Analyses et points de vue
Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire : Évariste Méambly, l’outsider qui bouscule le RHDP de l’intérieur
C’est une annonce qui a fait l’effet d’un séisme politique au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Évariste Méambly, ancien député, ex-président du Conseil régional du Guémon et figure atypique du paysage politique ivoirien, a officiellement déclaré sa candidature à la présidentielle de 2025. Une première dans l’histoire du parti, où les candidatures sont généralement verrouillées par les hautes sphères du pouvoir.

À quelques semaines du congrès très attendu du RHDP, prévu les 20 et 21 juin 2025, Méambly s’impose comme le premier militant à oser défier la logique de succession programmée, en se positionnant clairement comme un prétendant à la magistrature suprême. Il ne se contente pas de demander une place à la table : il revendique le leadership du mouvement, aujourd’hui dominé par le président sortant Alassane Ouattara.
Un acte de rupture, un discours générationnel

« Cette candidature est celle de toute une génération », a-t-il lancé. Et le ton est donné : Méambly ne parle pas seulement en son nom, mais se présente comme la voix d’une jeunesse ivoirienne qu’il juge « oubliée » et « marginalisée ». Dans un pays où les moins de 35 ans représentent plus de 70 % de la population, le message ne peut que résonner.
Son projet politique mise sur un triptyque puissant : justice sociale, réconciliation nationale et promotion des jeunes talents. L’une de ses propositions phares est l’adoption d’une loi d’amnistie nationale, afin de solder les contentieux du passé et ouvrir une nouvelle page dans l’histoire politique ivoirienne. Une mesure aussi symbolique que stratégique, dans un pays marqué par deux décennies de tensions.
Méambly, un marginal devenu incontournable

Longtemps considéré comme un électron libre, Évariste Méambly a pourtant fait un long chemin dans l’arène politique. Leader du mouvement « Agir pour le Peuple », devenu groupe parlementaire entre 2016 et 2020, il a intégré le RHDP en 2018 sans renier sa base régionale. Sa fidélité à sa terre du Guémon et sa proximité avec les populations locales contrastent avec le style souvent technocratique de l’élite dirigeante du parti.
En appelant à faire d’Alassane Ouattara le président du RHDP, tout en se déclarant candidat à la présidentielle, Méambly joue une carte subtile : celle de l’équilibre entre loyauté institutionnelle et ambition personnelle. Il ne s’attaque pas frontalement au chef de l’État, mais propose une nouvelle dynamique interne-un RHDP où le leadership ne serait plus réservé à une élite fermée.
Un pari à haut risque

Reste que ce coup d’éclat est aussi un pari risqué. Méambly bouscule un système où les décisions sont souvent prises en cercle restreint, loin des militants de base. Son initiative pourrait être perçue comme une provocation par les gardiens du temple, et sa capacité à rallier des soutiens solides à l’intérieur du parti reste incertaine.
Mais une chose est sûre : il a changé la donne. Là où l’unanimisme semblait régner, une voix dissidente a surgi-claire, structurée, assumée. En cela, Évariste Méambly ne fait pas que poser sa candidature : il pose une question dérangeante à tout le RHDP-et si le temps était venu de passer le flambeau à une autre génération ?
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
