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Tribune : Le « Debout congolais » : une mine qui na pas encore tout donné ( Par Robby MANDIANGU NGOFO, Doctorant en Philosophie/Belgique)
Il y a quelques mois, un média en ligne de notre pays, publiait les propositions de révision de l’hymne national, le « Debout congolais », projet initié par un écrivain et médecin. Lesdites propositions partent sans doute dun sentiment de bonne foi et semblent partagées par certains compatriotes. Elles portent principalement sur la forme conjuguée de certains verbes de la première personne du pluriel à la deuxième.
Cependant, il est des préalables qu’il faut avoir à l’esprit pour juger de l’opportunité, ou pas, des tels changements. À loccasion de la célébration de l’indépendance de notre pays, ce 30 juin 2023, il est important de revenir sur quelques éléments fondamentaux de notre hymne. Le plus important est la compréhension du texte de l’hymne en lui-même. À force de le chanter, on court le risque d’oublier d’écouter profondément le texte.
De prime abord, il faut mentionner le contexte de la réalisation du texte. L’hymne est écrit à l’aube de l’indépendance et se présente aussi comme une célébration de cet acquis. Dès la première phrase, le ton est donné : « Debout Congolais, unis par le sort, unis dans leffort pour lindépendance ». Ce qui se confirme plus loin par l’exaltation de la journée du trente juin : « Trente juin / Ô doux soleil… ».
La structuration du chant à cet endroit en masque parfois le sens. Il faut diviser les chanteurs en deux groupes pour mieux saisir le percevoir. Le premier groupe chante les paroles qui suivent : « Trente juin, jour sacré de limmortel serment de liberté que nous léguons à notre postérité pour toujours ». Tandis que le second groupe fredonne les paroles ci-après : « Ô doux soleil du trente juin, sois le témoin de l’immortel serment de liberté que nous léguons à notre postérité pour toujours ».
Il en est de même pour la célébration du Congo qui précède. La répétition de « Congo » par le premier groupe semble servir d’écho aux qualificatifs que reprend le deuxième groupe. Ainsi, les premiers chantent : « Congo, nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur ». Au moment où les seconds entonnent : « Don béni des aïeux, ô pays bien aimé, nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur ».
Il sied de signaler que tout l’hymne porte cette forme en deux groupes, jusque dans le texte. On le voit dans le passage du « nous » au « vous ». Il y a, au milieu du texte, comme un narrateur qui harangue la foule, à la manière des coryphées des tragédies grecques : « Citoyens, entonnez l’hymne sacré de votre souveraineté ». Loin dêtre « des erreurs de non concordance de personnes », ce changement de personne participe de la dynamique d’ensemble du texte. Il faut dailleurs signaler que la version originale du « Debout congolais », conservée dans les archives de l’Ordre des Pères Jésuites auquel appartenait le Père Boka, contient une strophe qui a été supprimée dans la version finalement adoptée. Cette strophe répond à l’injonction de la salutation de l’emblème d’or de notre souveraineté :
Fier drapeau / étoilé / tiens-toi plus haut que le sommet de tous nos monts /
tricolore / flotte au vent / joins tous nos cœurs à l’envol de ton idéal /
Cette même dynamique interne du texte justifie largement le temps futur dans « nous peuplerons » et « nous assurerons ». Il ne s’agit nullement d’un futur simple, qu’un « présent progressif » peut renforcer ou corriger. Il s’agit d’un serment, d’une promesse, exprimant en même temps notre engagement et sollicitant notre puissance mobilisatrice. C’est ce qui peut être légué à la postérité comme une mission permanente. C’est ainsi qu’il faut conférer à ce futur une valeur injonctive. Celle-ci indique à jamais un idéal devant nous tendre et nous mobiliser vers l’avant. Le processus de libération et de construction du pays reste dans le même temps un projet, une tension vers, et pas un acquis.
Peupler le Congo n’est pas seulement une question d’occupation spatiale ; il s’agit aussi de grandeur, celle d’une population qui est elle-même appelée à devenir le reflet de la grandeur du Congo. Quels sont d’autres chemins de grandeur à explorer aujourdhui pour que le Congo soit plus grand encore ?
La célébration du 30 Juin ne devrait-elle pas être l’occasion de se questionner sur ce qu’il en est encore aujourdhui de ces idéaux d’indépendance ? De questionner tous ces lieux où nous avons encore à acquérir une indépendance ? Il faut se demander si nous avons épuisé la richesse des significations de la textualité de notre hymne. Par exemple, le rappel des fronts longtemps courbés pendant la colonisation n’est-il pas une mise en garde pour que d’autres situations ne viennent plus faire retrouver au peuple congolais cette posture humiliante ? Le « Debout congolais » est en fait un vaste chantier, dans lequel ce qui est réalisé ne doit pas nous endormir au point d’éclipser ce qui reste à réaliser.
Robby MANDIANGU NGOFO
Doctorant en Philosophie
Belgique
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Sanctions américaines contre Kabila : Jacquemain Shabani évoque « une conséquence logique » après une attente prolongée
Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a réagi ce jeudi 30 avril à la décision des États-Unis visant l’ancien président Joseph Kabila. Il estime que cette sanction constitue « une conséquence logique, même si elle a tardé à venir », accusant l’ex-chef de l’État d’être à l’origine de la déstabilisation du pays.

Washington a inscrit Joseph Kabila sur la liste des personnes sanctionnées de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), dans le cadre du programme DRCONGO. Les autorités américaines évoquent des liens présumés avec des groupes armés opérant dans l’est de la RDC, notamment le Mouvement du 23 mars et l’Alliance Fleuve Congo.
La mesure, prise en vertu de l’Executive Order 13413 modifié, prévoit le gel de tous les avoirs de l’ancien président sous juridiction américaine. Elle interdit également toute transaction entre lui et des citoyens ou entreprises des États-Unis.
Ces sanctions renforcent l’isolement financier et diplomatique de Joseph Kabila, dans un contexte politique et sécuritaire déjà marqué par de fortes tensions autour de la situation dans l’est du pays.
Exaucé Kaya
