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Libertés de la presse : échange franc entre journalistes et patron de l’ANR Kwango
À l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le mardi 3 mai 2022, les journalistes de Kenge dans la province du Kwango ont été conviés à une séance d’échange avec le nouveau directeur provincial de l’Agence nationale des renseignements (ANR) Felly Tshibwabwa.
Le nouveau patron des services de sécurité du Kwango a parlé des droits et devoirs du journaliste. Il a évoqué notamment les instruments juridiques qui fondent le cadre légal de la liberté de presse. Felly Tshibwabwa a invité les journalistes à faire un travail professionnel et de qualité pour leur honneur et le bien du public. Il a notamment reproché des dérapages et des propos qui souvent ne cadrent pas avec l’exercice de la liberté de presse. Il a porté à la connaissance de ses hôtes qu’il existe aussi des devoirs auxquels les journalistes sont tenus, notamment le respect dû aux autorités et aux lois du pays.
Le chef de l’ANR au Kwango a révélé qu’il a reçu des plaintes à l’encontre des journalistes de la part des autorités politiques provonciales lui demandant d’arrêter certains journalistes. Il a fait savoir qu’en invitant les journalistes pour leur parler de la limite de leurs libertés de presse, il opère un choix, avant de sévir, de procéder aux interpellations.
Réagissant, les journalistes ont fait savoir que cette posture de certaines autorités politiques du Kwango est un zèle mal placé qui cache une volonté de faire taire les hommes des médias qui font leur travail d’informer la population sur la marche de la province. « C’est une intimidation qui n’émeut personne, et l’on veut simplement se servir de vous comme un policier derrière les journalistes », ont fait remarqué les journalistes.
Les journalistes ont dit au directeur provincial de l’ANR qu’il n’est pas difficile de laisser ces autorités travailler librement sans critiques. « Nous allons alors fermer nos médias pendant six mois et nous pensons que nos autorités ne vont plus s’inquiéter…où nous continuons à travailler, mais sans les regarder de la vie ; essayons de couper le contact avec ces responsables, en nous taisant simplement sur ce qu’ils font, en appliquant une sorte d’embargo…sur leurs activités. « Tokabwana kaka… », ont rétorqué les professionnels des médias de Kenge.
Le nouveau directeur provincial de l’ANR a appris plusieurs choses en revanche sur plusieurs injustices et la mauvaise gouvernance qui a été érigée en mode de vie au Kwango. Les journalistes lui ont demandé de prendre du temps d’observer ce qui se passe réellement au Kwango.
Les journalistes ont évoqué plusieurs hauts faits contre la médiocrité de l’action du gouvernement provinciale. Des exemples concrets de l’incendie des maisons en 2019 au vote chaotique du projet de construction de la centrale électrique des chutes Guillaume où un partenaire du gouvernement provincial a dû offrir 200.000 euros sans attendre un intérêt, alors que le gouverneur de province pointe un gisement de diamant qui peut produire 4 milliards des dollars américains en guise de gage. L’idée d’embargo médiatique a gagné du terrain en signe d’indignation.
Émile Yimbu/CONGOPROFOND.NET
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Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
