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LETTRE AUX ENFANTS DE LA R.D.CONGO(Part 4) : L’histoire de la RDC s’écrira en RDC…(Tribune de Tonduangu Daniel)
Après mon séjour de quelques jours à Kinshasa, mes enfants ont voulu savoir ce que je pensais des événements politiques récents en R.D.Congo (élections présidentielles, législatives, des assemblées provinciales …).
Je leur ai dit que j’étais tout au plus content de la transition politique pacifique du pouvoir au niveau présidentiel et que j’avais l’impression que les congolais avaient enfin une main mise sur leur propre destin politique.
Pourquoi dis-tu cela Papa ?
J’ai dit à mes enfants que le Congo a toujours été victime des décisions ou arrangements pris loin de ses terres, par des étrangers, pour des intérêts des étrangers et très souvent au détriment du peuple congolais.
J’en ai profité pour donner quelques arguments en me référant aux enseignements tirés de la lecture des livres de David Van Reybrouck, Ndaywel Isidore, Colette Braeckman, Tony busselen …) :
Depuis 500 ans, la vaste cuvette congolaise a toujours répondu aux besoins du monde et plus particulièrement au rythme de l’expansion occidentale.
Il y a eu d’abord les esclaves arrachés du cœur du continent africain. Les besoins de l’Europe étant insatiables : après les hommes vinrent les marchandises. L’ivoire pour les bijoux et les touches de piano dès le début de la conquête. Par la suite, au début de l’expansion industrielle, le Congo répondit présent à chaque fois que l’Europe, via la Belgique, avait besoin de lui :
Si Léopold II réussit aussi rapidement à rembourser sa mise initiale ; c’est parce que le caoutchouc congolais était indispensable pour la fabrication des pneus pour l’industrie automobile en plein essor.
Plus tard, en 1914-18, le cuivre du Congo servit à fabriquer les fusils de la Grande Guerre ; vinrent le coton puis l’Uranium qui permit aux américains de produire la première bombe atomique ; le cobalt et aujourd’hui les métaux rares, indispensables à l’industrie électronique : le Colombo-tantalite (Coltan), le niobium, le Tungstène.
De nos jours encore, le Congo se trouve au cœur des enjeux du futur : les guerres de l’eau s’annonçant alors qu’il détient le plus vaste bassin hydrographique du monde. Alors que les terres cultivables se raréfient, il possède 80 millions d’hectares non cultivés. La forêt disparait, les Etats se disputent les crédits carbone et le Congo possède la plus vaste forêt du monde, bien moins exploitée que l’Amazone.
Sur le plan politique, le peuple congolais a toujours subi les décisions prises par des puissances extérieures :
De novembre 1884 à Février 1895, à l’initiative de Bismarck, les principales puissances coloniales se réunirent à Berlin pour répartir les territoires africains, elles redessinèrent la carte de l’Afrique au gré de leur conquête et de leurs intérêts. Ainsi naquit l’Etat Indépendant du Congo, propriété quasi exclusive d’un monarque belge jusque-là très discret sur la scène européenne. Ce dernier exploita le Congo à sa guise et ne visita jamais sa terre de conquête.
De 1908 à 1960, c’est la colonisation belge. Tout est décidé en Belgique. L’historien Ndaywel dit : « les Belges, méprisants, estimaient que les congolais étaient tellement faibles sur le plan mental qu’il ne fallait pas leur enseigner trop de choses… » ;
Il régnait dans la colonie dit Colette Braeckman, un apartheid non déclaré ; et qu’à la tombée du jour les congolais devaient avoir quittés les quartiers réservés aux Européens et regagnés les cités « indigènes ».
Pendant la période globale du Congo belge, de 1908 à 1960, la colonie constituait une véritable mine d’or pour le capital belge. Entre 1950 et 1960 par exemple, 40 milliards de francs de dividende ont été distribués.
Lors de la table ronde économique qui avait précédé l’indépendance, le gouvernement Belge va réussir la casse du siècle sur l’économie congolaise. L’ensemble des actions de l’Etat colonial dans les fonds des entreprises de la période de Léopold II correspondait à la somme de 37,3 milliards d’anciens francs belges. Normalement, le portefeuille aurait dû se transmettre à l’Etat congolais indépendant. …mais le 17 juin 1960, le parlement belge a ratifié une loi stipulant que les entreprises belges au Congo pouvaient choisir de rester sous la législation belge tout en poursuivant leur exploitation au Congo. C’est ce que la plupart d’ entre elles ont fait. C’est l’origine du fameux contentieux belgo-congolais que le maréchal Mobutu n’a pu jamais clore avec satisfaction pendant la deuxième République.
Tout est décidé loin du Congo !
En 1960, Le peuple congolais a vécu un espoir éphémère sous les airs du célèbre chant de l’African Jazz du Grand Kallé Jeff « Indépendance Cha Cha… ».
Très vite les puissances occidentales pour sauvegarder leurs intérêts vont semer la division dans la classe politique et les masses congolaises, et même parvenir à faire commettre l’irréparable : commanditer l’assassinat le 17 janvier 1961 du premier Chef du gouvernement congolais, Patrice Emery Lumumba.
La guerre de reconquête coloniale, c’est ainsi que Gizenga a appelé la période suivant l’indépendance. Cette guerre a commencé à peine cinq jours après l’indépendance et s’est poursuivie jusqu’en 1965.
Après quelques années chaotiques, l’Etat colonial belge sera remplacé de façon effective par l’Etat mobutiste à partir du 24 novembre 1965, le règne de Mobutu dont la longévité est en partie attribuée aux alliances internationales dans un monde divisé entre 2 blocs : l’Est et l’Ouest.
En 1997, une coalition africaine, cette fois-ci (Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie et Angola), avec la bénédiction de quelques puissances occidentales, décide de renverser le maréchal Mobutu et d’installer au pouvoir l’ancien Rebelle nationaliste Laurent Désiré Kabila (LDK) …l’Extérieur a encore agi et va bien sûr demander des comptes…
En 2002, craignant la tournure nationaliste que prenait LDK et sentant son influence fondre à vue d’œil, l’Extérieur va encore agir et la RDC va vivre un cauchemar, l’assassinat dans ses propres bureaux de son troisième Président de la République. C’était le 16/01/ 2001.
Je rappelle ici une déclaration de LDK à propos de la souveraineté du peuple congolais qui n’a fait que l’éloigner des diplomates occidentaux : « une fois libéré du joug du colonialisme, le congolais écrira sa propre histoire ; il déterminera à lui seul, son propre avenir et son projet de développement. Il récoltera lui-même les fruits de son travail. »
De 1998 à 2002 le Congo avait été écartelé, coupé à la tronçonneuse. Cependant, s’imaginer que le Congo créé par Léopold II, dessiné par la conférence de Berlin, façonné par le même pouvoir politique, l’Etat colonial d’abord, l’Etat mobutiste ensuite, allait être si facilement démembré, c’était oublier, rappelle Colette Braeckman, que ces peuples, aussi divers soient-ils avaient, durant plus d’un siècle, appris à vivre ensemble.
Même si elle fut blessée, malmenée, dévoyée, c’est durant le règne de Mobutu que se renforce l’identité congolaise.
Plus récemment, l’avant dernier Président congolais, Joseph Kabila sera élu au suffrage universel à deux reprises (en 2006 et en 2011).
Ces deux scrutins ont nécessité une mobilisation financière considérable de la part de la communauté internationale, avec la présence depuis une dizaine d’années d’une armée onusienne considérable éparpillée à travers le Pays au départ, puis concentrée sur Kinshasa et les 2 Kivu. Ceci a permis à la communauté internationale d’étendre son maillage sur l’ensemble du territoire.
Peut-on échapper dans ces conditions à l’influence des forces extérieures ? La main qui donne n’est-elle pas toujours au-dessus de celle qui reçoit ?
En juin 2018 Monsieur Joseph Kabila, alors Président de la République a fait une déclaration qui est passée inaperçue compte tenu du climat politique tendu et suspicieux de l’époque : « A tous ceux qui pensent que l’Histoire de la RDC devait toujours s’écrire en lettres de sang et par les autres, nous rappelons que c’est par le peuple congolais et en RDC, dans la paix ,que les nouvelles pages de l’Histoire de notre pays restent à écrire et le seront ».
Malgré les tergiversations et les imperfections, la RDC a pu organiser en décembre 2018 des élections sur son territoire, avec ses fonds propres ; et elle a pu organiser ensuite en janvier 2019 une transition apaisée entre l’ancien et le nouveau Chef de l’Etat.
Le peuple congolais très paupérisé semble placer beaucoup d’espoir à la classe politique qui va diriger les prochaines années, à condition qu’elle mette fin au règne de l’injustice et de l’impunité ; que les valeurs éthiques et morales soient réhabilitées dans la sphère politique et économique ; et qu’enfin le développement intégral de la RDC et de son peuple soit au centre de toutes les préoccupations.
C’est pour moi le moment de rappeler à mes enfants et à tous les enfants de la RDC que dans la dernière lettre à sa femme, notre héros national Patrice Emery Lumumba a écrit : « l’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité ».
Fait à Rosoy (France), le 3/05/2019
Tonduangu Kuezina Daniel
CONGOPROFOND.NET
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Nord-Kivu II : les enseignants appelés à reprendre les cours lundi, le SYECO maintient la pression
Les différentes parties prenantes du secteur de l’éducation dans la province éducationnelle Nord-Kivu II ont appelé, vendredi, à la reprise effective des cours dès le lundi 20 avril à Butembo et à Beni, au terme d’une réunion tenue entre autorités scolaires, syndicats et représentants des parents.

Autour de la table figuraient notamment le PROVED, les sous-PROVED, le DINACOPE, les gestionnaires d’écoles, l’Association nationale des parents d’élèves du Congo (ANAPECO) ainsi que des organisations syndicales.
À l’issue de « débats houleux », les participants ont convenu de privilégier l’intérêt des élèves en appelant à la reprise des activités scolaires.
« Après discussions et échanges d’avis, nous nous sommes convenus de la reprise effective de toutes les activités scolaires à Butembo comme à Beni dès ce lundi. Nous demandons aux enseignants, aux chefs d’établissements et aux parents de s’y conformer pour l’intérêt des enfants », a déclaré le PROVED Norbert Bisismwa Belekembaka.
Selon cette autorité scolaire, la grève n’a plus sa raison d’être, le Gouvernement ayant déjà entamé le paiement du salaire du mois de mars, principale revendication des enseignants.
Il a, en outre, critiqué la position du Syndicat des enseignants du Congo (SYECO), qu’il accuse de maintenir un mouvement de grève « injustifié », notamment en conditionnant la reprise des cours au paiement du mois d’avril, encore en cours.
De son côté, l’intersyndicale de la province, regroupant plusieurs organisations syndicales à l’exception du SYECO, a soutenu les résolutions issues de la réunion et appelé ses membres à reprendre les cours dès lundi.

Même son de cloche du côté de l’ANAPECO. Par la voix de son représentant, Jean de Dieu Katembo Sangala, l’association a exhorté les enseignants à « revenir à la raison » et invité les parents à envoyer massivement leurs enfants à l’école.
Cependant, le SYECO, particulièrement actif à Butembo, maintient sa position. Réuni jeudi en séance évaluative, ce syndicat a décidé de poursuivre la grève, exigeant notamment le paiement du salaire du mois d’avril avant toute reprise des cours.
Pour rappel, les enseignants des écoles primaires publiques, notamment à Butembo et Beni, observent un mouvement de grève sèche depuis le lundi 13 avril dernier.
Dalmond Ndungo/ CONGOPROFOND.NET
