Analyses et points de vue
Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo
Objet : Appel à la convocation d’un Dialogue National et Inclusif
Excellence Monsieur le Président de la République,
Je m’adresse à vous en tant que citoyen congolais engagé, guidé par un profond attachement à notre pays, la République Démocratique du Congo, et conformément à l’article 63 de notre Constitution, qui fait de chaque Congolais le gardien de la patrie et de son intégrité face à toute menace extérieure.
Notre Nation traverse une crise majeure, marquée par une agression injuste et persistante dans la partie Est de notre territoire. Cette guerre, menée par le régime rwandais de Paul Kagame avec la complaisance de certaines puissances étrangères, endeuille chaque jour des familles congolaises, provoque des déplacements massifs de populations et met gravement en péril notre souveraineté ainsi que la stabilité du pays.
Face à cette situation dramatique, l’heure appelle à une responsabilité collective supérieure. En votre qualité de garant du bon fonctionnement des institutions et symbole de l’unité nationale, le peuple congolais place en vous un espoir légitime.
Excellence Monsieur le Président, conscient des efforts diplomatiques, militaires et stratégiques déjà engagés pour restaurer la paix, je vous invite respectueusement et solennellement à convoquer un Dialogue National Inclusif réunissant l’ensemble des forces vives de la Nation : acteurs politiques, société civile, autorités traditionnelles, communautés religieuses, diasporas, organisations de jeunesse ainsi que tous les autres acteurs sociaux et patriotiques.
Ce dialogue devrait poursuivre les objectifs suivants :
• Consolider l’unité nationale dans ce contexte de grande épreuve ;
• Élaborer des solutions durables à la crise sécuritaire ;
• Réaffirmer et défendre notre souveraineté nationale ;
• Mobiliser toutes les énergies et toutes les compétences afin de sauvegarder notre pays.
Il ne s’agit plus de défendre des intérêts partisans, mais de préserver notre maison commune. Le monde observe, nos enfants attendent des réponses, et la mémoire de nos aïeux, qui ont versé leur sang pour l’indépendance, nous oblige à la responsabilité, à la dignité et au courage.
Excellence Monsieur le Président, l’histoire attend de vous un geste fort, celui d’un père de la Nation capable de transcender les clivages et de jeter les bases d’un avenir stable, juste et pacifié.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération et de mon profond attachement à la patrie.
Pour la paix. Pour le Congo. Pour l’avenir.
Fait à Kinshasa, le 10 décembre 2025
Martinus Kabemba
Citoyen engagé
+243 816 922 794
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
