Analyses et points de vue
L’infiltration des étrangers en uniforme : le renouvellement du personnel au service de Kagame
Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), censées incarner la souveraineté et la protection du peuple, sont devenues le théâtre d’une tragédie absurde : l’intégration massive d’éléments étrangers, sans attache historique ni loyauté envers la RD Congo, mais promus officiers supérieurs, généraux et colonels par un système corrompu.
Ces hommes, souvent issus des rangs du Rwanda et d’autres groupes armés transfrontaliers, ont prouvé, depuis la chute de Bukavu (2004) et Goma (2012), qu’ils ne servaient pas la République, mais des intérêts étrangers. Pourtant, aujourd’hui, sous couvert de « réconciliation » et d’accord, ces mêmes individus exigent leur réintégration dans l’armée congolaise, comme si les trahisons passées n’avaient jamais existé.
Entre 1998 et 2003, le Rwanda a placé ses hommes dans les FARDC via le RCD. C’est l’époque de la grande infiltration. Après la chute du Président Mobutu et la rupture avec LD Kabila, le Rwanda de Paul Kagame a tenté de reprendre le contrôle du Congo via le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) qu’il a créé après l’opération aéroportée de Kitona dans le Kongo-Central.
En 2003, l’Accord de Sun City impose le « mixage ». Des milliers d’individus présentés comme de rebelles du RCD, dont des Rwandais connus et avérés, sont intégrés dans les FARDC sans vérification d’identité. Le général Bosco Ntaganda, ancien chef militaire du CNDP (allié du Rwanda), intégré dans les FARDC avec le grade de général, avant de trahir à nouveau en 2012 avec le M23 est un exemple éloquent.
En juin 2004, des officiers « intégrés » issus du RCD, dont Jules Mutebutsi (ancien du RCD-Goma), se rebellent et livrent Bukavu aux Rwandais. Ce fut la première preuve de déloyauté qui n’a pas été prise en sa juste valeur. « Ils parlaient kinyarwanda entre eux, tiraient sur nos soldats et riaient en voyant la ville tomber. » (Rapport de l’ONU, 2004). La trahison du RDF/M23 et la chute de Goma est la seconde alerte.
En 2009, le CNDP de Laurent Nkunda est « intégré » dans les FARDC. Résultat ? En 2012, ses hommes reforment le M23 et attaquent Goma. Sultani Makenga, ex-CNDP, promu colonel dans les FARDC, puis chef militaire du M23 qui prend Goma en novembre 2012. C’est la constance de la collusion rwandaise. Les rapports du Groupe d’Experts de l’ONU (2012-2013) confirment que le M23 était armé, financé et dirigé depuis Kigali.
Le général Eric Ruhorimbere, ancien du RCD, intégré dans les FARDC, accusé d’avoir coordonné des exactions contre les Congolais dans le Nord-Kivu (HRW, 2015). Il y a clairement un système de double allégeance. Ces officiers maintiennent des liens avec Kigali, tout en touchant leur solde à Kinshasa. La farce de la réintégration sert aux traîtres qui reviennent en héros.
En 2022, le RDF/M23 reprend les armes avec le soutien rwandais. Pourtant, certains de ses chefs, comme Seraphin Mirindi, exigent aujourd’hui une nouvelle « intégration ». Les mêmes hommes qui ont tué des soldats congolais à Bunagana (2022) veulent maintenant diriger les FARDC. En 2024, des ex-M23 sont discrètement réintégrés dans les FARDC sous pression internationale.
On force les militaires loyalistes Congolais à accepter des gens qui ont massacré leurs frères d’armes. C’est une insulte à la nation. Il faut arrêter l’imposture des « réintégrations ». Aucun ancien rebelle ayant trahi ne devrait revenir dans les FARDC. L’Angola, après la guerre civile, a dissout les unités déloyales plutôt que de les recycler. Il faut auditer les effectifs et démasquer les imposteurs.
Il faut vérifier les origines réelles des officiers défendant la cause « rwandaise » en RDC. Plusieurs généraux FARDC sont suspectés d’avoir des passeports rwandais (Rapport d’enquête congolais, 2023). Les dirigeants politiques complices qui poussent à ces intégrations trahissent la nation. Le peuple congolais mérite une armée fidèle, pas une milice étrangère en uniforme.
Une nation qui ne peut pas se défendre est une nation qui n’existe pas. Il est temps que la nation se lève contre la capitulation permanente. La RD Congo doit choisir entre une armée congolaise ou une milice au service de Kigali. Après 30 ans d’occupation, le Rwanda cherche à renouveler son personnel dans les institutions congolais pour continuer à piller notre pays et à le balkaniser. Il faut y mettre fin une fois pour toute.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Un accueil sous haute surveillance : Kinshasa ouvre ses portes avec prudence stratégique
C’est un signal diplomatique aussi discret que lourd de conséquences. En confirmant l’arrivée ce 17 avril d’un premier contingent de 15 ressortissants de pays tiers sur son sol, la RD Congo endosse un rôle géopolitique délicat. Alors que les crises migratoires et les politiques de relocalisation déchirent les consensus occidentaux, Kinshasa choisit la voie d’une solidarité strictement encadrée.
Le message est ciselé : il s’agit d’un accueil “transitoire”, sous “titres de court séjour”, et non d’une installation durable. Dans une nation où la souveraineté est un trésor jalousement gardé, le gouvernement Tshisekedi trace une ligne rouge claire : la RDC est un partenaire humanitaire, mais pas une terre d’asile par défaut. Le montage financier de l’opération achève de lever toute ambiguïté sur l’équilibre des intérêts en présence.
La prise en charge étant intégralement supportée par le Trésor américain, la RDC prête son territoire sans exposer ses finances publiques, pourtant exsangues. Ce modèle de “sous-traitance humanitaire” permet à Washington de gérer un flux migratoire sensible loin de ses côtes médiatiques, tout en offrant à Kinshasa un levier de négociation non négligeable dans ses relations avec l’Occident.
C’est une transaction tacite où la générosité affichée sert de paravent à un réalisme politique froid : l’hospitalité congolaise est temporaire, financée, et révocable. Si le chiffre de 15 personnes semble dérisoire au regard des millions de déplacés internes que compte déjà le Congo, la portée symbolique est immense. En pleine crise sécuritaire dans l’Est, le pouvoir central démontre sa capacité à contrôler ses frontières et à organiser des flux migratoires “ordonnés” selon des standards internationaux.
Ce premier vol est un test, une démonstration de force administrative qui vise autant la communauté internationale que l’opinion publique nationale. Le gouvernement le sait : la patience de la population face à l’accueil d’étrangers, quand des milliers de Congolais dorment encore sous des tentes à Goma, est une équation explosive. Pour l’instant, le gouvernement maîtrise la narration. Mais la gestion de la perception locale sera, à terme, le véritable défi de cette opération.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
