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Le météore du Haut-Uélé : Jean Bakomito Gambu le maître de l’évaporation stratégique
La nouvelle a électrifié la province : Son Excellence Jean Bakomito Gambu, Gouverneur du Haut-Uélé, résident permanent à Kinshasa, a daigné poser le pied sur la terre qui a l’honneur de porter son titre. Alertés par le souffle chaud des turbines d’un avion affrété pour l’occasion, les citoyens du Haut-Uélé ont su que l’événement cosmique tant attendu était imminent : le passage de la comète Bakomito.
Le phénomène est rare, bref, et d’une luminosité aveuglante. Pendant vingt-quatre heures, Isiro a vibré au rythme des sirènes, des convois de 4×4 immaculés et des mains tendues qui, par un mystère de la physique politique, semblent plus efficaces pour recevoir que pour donner. Vivre dans la capitale coûte extrêmement cher au Gouverneur mais surtout à la province. C’était la “Journée du Ressourcement”.
Un terme technique qui, dans le jargon des astrophysiciens politiques, désigne le processus par lequel un élu puise dans l’énergie financière de sa circonscription pour alimenter son propre soleil personnel, situé à plusieurs centaines si pas de milliers de kilomètres. La méthode est éprouvée, popularisée par des maîtres comme le président camerounais Paul Biya, le sphinx de Genève en Suisse.
Jean Bakomito, son disciple zélé, en a appris les préceptes sacrés : pourquoi habiter parmi les siens quand on peut régner à distance ? Pourquoi se mêler à la foule quand on peut la saluer du haut de son vitre teintée ? Pourquoi résoudre les problèmes d’eau potable quand on peut offrir un sourire et une poignée de main en vitesse ? Les observateurs avertis notent le rituel immuable. Étape 1 : L’Atterrissage en terre inconnue.
L’appareil se pose. Le Gouverneur émerge, vêtu d’un complet qui coûte plus cher que le budget annuel d’une clinique locale. Il sourit. C’est le début de la photosynthèse politique : transformer l’oxygène médiatique en capital sympathie. Étape 2 : La tournée éclair. Visite d’un marché (nettoyé pour l’occasion), d’un hôpital (réapprovisionné en pansements pour la journée), discours devant les notaires locaux.
Les promesses fusent, légères et aériennes, comme des bulles de savon. Elles éclatent avant même que le dernier mot ne soit prononcé. Étape 3 : Le Ressourcement. C’est la phase cruciale, la plus discrète. Portes closes, réunions avec les “partenaires économiques”. On ne sait pas exactement ce qui se “ressource”, mais les spéculations vont bon train : le compte en banque en dollars ? Le stock de billets de franc congolais ?
La collection de montres de luxe ? Le mystère reste entier. Étape 4 : Le décollage émotionnel. Après avoir serré des centaines de mains et pris des selfies qui serviront de preuve de son “ancrage local”, le Gouverneur, visiblement ému (par l’idée de retrouver son canapé à Kinshasa), monte dans son avion. La mission est accomplie. La province a été “visitée”, “ressourcée”, et… vidée de sa substance.
Interrogé sur la brièveté des visites de Mwana Nzambe dans le Haut-Uélé, un collaborateur zélé du Gouverneur sur les forums provinciaux nous a confié : “Son Excellence est un homme très occupé. La gestion du Haut-Uélé depuis Kinshasa nécessite une concentration de tous les instants pour des “lobbyings payants”. Ces visites sur le terrain sont éprouvantes, mais il les endure par amour pour son peuple.”
Et le peuple, dans tout cela ? Il regarde le convoi s’éloigner dans un nuage de poussière rouge. Il a eu son spectacle, son jour de fête. Demain, les routes seront à nouveau impraticables, les hôpitaux sans médicaments et les écoles sans toit. Mais il pourra se dire : “Le Gouverneur est venu. Il nous a vus. Il a souri. Et il est reparti, plus léger… et nous aussi, d’une certaine manière.” Alors, bon vent, Monsieur le Gouverneur !
Revenez quand vous sentirez que votre “ressourcement” faiblit. Le Haut-Uélé, cette terre résiliente et généreuse, sera toujours là, prête à vous offrir ce dont vous avez le plus besoin : une raison de justifier votre salaire et un public pour votre prochaine tournée éclair. En attendant, à Kinshasa, la villégiature continue. Après tout, gouverner, c’est souffrir. Autant le faire confortablement installé.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
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RDC : Néhémie Mwilanya accuse Tshisekedi de “trahison” et défend l’héritage de Joseph Kabila
Invité sur le plateau de TV5 Afrique, ce week-end, le professeur Néhémie Mwilanya, cadre du PPRD et ancien directeur de cabinet du président honoraire Joseph Kabila, est longuement revenu sur les circonstances du départ de ce dernier du pouvoir. Contrairement aux lectures dominantes, il affirme que Joseph Kabila n’a pas été contraint par faiblesse, mais par patriotisme. Selon lui, l’ancien chef de l’État a fait le choix volontaire de quitter le pouvoir afin d’éviter un bain de sang et de préserver l’unité nationale, permettant ainsi la première alternance pacifique de l’histoire de la RDC, un geste rare sur le continent africain.

Le code minier, point de rupture avec l’Occident
Pour Néhémie Mwilanya, l’élément déclencheur des tensions entre le régime Kabila et certaines puissances occidentales fut la révision du Code minier. Il soutient que cette réforme visait à redonner à l’État congolais un contrôle réel sur ses ressources naturelles afin de financer les politiques sociales et le développement national. Cette orientation souverainiste aurait suscité, selon lui, de fortes résistances de la part des États-Unis, du Canada et de l’Union européenne, accusés d’avoir exercé pressions, menaces et intimidations pour protéger les intérêts de leurs multinationales.
ONG et mouvements citoyens accusés de manipulation politique
Dans son intervention, Mwilanya va plus loin en affirmant que plusieurs mouvements citoyens et organisations dites de défense des droits de l’homme auraient été instrumentalisés pour affaiblir Joseph Kabila. Il cite notamment FILIMBI, LUCHA ou encore l’ACAJ, qu’il accuse d’avoir servi de relais à une propagande négative en complicité avec l’UDPS alors dans l’opposition. Il s’interroge sur leur silence actuel face aux abus présumés sous le régime de Félix Tshisekedi, estimant que leur disparition de l’espace public est révélatrice.
Accords miniers et sécurité : la charge contre Tshisekedi

Abordant la question des accords miniers conclus sous le régime actuel, Néhémie Mwilanya parle ouvertement de “trahison”. Il reproche à Félix Tshisekedi d’avoir cédé les minerais congolais aux intérêts américains sans garanties sécuritaires pour le pays, contrairement à la ligne de résistance adoptée sous Kabila. Il établit un parallèle avec l’Ukraine et le président Zelensky, estimant que ces accords n’ont apporté ni protection ni stabilité. Il accuse également le régime actuel d’avoir affaibli la sécurité nationale, citant la résurgence du M23 et la perte de contrôle sur certaines parties du Nord et du Sud-Kivu.
Crise sociale et verdict de l’histoire
Sur le plan social, Mwilanya dresse un tableau sombre de la situation actuelle, évoquant une pression fiscale excessive sur une population déjà appauvrie. Il dénonce la multiplication des taxes, l’absence d’infrastructures et l’aggravation de la pauvreté, qu’il attribue à la perte du contrôle des ressources minières. En conclusion, il affirme que l’histoire finira par rétablir la vérité sur Joseph Kabila et juge sévèrement le bilan de Félix Tshisekedi. “La vérité reste têtue”, conclut-il, convaincu que le peuple congolais saura distinguer, avec le temps, le sacrifice de la trahison.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
