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Analyses et points de vue

Le paradoxe de la pensée inédite : voir l’évidence, penser l’impossible

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La célèbre phrase attribuée à Schopenhauer : » le talent atteint une cible que personne ne peut atteindre ; le génie atteint une cible que personne ne peut voir » semble flatter l’originalité radicale. Pourtant, l’histoire des idées révèle une réalité plus subtile : le véritable défi n’est pas de découvrir l’invisible, mais de repenser le visible.

Ce qui est caché ne nous intéresse pas. L’inédit jaillit souvent d’une subversion du familier. Galilée n’a pas inventé les tâches solaires – d’autres les avaient vues avant lui. Son génie fut d’y voir une preuve contre l’incorruptibilité des cieux aristotéliciens. De même, Sigmund Freud n’a pas découvert l’inconscient. Il a reconfiguré des lapsus, des rêves et des actes manqués que tout le monde observait sans leur donner de sens.

Les paradigmes dominants filtrent notre perception du réel. C’est l’oubli de l’être. Plus une chose est évidente, moins elle est interrogée. Le capitalisme, la démocratie, ou même le temps linéaire sont des réalités si omniprésentes qu’elles échappent à la pensée critique. Karl Marx n’a pas découvert l’exploitation ni la lutte des classes. Il n’a pas non plus imposé sa pensée sociale.

Mais il a dénaturalisé l’économie en montrant que ses mécanismes n’étaient pas des lois immuables, mais des constructions historiques. Nietzsche démonte la morale chrétienne non en révélant des faits cachés, mais en inversant la lecture des valeurs admises (la faiblesse érigée en vertu). Le doute hyperbolique suppose que tout ce qui semble évident est faux.

La régression anthropologique traite une norme sociale comme une étrangeté ethnologique. Le renversement dialectique cherche la faille dans ce qui paraît cohérent. Le mythe de Sisyphe transforme un supplice absurde (visible par tous) en une métaphore de la révolte existentielle. Ce qui est en soi inédit. Le biais de confirmation nous permet de filtrer les idées qui confortent nos croyances.

L’habituation conceptuelle montre que les schémas mentaux deviennent des prisons invisibles. La peur de l’absurde oblige à penser différemment et exige de tolérer la désorientation. C’est alors qu’il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Dans ce cas, le génie serait-il une rééducation du regard ? Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

La pensée révolutionnaire ne naît pas dans les télescopes, mais dans notre capacité à désapprendre le monde. Le polymathe que nous sommes ne vous révèle pas une nouvelle planète. Il vous force à repenser l’espace et le temps qui structurent déjà notre quotidien. Et si la prochaine grande révolution consistait simplement à voir ce smartphone dans votre main comme un objet métaphysique et étrange ?

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

Analyses et points de vue

Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique

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C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.

Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.

La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.

C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.

Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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