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Les préjugés socio culturels, sources des discriminations des femmes pour accéder à des postes de direction à Kinshasa

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En  RDC, l’usage des préjugés à l’égard des femmes les empêchent souvent d’émerger dans le monde professionnel. Cette situation pèse beaucoup sur des femmes surtout lorsqu’elles doivent bénéficier d’une promotion pour leurs compétences.

A Kinshasa comme dans d’autres provinces, les femmes n’échappent pas à cette triste réalité. C’est le cas de Gisèle (nom d’emprunt). Cette femme, de la quarantaine est détentrice d’un diplôme en gestion financière. Comme son mari était un ingénieur et le patron d’une société de construction, elle a très vite appris à ses côtés. Elle a supervisé pendant 5 ans de 2012 à 2017 la construction de son premier immeuble qui abrite les bureaux de ladite société.

En 2019 Gisèle perd son mari et se voit refusé de prendre la tête de la société de construction. La famille de son défunt mari prit la direction et lui  priva la succession de cette société. « Pour eux, je pouvais garder la maison et les appartements mais la société devait leur revenir parce que d’après eux je n’avais pas les capacités nécessaires pour diriger et faire émerger cette société parce que je suis une femme », indique cette mère de quatre enfants.

Gisèle a donc décidé de ne pas céder. Grâce au soutien de sa famille, elle décide de se battre pour reprendre la direction de son  entreprise. Mais la famille de son défunt époux est restée catégorique. « Ce n’est qu’avec l’intervention de la justice que ma belle-famille a finalement accepté que nous partagions la succession mais elle a tenu à ce que le grand frère de mon défunt mari en prenne la direction, chose que certains de mes proches avaient trouvé normal. Ils ont essayé de me convaincre que c’était une bonne résolution, étant donné que je suis une femme, je ne saurai pas gérer une telle société en plus de ses services multiples. D’après eux Je suis une femme je devrais m’occuper des enfants. Un moment, je me suis dit que prendre la direction de l’entreprise ne m’empêcherait pas de m’occuper et de prendre soin de mes enfants. Surtout que pendant la maladie de mon défunt mari, j’avais fait l’intérim”.

A cette obstination, la belle famille de Gisèle s’y est opposée, en disant qu’ils n’accepteront pas qu’une femme dirige leur patrimoine. Selon elle, la femme n’a pas de nerfs solides pour gérer, elle est faible, elle ne saura pas  rassurer des clients bref, elle ne saura pas être efficace.

 

Pour Gisèle, c’était devenu difficile parce que même ses proches et certains membres de sa famille étaient d’accord pour qu’elle laisse tomber. « Au fil de temps je commençais à perdre toute motivation car découragée sous prétexte qu’il faille éviter le bras de fer avec la belle famille », déclare-t-elle. Mais elle n’a pas cédé à ces découragements grâce à sa détermination et confiance en elle. Un bon matin Gisèle s’est décidé d’aller voir le frère de son défunt époux et lui a dit qu’elle était tout à fait capable de diriger cette société car ayant appris aux côtés de son mari, qu’elle avait acquis de l’expérience dans le domaine de construction et avait déjà fait ses preuves même du vivant de celui-ci. Ses arguments ont été si convaincants qu’un conseil de famille s’est tenu pour donner à Gisèle la direction de l’entreprise. Pour cette femme c’était un défi qu’elle devait relever aussi bien pour l’émergence de la société que pour prouver à tous qu’une femme était aussi capable que son semblable masculin.

Dès sa prise de direction, Gisèle a convaincue l’ensemble du personnel de par sa gestion. Justin, responsable logistique de la société depuis 7 ans, affirme que cette société n’aurait pas eu meilleur dirigeant que Gisèle. « C’est une femme qui a affronté tempêtes et tourbillons pour qu’on en arrive là aujourd’hui. Sa gestion à la tête de la société lui a fait gagner des marchés très importants», explique-t-il.

Justin trouve en Gisèle, une femme travailleuse et très dynamique ; très rigoureuse mais avec un cœur de mère. Pour lui, il n’y a aucune différence que ce soit un homme ou une femme qui dirige. « Elle emploie environ 62 personnes dont 80% sont des ouvriers (maçons, charpentier, carreleur, ferrailleurs, peintre, électriciens, plombiers, etc.) Les 10% sont administratifs. Aux postes de direction, il y a trois femmes  et trois hommes. », renseigne Justin.

Solène quant à elle, travaille dans l’une des grandes imprimeries de la ville de Kinshasa, 34 ans célibataire et mère d’un petit garçon de 7 ans. Solène raconte « souvent la femme est représenté comme un être faible, inférieure, vouée à la reproduction de l’espèce humaine incapable de s’élever au rang de son semblable mâle ».

Cette jeune femme a été l’objet d’une discrimination flagrante au sein de l’entreprise dans laquelle elle occupe un poste important. Au lendemain de la démission de l’un de ses collègues et supérieur hiérarchique, Solène espérait occuper ce poste étant donné qu’elle avait plusieurs fois fait l’intérim de son supérieur en cas d’absence prolongée et congé. Pour la majorité de ses collègues, cette place devait lui revenir parce qu’elle avait la maîtrise de ce poste. Mais à sa grande surprise, ils ont appris que l’employeur avait lancé un appel à candidature pour ce poste. Solène n’en revenait pas ni même ses collègues car elle était bien rodée pour ce poste et une promotion serait la bienvenue.

L’employeur cherchait une candidature masculine car il estimait que ce poste implique des déplacements aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour les achats des machines, le suivi de transport des conteneurs jusqu’à l’arrivée au port de Boma puis son acheminement à Kinshasa. Et selon lui, un département constitué majoritairement par les hommes n’était pas facile pour une femme d’en assurer la direction. Bref, le poste n’était pas fait pour une femme.

Mais Solène n’a pas voulu abandonner et a sollicité de passer au test tout comme les autres candidats étant donné qu’elle remplissait toutes les conditions. Elle a réussi aux épreuves et a eu le poste. Pour être confirmée, il fallait qu’elle fasse ses preuves pendant 3 mois ce qui a été fait et elle en est sorti haut la main. Sa détermination et son savoir-faire lui ont permis d’obtenir le respect et l’admiration de son employeur et de ses collègues.

Les préjugés socio culturels véhiculent des stéréotypes et favorise la discrimination

D’après Me Christine Kamazayi, analyste en droit, les préjugés véhiculent les stéréotypes qui détruisent la capacité des femmes à réaliser leur potentiel en limitant les choix et les opportunités. Ils sont à la base de la discrimination sexiste.

« Cela influe sur l’intégrité mentale et physique des femmes et  les privent des connaissances, de l’exercice et de la jouissance de leurs droits et de leurs libertés fondamentales », mentionne-t-elle.

Me Kamazayi affirme que les préjugés violent d’une part la constitution  et d’autre part le code de travail en vigueur en RDC.

En fait, l’article 11, la constitution dispose  » tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit… dans l’Art 12  tous les congolais  sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois », à l’art 13 Aucun congolais ne peut, en matière d’éducation et d’accès aux fonctions publiques ni en aucune autre matière faire l’objet d’une mesure discriminatoire qu’elle résulte de la loi ou d’un acte de l’exécutif… », note-t-elle.

Elle déplore de ce fait, que malgré les dispositions de la construction de la RDC qui promeut l’égalité de sexe d’où l’égalité de chance, des préjugés restent encrés dans le mental de gens. “Ce genre de discrimination devrait être dénoncé afin de mettre fin à cette violation de droit humain. Le refus de promotions aux postes de direction (par la simple raison qu’il s’agit d’une femme NDLR) est une discrimination » note Me Christine.

 Selon l’ aticle 14 que la constitution,  » les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits.  Ils prennent dans tous les domaines, notamment dans   les domaines civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, toutes les mesures appropriées pour assurer le total épanouissement et pleine participation de la femme au développement de la nation…

Les hommes et les femmes devraient être jugés en fonction de leurs propres atouts

Pour Patrick Tanga, Directeur Général d’une entreprise d’architecture et de design, les préjugés socio culturels n’ont pas de place dans une société égalitaire. « Nous devons tenir compte de la méritocratie pour avoir des bons rendements », a indiqué ce chef d’entreprise et d’ajouter que « Nous sommes tous allés à l’école, les matières dispensées étaient les mêmes pour les filles et les garçons. » Selon monsieur Tanga le sexe n’est pas une unité de mesure de compétence ni du mérite.  Il ne faudra pas rester figé dans les préjugés du genre une femme ne peut pas faire ceci, elle ne peut pas faire cela, il faut la mettre à l’œuvre et voir si elle ne sera pas capable… même s’il se fait qu’une femme ne soit pas en mesure d’accomplir une tâche, cela ne veut pas dire que d’autres ne pourront pas non plus…  ne faire aucune  différence quand il faut donner un poste ou une responsabilité car seul le résultat compte. Chez nous, nous avons 5 départements dont deux sont dirigés par des femmes, 40 % du personnel est féminin et nous encourageons toujours la candidature féminine au recrutement.

Pour Serge Ndongo de la Coalition des Femmes pour la Paix et le Développement CFPD, une organisation de la société civile reconnaît qu’effectivement la majorité de femmes sont victimes de préjugés socioculturels. Pour lui, cela est un grand obstacle à la participation des femmes dans la gestion en RDC. Il estime que  certains hommes sont principalement contre la participation des femmes dans la gestion et les discriminent pour les empêcher d’avoir de l’influence sur eux, « C’est ce  qu’avancent les femmes que nous rencontrons dans notre organisation quand nous sensibilisons les femmes », affirme Serge.

Certaines femmes sont elles-mêmes responsables de leur faible participation car elles ont grandi avec des préjugés ancrés en elles et les normes sociales pèsent tellement dans leur mental, ajoute Serge Ndongo. « Il y a des normes selon lesquelles un leader est toujours un homme. Que les filles sont élevées à être soumises aux hommes et ne pas beaucoup parler en leur présence. Aussi que le rôle le plus important de la femme est d’être une épouse et une mère», mentionne cet acteur de la société civile”, note-t-il. Il recommande à d’autres femmes d’aller au-delà des préjugés pour accéder aux postes des responsabilités.

“Les femmes ne devraient pas accorder de l’importance aux préjugés discriminants véhiculés dans la société mais plutôt prouver de quoi elles sont capables. La femme  ne doit  passer son temps a condamné et pensé que l’autre est la base de son échec, elle doit au contraire travailler en vue de  concourir aux côtés des hommes. Elle doit mener, elle-même, une lutte pour être égale à l’homme par sa façon de travailler”, conclut pour sa part Me Christine Kamazeyi.

 

Travail réalisé par Pétronelle Lusamba avec l’appui de JDH/JHR-RDC.

 

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Nord-Kivu II : sans paiement, le SYNIECO menace de boycotter les évaluations nationales

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Le Syndicat des inspecteurs de l’enseignement au Congo (SYNIECO) Nord-Kivu II a posé, dimanche, plusieurs conditions pour participer aux évaluations nationales prévues cette année, exigeant notamment le paiement urgent des frais liés à leur organisation.

Par la voix de son secrétaire provincial, Kakule Kombi Samuel, le syndicat demande au Gouvernement congolais de libérer en urgence les fonds prévus dans le budget déjà soumis par les Inspecteurs provinciaux principaux (IPP), ainsi que d’apurer la dette de 51 % restant due aux intervenants des épreuves certificatives de l’année précédente.

« Nous demandons au Président de la République de s’impliquer personnellement afin que les évaluations soient financées en urgence, conformément au projet déjà présenté. Les inspecteurs travaillent dans des conditions difficiles, parfois dans des zones reculées et insécurisées, nécessitant d’importants moyens logistiques. Personne ne peut accepter de travailler sans moyens », a déclaré Kakule Kombi Samuel.

Le SYNIECO exige également le paiement, avant le 27 avril 2026, des frais de participation des candidats aux différentes épreuves nationales.

Selon le syndicat, ces revendications font suite aux engagements non tenus par le Gouvernement lors de la session précédente. Il affirme que seuls 49 % des fonds avaient été décaissés, laissant une dette de 51 % dont certains intervenants n’ont toujours pas été payés à ce jour.

Face à cette situation, les inspecteurs préviennent qu’ils pourraient ne pas prendre part aux prochaines échéances nationales si leurs préoccupations ne sont pas prises en compte.

Ils annoncent, par ailleurs, une réunion d’évaluation le 27 avril prochain. En cas d’absence de réponse du Gouvernement, une marche pacifique de protestation sera organisée à Butembo, avec dépôt d’un mémorandum à la mairie.

Malgré ces tensions, le SYNIECO a salué les efforts de l’État dans la prise en charge des épreuves certificatives, notamment le Test national de sélection, d’orientation scolaire et professionnelle (TENASOSP), l’Examen national de fin d’études primaires (ENAFEP) ainsi que l’Examen d’État, dont la hors session est prévue à partir du 4 mai 2026.

Parallèlement, l’incertitude persiste quant à la reprise effective des cours dans les écoles primaires publiques de Butembo et Beni, en dépit des appels lancés par les autorités éducatives et l’intersyndicale.

Dalmond Ndungo/ CONGOPROFOND.NET

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