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Analyses et points de vue

La protection des droits numériques à l’aune du nouveau Code du Numérique en RDC (Analyse de Me Michèle CALENGA TSHASEKELA et Me Hortense NINDA MUHIMUZI/ICDH)

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Contexte

En République démocratique du Congo, l’ordonnance-loi n°23/010 portant sur le Code du Numérique a été promulguée le 13 mars 2023, marquant ainsi une étape importante dans le développement du secteur numérique dans le pays. Il vient combler le vide juridique et réglementer ainsi le secteur du numérique au Congo-Kinshasa.

Au-delà de l’enthousiasme suscité par cette promulgation, plusieurs questions fondamentales substantielles demeurent sans réponses et méritent d’être discutées. Certaines sont relatives aux innovations et à la pertinence de ce code. D’autres concernent la capacité réelle de cet instrument juridique à contribuer à une meilleure protection des droits numériques et ses incidences sur l’exercice des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il va falloir, enfin, analyser les défis de l’applicabilité effective du code de numérique dans le contexte de la République démocratique du Congo.

Droits Numériques et droit du numérique

Les droits numériques sont essentiellement les droits de l’homme à l’ère du numérique, comprenant les droits qui sont impliqués dans notre accès et notre utilisation des technologies ainsi que la manière dont les droits fondamentaux se jouent dans l’environnement en ligne.

Pour sa part, le droit du numérique a pour objectifs d’une part de Protéger la vie privée des personnes, notamment en encadrant les activités de collecte des informations et, de l’autre, de protéger la propriété intellectuelle, en évitant la copie et la revente illégale.

Pertinence et innovations

Le nouveau Code du Numérique a été vanté par les autorités congolaises, en particulier le Ministre du Numérique comme extrêmement pertinent et innovateur en ce qu’il comble les lacunes juridiques que connaissait le pays dans le secteur du numérique.

De plus, il a été dit que le nouveau code du numérique vise l’éclosion de l’économie numérique en facilitant la propension du service numérique et la diffusion du numérique à grande échelle sur base des règles établies.

Par ailleurs, on a souligné le fait que le Code du Numérique pose des règles qui garantissent les libertés individuelles réprimant par la même occasion des faits de cybercriminalité et consacrant des obligations de cyber sécurité aux opérateurs du secteur.

Les innovations apportées par le nouveau dispositif législatif incluent la réglementation des plateformes numériques, la dématérialisation des éléments de preuve tels que l’écrit électronique et la preuve électronique (y compris la signature électronique), l’identification électronique basée sur les données des personnes physiques ou morales, l’obligation de stockage et d’hébergement des données en RDC pour assurer la souveraineté numérique du pays, ainsi que la sécurisation du système informatique contre les cyberattaques et la définition des infractions numériques.

Une autre innovation importante résulte de la nécessité de mettre en place des services publics spécialisés sur les questions du numérique. Ici, on fait allusion, notamment, à l’organe chargé de la certification électronique des différents services numériques offerts aux citoyens en vue de garantir la qualité des services et de protéger leurs utilisateurs ou bénéficiaires finaux qu’il s’agisse des personnes, d’entités privées ou publiques, à l’organe Indépendant chargé de la protection des données à caractère personnel, à l’agence chargée de la cyber sécurité et celle chargée de la lutte contre la cybercriminalité.

Il y a lieu, au demeurant, d’indiquer aussi, parmi les innovations de l’ordonnance-loi portant Code du numérique, l’incrimination de plusieurs faits, actes et comportements au titre des infractions à la législation numérique. Cette pénalisation est une avancée majeure pour la protection des droits numériques dans le pays.

Les infractions à la législation numériques

S’agissant justement des infractions, le nouveau code du numérique de la République démocratique du Congo s’applique aux acteurs du secteur en prévoyant des peines d’emprisonnement et d’amendes pour des infractions liées aux réseaux sociaux. Dans ce sens, L’ordonnance –loi parle des infractions spécifiques liées au numérique (infractions à la législation numérique) en faisant allusion à toute violation à la législation numérique qui est passible d’une peine prévue par le code du numérique.

Le texte protège la vie privée et les données à caractère personnel en prévoyant par ailleurs jusqu’à six mois de prison pour la diffusion ou le partage d’une fausse information sur les réseaux sociaux. Le code protège également les données à caractère personnel en incriminant le fait d’usurper, par hameçonnage, phishing ou tout autre moyen, intentionnellement et sans droit par le biais d’un système informatique, l’identité d’autrui, une ou plusieurs données permettant de s’attribuer faussement et de manière illicite l’identité d’autrui dans le but de troubler sa tranquillité, de porter atteinte à son honneur, à sa considération ou à ses intérêts.

L’Hameçonnage, ou phishing, est une technique de manipulation utilisée par des pirates informatiques pour obtenir des informations personnelles auprès d’utilisateurs, de systèmes informatiques ou de réseaux de communication électronique (Article 2, p.37). Le code traite également des contenus abusifs, en particulier du harcèlement par le biais de communications électroniques (Article 359), qui se caractérise par des pressions répétées exercées sur une personne via un système informatique ou un réseau de communication.

De plus, le Code punit l’initiation ou la diffusion de fausses informations (Article 360) par le biais de divers moyens électroniques, tels que les réseaux sociaux, les systèmes informatiques ou les réseaux de communication électronique. Enfin, le code prévoit des infractions spécifiques à l’encontre des fournisseurs d’accès à Internet (Section 7), notamment le défaut d’informer les abonnés des moyens de restreindre l’accès à certains services (Article 364).

Code du numérique et protection des droits numériques

S’il faut partir du postulat selon lequel les nombreuses incriminations pénales contenues dans le code du numérique visent à réprimer les infractions à la législation numérique, cela sous-entend que le législateur a entendu protéger les droits numériques. Sur cette base, on peut dire que le code numérique révolutionne, du moins en théorie, la protection des droits numériques en République démocratique du Congo.

Toutefois, cet enthousiasme devra être tempéré s’il faut envisager les nombreux défis auxquels l’effectivité de ce code risque d’être confrontée.

Défis à l’applicabilité effective du nouveau code du numérique

Le premier défi à relever pour une application effective des dispositions de cette ordonnance-loi est le risque de restriction des libertés fondamentales que la régulation du secteur du numérique risque de provoquer.

Sur le plan technique et opérationnel, ensuite, la régulation du secteur du numérique et en particulier la répression des infractions contre la législation numérique exige une expertise, une logistique et des compétences et des infrastructures numériques appropriés. Or, en l’état actuel des choses, ces préalables à l’effectivité du code du numérique ne sont pas encore réunis.

Bien plus, le Code du Numérique dispose que les infractions à la législation numérique seront poursuivies conformément au code pénal. Mais il ne précise pas s’il s’agit de la procédure pénale de droit commun ou de la procédure pénale militaire dans la mesure où le parquet militaire peut être amené à enquêter sur certaines infractions à la législation numérique relevant de la compétence de la justice militaire, par exemple, dans le cadre de l’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Sur un autre registre, il y a lieu de s’interroger sur l’apport du nouveau code du numérique dans la protection des droits numériques dans le cadre et à l’occasion des élections générales concernant d’une part les discours de haine, la désinformation et l’intoxication en ligne pendant la campagne et d’autre part l’usage de la machine à voter.

Conclusion : une avancée normative certaine face à un cadre institutionnel perfectible

L’avènement d’un Code du Numérique, en tant que loi spéciale, pour réglementer le secteur du numérique et, en filigrane, protéger les droits numériques constitue, en soi, une avancée normative appréciable en République démocratique du Congo.

Cette loi est, en effet, d’une pertinence avérée dans la mesure où elle devra combler le vide juridique dans le domaine du numérique mais aussi les lacunes des autres législations apparentées. Elle constitue en même temps une réponse à la nécessité de doter le pays d’une législation appropriée pour régir les différents aspects, problèmes et situations liés à la prolifération des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et d’autres technologies nouvelles et émergentes.

Toutefois, cette avancée normative se heurte à plusieurs défis qui risquent d’affecter l’application effective de ce nouveau code du numérique. Il y a donc nécessité d’édicter toutes les mesures d’application indispensables et mettre en place les institutions prévues par le code. Ensuite, il faudra renforcer les capacités, outiller et équiper les acteurs commis à l’application de ce code.

Outre la vulgarisation du Code et la sensibilisation, il est indiqué, par ailleurs, de mettre en place un cadre de concertation multi acteurs en vue de discuter des questions essentielles en vue d’une application effective du code.

Me Michèle CALENGA TSHASEKELA
Chargée de Programme
Institut Congolais des Droits de l’Homme(ICDH)

Me Hortense NINDA MUHIMUZI
Coordonnatrice Provinciale/ Lualaba
Institut Congolais des Droits de l’Homme(ICDH)

Analyses et points de vue

RDC : Quid de la réinsertion familiale et la protection des enfants ? (Par Zagor Mukoko Sanda)

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Le profil social de Kinshasa est caractérisé par la pauvreté, les inégalités, les disparités dans les conditions de vie entre les différentes couches de la population. Dans la Ville de Kinshasa, on compte plusieurs catégories de groupes vulnérables : enfants et femmes en situation difficile, personnes du troisième Age, personnes vivant avec le VIH, personnes avec handicap, déplacés, malades mentaux, les personnes victimes de sinistres et calamités naturelles.

Les activités dans ce secteur sont assurées par le Ministère des Affaires sociales, en partenariat avec les Organisations non gouvernementales avec l’appui des organisations humanitaires internationales. Ces activités visent principalement l’assistance sociale, la récupération, la réinsertion socio-professionnelle.

En optant pour l’accompagnement des acteurs sociaux dans le travail social , le CEPEF s’est orienté principalement dans l’analyse des phénomènes sociaux et des pratiques professionnelles ,la vulgarisation des normes et standards de prise en charge des enfants en situation difficile et les activités de renforcement des capacités des acteurs sociaux dans le domaine de réinsertion et la protection des droits des enfants et leurs familles dont certaines ont élues domicile dans la rue.

CEPEF, structure de réflexion pour des pratiques innovantes

Il faut noter que le CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs, les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.

Le CEPEF a pour ambition de faire le point sur les savoirs et des pratiques professionnelles du travail social au profit de ses bénéficiaires. Il se focalise sur les rôles et les fonctions des travailleurs sociaux dans les structures publiques et dans celles du mouvement associatif congolais. Le CEPEF s’appuie sur les réalisations professionnelles dans une perspective actualisée qui permet d’entrevoir ce qui est effectivement reconduit aujourd’hui et ce qu’il faut impérativement faire advenir demain pour une coresponsabilité dans la protection de l’enfant dans la société.

Le Processus de Réinsertion

Un des objectifs du CEPEF est, d’une part, de renforcer les compétences de l’acteur social à mieux accompagner l’enfant en rupture familiale à s’intégrer réellement dans la société et rétablir la relation entre cet enfant et dans sa famille grâce au processus de réinsertion « IDMRS » à travers la scolarisation, l’intégration des enfants dans les différents mouvements de jeunesse.

A propos de l’aspect « rétablir la relation entre l’enfant et la famille « , il importe de faire remarquer qu’il renvoie au départ de la relation entre l’enfant et l’éducateur social ou l’assistant social. Le premier contact avec l’enfant, selon les acteurs sociaux, est très déterminant car il peut favoriser la réussite du processus en cas d’acceptation mutuelle. Pour parvenir l’acteur social utilise ses techniques professionnelles de base marquées par sa disponibilité à savoir : l’observation, l’entretien et l’écoute. Grace à l’identification de l’enfant, le travailleur social prend connaissance de l’enfant puisque ce dernier est appelé à décliner son identité, celle de ses parents, ses ambitions et son problème.

Par les enquêtes sociales, l’acteur social prend connaissance de la famille biologique ou élargie, jauge la possibilité de réunification familiale, établit un contact direct avec la famille, cherche l’implication effective de la famille au projet de réinsertion à court ou long terme de l’enfant.

Le processus de réinsertion demande beaucoup des moyens humains, matériels et psychologiques. Chaque enfant est un cas qui demande des moyens selon la gravité de sa situation car chaque enfant à son histoire spécifique.

Suivi psychologique pour les violences

Les cas les plus difficiles pour l’aboutissement de la réinsertion sont dans l’accompagnement psychosocial des enfants victimes des violences psychologiques, verbales ou physiques. L’apport des psychologues cliniciens est très déterminant pour redonner la confiance en soi annulée. L e CEPEF s’appuie l’expertise de l’équipe des psychologues cliniciens sous la responsabilité de la Sœur Professeur Jacky BUKAKA PhD et de la CT Etiennette Mukwanga.

La formation continue ou le renforcement des capacités est très indiqué, gage d’un bon résultat dans la protection de l’enfant dans les centres d’hébergement du territoire.

Zagor Mukoko Sanda

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