Analyses et points de vue
Lac Kivu : la RDC exige la transparence, le Rwanda joue-t-il la montre ?
Le lac Kivu, étendue d’eau partagée entre la RD Congo et le Rwanda, est bien plus qu’un simple plan d’eau. Il s’agit d’une véritable bombe à retardement géologique et géopolitique. D’un côté, ses eaux profondes renferment près de 60 milliards de m³ de méthane et 300 milliards de m³ de CO₂, une manne énergétique potentielle mais aussi une menace mortelle en cas de dégazage spontané.
De l’autre, ce lac cristallise les rivalités entre Kinshasa et Kigali, dans un contexte déjà marqué par des preuves irréfutables de soutien rwandais aux terroristes du RDF/M23 et le récent retrait du Rwanda de la CEEAC. Aujourd’hui, la RDC hausse le ton : elle exige du Rwanda la transmission des études géologiques menées sur le lac Kivu, via un cabinet parisien mandaté pour cette mission délicate.
Pourquoi cette demande ? Le Rwanda a-t-il quelque chose à cacher ? Et surtout, cette crise pourrait-elle dégénérer en un nouveau conflit ouvert ? Le lac Kivu est un trésor énergétique mais aussi une menace mortelle. Le lac Kivu est l’un des rares lacs méromictiques au monde, c’est-à-dire qu’il stocke d’énormes quantités de gaz dissous. C’est un lac qui est en soi une richesse sous haute tension.
Si ces réserves de méthane peuvent être exploitées pour produire de l’électricité (le projet KivuWatt génère déjà 26 MW côté rwandais ), elles représentent aussi un danger : un dégazage brutal, comme celui du lac Nyos au Cameroun en 1986 (1 700 morts), pourrait asphyxier des millions d’habitants. Le cynisme du pouvoir rwandais qui a massacré des milliers de civils récemment à Goma inquiète.
Alors que le Rwanda exploite déjà le gaz du lac Kivu depuis des années, la RDC accuse un retard criant. Pire, Kinshasa affirme que Kigali mène des explorations pétrolières sans partager les données, en violation de la Convention de Rubavu. Ces informations sont pourtant cruciales pour évaluer les risques environnementaux (un forage mal maîtrisé pourrait déclencher une catastrophe).
Les retombées économiques (combien de gaz exactement ? Comment le partager équitablement ?) et la souveraineté congolaise (le lac est une ressource transfrontalière, pas une propriété exclusive du Rwanda). Pourquoi Kinshasa passe par un cabinet parisien ? Les relations entre la RDC et le Rwanda sont au plus bas. La diplomatie congolaise ne laisse plus le Rwanda propager ses mensonges éhontés.
Le retrait du Rwanda de la CEEAC et les accusations récurrentes de la présence des forces terroristes rwandaises sur le sol congolais rendent tout dialogue bilatéral difficile. En mandatant un cabinet parisien, Kinshasa cherche une médiation neutre, évitant l’affrontement direct. Une légitimité internationale, pour faire pression sur Kigali et une expertise technique, afin de vérifier l’exhaustivité des données transmises (ou leur absence).
Jusqu’ici, Kigali n’a pas officiellement répondu à la sommation. Plusieurs hypothèses pour cela. Il s’agirait d’une stratégie d’évitement. Le Rwanda temporise, arguant que les données sont incomplètes ou confidentielles. Kigali cherche un avantage économique en gardant l’exclusivité des études. Il conserve ainsi un avantage dans les négociations futures.
C’est un calcul géopolitique d’affaiblir la position congolaise en maintenant un flou sur les ressources exploitables. Le lac Kivu n’est pas le seul sujet de friction. Le barrage de Ruzizi III, financé à 20% par TotalEnergies, est aussi au cœur des tensions. C’est ce qui a conduit à la désignation par la France de Louise Mushikiwabo au secrétariat général de l’Organisation Internationale pour la Francophonie.
Il apparaît clairement un accord caché entre la France et le Rwanda. La position de Paris sur le dossier rwandais n’a jamais été objective. La France n’a par exemple jamais sanctionné le Rwanda pour ses crimes en RDC. Ce projet, censé fournir de l’électricité à la région, est perçu par Kinshasa comme un moyen pour le Rwanda (et ses partenaires étrangers) de contrôler les ressources hydriques et énergétiques de la RDC.
Et si le refus de Kigali de partager les données géologiques était lié à ce projet ? Un lac mieux exploité par le Rwanda signifierait une mainmise sur l’énergie de toute la région, réduisant la RDC au rôle de spectateur. Si le Rwanda transmet les données, une exploitation conjointe pourrait émerger, avec des bénéfices partagés. Mais cela supposerait un revirement diplomatique improbable dans l’immédiat.
Si Kigali refuse, Kinshasa pourrait saisir des instances internationales (ONU, Union Africaine), durcir sa position sur d’autres dossiers (comme le RDF/M23) et rechercher des partenaires alternatifs (Chine, États-Unis) pour contrebalancer l’influence rwandaise. Aucune avancée, mais une tension latente qui mine toute coopération future, avec le risque d’un incident (écologique ou militaire) déclencheur.
La demande de la RDC n’est pas qu’une question technique : c’est un test de souveraineté. Le Rwanda acceptera-t-il la transparence, ou continuera-t-il à jouer en solo ? Dans un contexte où les ressources naturelles alimentent autant les espoirs de développement que les conflits, la réponse à cette crise pourrait redéfinir les équilibres en Afrique des Grands Lacs. Une chose est sûre : le lac Kivu, miroir des fractures régionales, n’a pas fini de faire parler de lui.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)
Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.
Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.
En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.
CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.
Le Processus de Réinsertion
Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.
A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.
Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.
Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.
Suivi psychologique pour les violences
Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.
La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.
Zagor Mukoko Sanda
