix collective et amplifiée pour défendre les questions de protection de l’enfant et de la famille en RDC et dans le monde, selon les valeurs universelles , des Opportunités de réseautage, de connexion, et d’échange au sein d’un réseau de Protection de l’enfant en situation d’Urgence qui comprend des ONG internationales, régionales et nationales, des agences de l’ONU, des gouvernements ainsi que d’autres acteurs humanitaires mais aussi une promotion des liens entre les membres du CEPEF sur le terrain et les organismes régionaux et mondiaux chargés de l’élaboration des politiques, information et analyse des derniers développements liés à la coordination.
Afin de réduire les effets dévastateurs du VBG dans les communautés congolaises les plus à risque, le CEPEF vise à prévenir les VBG sur les femmes et particulièrement les jeunes avec une attention soutenue portée aux personnes en situation de vulnérabilité.
Il s’articule autour d’une réponse holistique qui appuie l’engagement des acteurs sociaux de première ligne et des structures de prise en charge ; et renforce la résilience des femmes et des filles, potentiellement victimes, une participation accrue et inclusive de ces dernières à toutes les étapes de traitement de la problématique dans un environnement protecteur.
Le CEPEF est appelé à collabore avec tous les acteurs qui interviennent en République Démocratique du Congo en matière de protection et de lutte contre les VBG. Le CEPEF intervient en complémentarité des activités développées, notamment en termes de renforcement des capacités et de promotion de l’inclusion des femmes et filles survivantes de VBG et déplacées de guerre.
De plus, le CEPEF favorise une synergie d’intervention entre tous les acteurs présents à travers les cadres de concertation inclusifs.
Ancré au sein des communautés surtout parmi les acteurs qu’il appuie, le CEPEF vise un impact à long terme par le biais du renforcement durable des capacités des acteurs locaux (volontaires, prestataires de soin…), l’amélioration de la capacité d’accueil des structures de santé communautaire et de la qualité de la prise en charge des survivantes de VBG, et le renforcement de la résilience socioéconomique des bénéficiaires.
Le CEPEF dispose également d’un ancrage institutionnel à travers le renforcement de capacités des élus locaux et la mise sur pied de cadres de concertations inclusifs qui regroupent les autorités des entités décentralisées, les acteurs de santé et les associations. Cela permettra de garantir la pertinence, l’efficacité et la durabilité des actions sur le terrain.
Zagor Mukoko Sanda
Analyses et points de vue
Libérations de prisonniers en RDC : pourquoi Kigali joue sa survie politique dans l’ombre de l’accord de Montreux
L’accord signé ce 18 avril 2026 à Montreux, en Suisse, entre le gouvernement de la RDC et la rébellion de l’AFC/M23, prévoyant la libération de 477 prisonniers sous dix jours, est présenté comme une avancée humanitaire majeure. Mais derrière ce geste d’apaisement, se cache un objectif bien plus vital pour Kigali.
Pour le Rwanda, via son bras armé, le RDF/M23, obtenir la libération des agents qu’il a méthodiquement infiltrés au sein des institutions congolaises est devenu une question de vie ou de mort. La figure emblématique d’Édouard Mwangachuchu, ce député national condamné à mort pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et espionnage pour le compte de Kigali, n’est que la partie émergée d’un immense iceberg.
Ce réseau d’infiltrés, tissé sur des décennies, constitue le système nerveux de l’influence rwandaise en RDC. Leur maintien en détention expose Kigali à un péril stratégique majeur : des procès publics détaillant les mécanismes de cette ingérence, menaçant de faire s’effondrer le récit officiel d’une simple “menace FDLR” pour révéler au grand jour une entreprise de déstabilisation et de prédation économique systématique.
L’ampleur de l’infiltration rwandaise, minutieusement documentée par des rapports successifs des experts de l’ONU, donne la mesure de l’enjeu. Le Rwanda ne se contente pas de soutenir militairement le M23 avec 6 000 à 7 000 de ses propres soldats. Il a déployé une stratégie bien plus insidieuse : celle du cheval de Troie, en plaçant des agents jusque dans la police de la rébellion, dans les rangs de l’armée congolaise (FARDC) et au sein même de la classe politique.
Chaque officier supérieur arrêté, chaque personnalité politique démasquée, est un maillon d’une chaîne qui, si elle est exposée, peut mener directement à Kigali. La libération de ces prisonniers n’est donc pas une simple monnaie d’échange dans les négociations. C’est une course contre la montre pour étouffer des révélations potentiellement dévastatrices et pour récupérer des actifs clés.
Les maintenir en prison, c’est laisser aux autorités congolaises et à la communauté internationale le temps et les moyens de démanteler l’architecture même du soft power et du hard power rwandais dans l’Est de la RDC. Ainsi, la “question humanitaire” des prisonniers est un cheval de bataille cyniquement exploité par Kigali pour préserver son avantage stratégique le plus précieux : son réseau d’influence clandestin.
Pour le régime de Paul Kagame, qui a construit sa stabilité interne et son ascension régionale sur le contrôle des ressources et des dynamiques sécuritaires de l’Est congolais, perdre ce réseau est une menace existentielle. La libération de Mwangachuchu et de ses pairs ne sauverait pas seulement des individus ; elle protégerait des décennies d’investissement politique et militaire, empêchant la mise en lumière complète de la responsabilité rwandaise dans les tragédies qui endeuillent la région.
Pour Kinshasa, l’enjeu est tout aussi capital. Accepter de libérer ces prisonniers sous la simple bannière d’un “geste de confiance” reviendrait à amnistier l’infiltration de son propre État et à compromettre sa souveraineté pour longtemps. La bataille pour la libération des prisonniers est donc, en réalité, la bataille pour la vérité et pour l’avenir de l’influence régionale. C’est un duel feutré où ce qui se joue réellement, c’est la survie d’un système d’ingérence dont dépend la puissance régionale du Rwanda.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
