Analyses et points de vue
La comédie des nominations : Les manigances du Gouverneur Jean Bakomito Gambu au Haut-Uélé
Dans le grand théâtre de la politique congolaise, le dernier acte du Gouverneur Jean Bakomito Gambu ne fait que renforcer l’idée que l’opacité et le copinage sont les véritables maîtres mots du jeu politique au Haut-Uélé. À la lecture attentive de l’arrêté provincial portant nominations des membres de son gouvernement, on ne peut qu’assister, incrédules, à une mise en scène qui frôle la farce.
Premièrement, examinons le sort d’André Lite, cet allié de circonstance, qui s’en tire avec deux postes ministériels, attribués à Jean Fiston Batokobese Mende et Wivine Tongu Dogati. Cette manœuvre opportuniste ne fait que confirmer que dans cette danse politique, la loyauté se mesure en termes de sièges. Mais le Gouverneur ne se contente pas de partager le gâteau avec ses amis.
Non, il s’octroie lui-même trois ministères (Jacques Anzatepedanga Anzatepedanga, Didier Meduama Yolo et Emmanuel Arama Odingo-Kiro), comme un roi régnant sur un royaume décharné. Une belle démonstration de l’égoïsme politique, où l’intérêt personnel c’est-à-dire le ministère des mines confié à un très proche fidèle pour le contrôle de Kibali Gold et autres carrières, prime sur le bien commun.
Dans cette conjoncture, l’UDPS et les dissidents du grand Chef Constant Lungagbe se voient attribuer le reste des miettes du festin. Ce gouvernement provincial, loin de promouvoir la diversité et l’inclusivité, semble être un club exclusif réservé à ceux qui ont su plier le genou. L’objectif est clair : isoler Christophe Baseane Nangaa, cette épine dans le pied de Jean Bakomito Gambu.
Pour Bakomito, l’ancien Gouverneur Christophe Baseane Nangaa pourtant allié de circonstance qui lui a permis de gagner demeure une menace constante car leader incontesté de la rive droite. Il a donc renforcé son électorat en s’alliant avec André Lite et les oncles de la rive gauche de Wamba. Bakomito montre clairement qu’il privilégie les intérêts partisans plutôt que ceux de la population.
L’un des plus grands scandales de cette nomination est sans conteste le choix de confier le Ministère de la Santé à un infirmier, Afounde Afongenda Sumbu, au détriment du médecin Alexis Ambambela Sondoko. Voilà une inversion des valeurs qui donne le vertige. Qui pratique la déloyauté récolte l’isolement et le prix de la trahison est payé en solitude et en regrets.
Dans un pays où les enjeux de santé sont déjà si préoccupants, choisir un infirmier pour diriger le ministère provincial de la Santé montre non seulement un mépris flagrant pour les compétences, mais aussi une méconnaissance crasse des priorités sociales. C’est un véritable vagabondage de la médiocrité, une gifle à l’intelligence collective.
Et que dire de ces trois députés débauchés de l’opposition qui se voient attribuer des ministères, apparemment en échange d’un joli pactole de 7.000 dollars chacun ? La corruption, cette vieille amie de la politique, s’invite à la fête, faisant de l’assemblée provinciale un terrain de jeu pour ceux qui savent jouer avec les règles du système.
On ne peut que constater que ce nouveau gouvernement est un conglomérat de prétentieux, chacun plus préoccupé par ses propres intérêts que par le bien-être du peuple. Alors, que peut espérer le peuple de ce spectacle désolant ? Rien de bon, assurément. Celui qui trahit ne trouve jamais la paix, car ses remords sont des chaînes invisibles. Il porte le fardeau de ces derniers comme une ombre qui ne le quitte jamais.
Les promesses d’un avenir meilleur s’étiolent devant la réalité d’un leadership qui semble plus soucieux de ses propres convenances que des véritables défis auxquels la province est confrontée. Entre les querelles de pouvoir et les ambitions personnelles, le Haut-Uélé semble condamné à rester à quai, attendant que le bateau des opportunités reparte enfin, mais à qui la faute ?
Les députés provinciaux du Nord-Kivu et de la Tshopo élus à Watsa se mordent les doigts, jaloux de leurs camarades récompensés, et ne peuvent qu’observer avec amertume cette comédie politique, tandis que Prosper Madilu fait monter la température, se promettant de ne pas rester silencieux. Un ministère se reflète en double, celui des affaires coutumières.
À Monsieur Alexis et au Chef Mamboy, cet honneur est partagé, comme un écho troublant. Serait-ce la précipitation qui les a unis ? Ou peut-être une simple méprise, une maladresse d’amateurs ? Ainsi, le film qui se déroule devant nous pourrait bien s’intituler : « Et si le bateau ne quitte pas le port, à qui la faute ? » Pour l’instant, il ne reste qu’à patienter, en attendant que le rideau se lève sur la suite de ce drame politique.
Dans un geste qui frôle le génie absurde, le Gouverneur Jean Bakomito Gambu pourtant avocat de profession a réussi l’exploit de composer un gouvernement sans ministère de la Justice. Comme si la notion même de droit et d’équité était un simple détail insignifiant dans son grand livre de comptes politique. Peut-être pense-t-il que la justice est un luxe que le Haut-Uélé ne peut se permettre, ou qu’elle ne serait qu’une distraction inopportune dans une danse effrénée de nominations opportunistes et de copinages juteux.
Après tout, pourquoi se préoccuper des fondements d’une gouvernance saine quand on peut se vautrer dans l’impunité et la corruption, tout en se pavanant avec des ministères qui, à défaut d’être utiles, sont tout simplement des trophées de la médiocrité ? Un véritable chef d’œuvre d’ironie, où l’absence de justice souligne brillamment l’incompétence d’un gouvernement qui semble avoir érigé l’arbitraire en règle.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Analyses et points de vue
Protection de l’enfant et de la femme contre les violences sexuelles en RDC (par Zagor Mukoko)
Les violences sexuelles sont très répandues, systématiquement et culturellement ancrées en République Démocratique du Congo. Les plus répandues sont les viols, les violences conjugales, les mariages forcés et précoces.
Selon l’Enquête démographique et de Santé-2023 de UNFPA, en République Démocratique du Congo 45% des femmes de 15-49 ans ont subi des actes de violences physique ou sexuelle.
Parmi ces femmes, 68% n’ont jamais recherché d’aide et n’en ont jamais parlé à quelqu’un. Cette même étude démontre un taux de mariage précoce préoccupant : 18 % des femmes de 25-49 ans sont en union avant l’âge de 15 ans et 53 % sont en union avant 18 ans. Cette même enquête a aussi montré que 89% des femmes de 15-49 ans et 73% des filles de 0-14 ans sont excisées.
De plus, la crise actuelle à l’Est du pays, les violences sexuelles en occurrence, les viols, sont utilisées comme une arme de guerre. D’après les enquêtes, les femmes déplacées qui ont trouvé refuge dans des camps de fortune autour des zones d’exploitation minière subissent aussi de nombreuses violences : viols, harcèlements sexuels, mariages forcés, prostitution.
Selon les mêmes enquêtes, 13,9% des personnes en situation de vulnérabilité enquêtées ont déclaré avoir subi des violences et abus. Les plus fortes proportions de ces cas de violence sont notées dans les Zones d’exploitation minières (22%) et en Ituri (18,3%).
Le Cercle d’étude pour la protection de l’enfant et la famille, en sigle CEPEF ,est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs universitaires , les Experts en travail social qui œuvrent pour la promotion des droits et la protection de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.
Le CEPEF agit dans la proximité de la population pour protéger les droits de l’enfant et prévenir les violences sexuelles et celles basées sur le genre.
En tant que groupe de réflexion, le CEPEF offre non seulement une voix collective et amplifiée pour défendre les questions de protection de l’enfant et de la famille en RDC et dans le monde, selon les valeurs universelles , des Opportunités de réseautage, de connexion, et d’échange au sein d’un réseau de Protection de l’enfant en situation d’Urgence qui comprend des ONG internationales, régionales et nationales, des agences de l’ONU, des gouvernements ainsi que d’autres acteurs humanitaires mais aussi une promotion des liens entre les membres du CEPEF sur le terrain et les organismes régionaux et mondiaux chargés de l’élaboration des politiques, information et analyse des derniers développements liés à la coordination.
Afin de réduire les effets dévastateurs du VBG dans les communautés congolaises les plus à risque, le CEPEF vise à prévenir les VBG sur les femmes et particulièrement les jeunes avec une attention soutenue portée aux personnes en situation de vulnérabilité.
Il s’articule autour d’une réponse holistique qui appuie l’engagement des acteurs sociaux de première ligne et des structures de prise en charge ; et renforce la résilience des femmes et des filles, potentiellement victimes, une participation accrue et inclusive de ces dernières à toutes les étapes de traitement de la problématique dans un environnement protecteur.
Le CEPEF est appelé à collabore avec tous les acteurs qui interviennent en République Démocratique du Congo en matière de protection et de lutte contre les VBG. Le CEPEF intervient en complémentarité des activités développées, notamment en termes de renforcement des capacités et de promotion de l’inclusion des femmes et filles survivantes de VBG et déplacées de guerre.
De plus, le CEPEF favorise une synergie d’intervention entre tous les acteurs présents à travers les cadres de concertation inclusifs.
Ancré au sein des communautés surtout parmi les acteurs qu’il appuie, le CEPEF vise un impact à long terme par le biais du renforcement durable des capacités des acteurs locaux (volontaires, prestataires de soin…), l’amélioration de la capacité d’accueil des structures de santé communautaire et de la qualité de la prise en charge des survivantes de VBG, et le renforcement de la résilience socioéconomique des bénéficiaires.
Le CEPEF dispose également d’un ancrage institutionnel à travers le renforcement de capacités des élus locaux et la mise sur pied de cadres de concertations inclusifs qui regroupent les autorités des entités décentralisées, les acteurs de santé et les associations. Cela permettra de garantir la pertinence, l’efficacité et la durabilité des actions sur le terrain.
Zagor Mukoko Sanda
