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Foi ou foutaise diplomatique ? : La RDC face à l’imposture spirituelle venue de Washington
Alors que l’Est de la République démocratique du Congo continue de saigner dans l’indifférence quasi générale, voilà que les États-Unis choisissent d’envoyer à Kinshasa le pasteur de la Maison Blanche, flanqué d’une délégation spirituelle, pour « soutenir » l’accord de Washington, signé le 27 juin dernier. L’intention affichée : offrir un appui spirituel à un processus de paix. Foi ou foutaise diplomatique ? À y regarder de plus près, ce geste a tout l’air d’une mise en scène bien orchestrée.
De qui se moque-t-on ? Une scène bien machiavélique
Ce théâtre diplomatique aurait sûrement fasciné Nicolas Machiavel, qui voyait dans la religion un instrument puissant entre les mains du politique. Dans « Le Prince », l’auteur italien affirme que la religion, plus qu’un lien avec le divin, peut être un outil de manipulation des masses : elle aide à maintenir l’ordre, à nourrir l’illusion de justice, tout en détournant le peuple des réalités cruelles du pouvoir. L’homme politique, selon lui, doit paraître pieux, mais ne pas l’être s’il veut dominer efficacement.
À la lumière de cette pensée, l’envoi d’un pasteur à la place de diplomates ou de stratèges soulève une interrogation : les États-Unis ont-ils sciemment choisi de parler prière à un peuple congolais qu’ils jugent trop religieux pour penser politiquement ? Ne serait-ce pas là une façon machiavélique d’endormir une conscience collective déjà fatiguée par les sermons, les croisades de réveil et les appels à la prière comme solution unique à tous les problèmes ?
Le piège de la religion-spectacle
Il faut le dire avec lucidité et honnêteté : le Congo est devenu une terre saturée de pasteurs, d’églises de réveil et de discours religieux, souvent déconnectés des réalités sociales et politiques. Le malheur, c’est que cette religiosité passionnée devient parfois une fuite du réel, un moyen de contourner l’action citoyenne, la responsabilité sociale et l’engagement dans la vérité.
Les États-Unis semblent l’avoir bien compris : « Parlez-leur au nom de Dieu, et ils diront Amen, même au mensonge. » Voilà pourquoi, au lieu d’adresser un message clair de justice contre les agresseurs de la RDC, on préfère envoyer une onction, un message de paix générique, sans dénonciation, sans condamnation.
Mais peut-on construire la paix sur des incantations spirituelles qui contournent les vérités historiques et les responsabilités politiques ? La paix n’est pas une prière, c’est une œuvre de justice.
La voix équilibrée de la CENCO
Heureusement, dans ce paysage où la foi devient parfois un sédatif, l’Église catholique en RDC, par le biais de la CENCO (Conférence Épiscopale Nationale du Congo), tente de tenir un cap différent. Refusant de se réfugier dans une religion désincarnée, elle engage un combat courageux pour la démocratie, la justice et la vérité.
La CENCO prêche certes la paix et la prière, mais elle ne craint pas de dénoncer les abus, de réclamer des réformes, de défendre la dignité du peuple. Elle incarne un équilibre rare entre foi et raison, entre l’Évangile et l’action sociale. Là où d’autres endorment les consciences, la CENCO cherche à les réveiller.
C’est ce type d’engagement que le peuple congolais doit multiplier : une foi qui ne fuit pas la politique, mais l’éclaire ; une spiritualité qui ne détourne pas du réel, mais pousse à l’affronter.
Pas besoin de pasteurs étrangers : le Congo a besoin de souveraineté
Le Congo n’a pas besoin d’une prière étrangère, mais d’une souveraineté retrouvée.
Le problème n’est pas la foi en elle-même, mais l’instrumentalisation de cette foi à des fins politiques ou de domination. Tant que le peuple congolais acceptera que d’autres pensent, décident et prient à sa place, il restera dépendant, exploité, et anesthésié.
Il est temps de se lever. Pas seulement pour prier. Mais pour penser, s’organiser, agir, dénoncer, construire.
La prière ne suffit pas. Il faut aussi la justice. Et la justice n’est jamais neutre : elle exige le courage de nommer les responsables et de refuser les manipulations, fussent-elles sanctifiées par un pasteur venu de la Maison Blanche.
À genoux, mais pour se relever
Les États-Unis proposent la prière comme recette pour le Congo. Ont-ils détecté des failles spirituelles en RDC ? Les prières des pasteurs congolais sont-elles aussi impuissantes que les actions politiques de ceux qui dirigent le pays ?
Pour stabiliser l’économie, il faut l’aide extérieure ; pour instaurer la paix, il faut une intervention étrangère ; pour manger, il faut importer ; pour travailler, il faut des étrangers pour investir et offrir des emplois misérables aux enfants du pays ; et aujourd’hui, pour rendre possible la paix rêvée, il faut des pasteurs d’ailleurs pour une soi-disant diplomatie religieuse.
À quand la souveraineté de la RDC ?
Régis NGUDIE/CONGOPROFOND.NET
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395 millions USD pour désengorger Kinshasa : Judith Suminwa évalue l’avancement des rocades
La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, ce mardi 12 mai, une visite d’inspection sur les chantiers des rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa, un ambitieux projet routier de 73 kilomètres destiné à transformer durablement la mobilité dans la capitale congolaise.
Ce vaste corridor reliera l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en passant notamment par Mitendi et la Route nationale numéro 1 (RN1).
Estimés à près de 395 millions de dollars américains dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, les travaux ont été lancés en juin 2024 sous l’impulsion du Président de la République, Félix Tshisekedi, pour une durée prévisionnelle de trois ans.

Une visite de terrain pour mesurer l’état réel du projet
Accompagnée du Gouverneur de Kinshasa, du Ministre de l’Aménagement du territoire ainsi que de la Ministre déléguée en charge de la Politique de la ville, la Cheffe du Gouvernement s’est rendue sur plusieurs sites afin d’évaluer personnellement l’évolution des travaux.
Pour Judith Suminwa Tuluka, cette descente sur terrain était indispensable afin de confronter les rapports administratifs à la réalité du chantier.
« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, nous suivons les images et les vidéos, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré la Première Ministre.
Un périphérique stratégique pour décongestionner Kinshasa

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les rocades Sud-Est et Sud-Ouest doivent permettre de désengorger les principaux axes routiers de la capitale, particulièrement la RN1, saturée par le trafic en provenance ou en direction du Kongo Central, du Grand Bandundu et de l’aéroport international de N’djili.
Au cours de sa visite, Judith Suminwa Tuluka a parcouru plusieurs tronçons déjà ouverts ou en cours d’aménagement, notamment entre le quartier Ndjoku et Mitendi, où un important échangeur est en construction.
« Cette rocade est conçue comme un périphérique qui permettra de désengorger Kinshasa. À Mitendi, la rocade passera sous la Nationale numéro 1 tandis que la RN1 passera au-dessus. Ce type d’infrastructure va profondément transformer la mobilité dans la ville », a expliqué la Cheffe du Gouvernement.
Des infrastructures modernes pour renforcer la connectivité

La Première Ministre a également salué les dispositifs techniques mis en place pour lutter contre les érosions et sécuriser durablement les infrastructures routières.
Murs de soutènement, importants travaux de terrassement et tracé en deux fois deux voies figurent parmi les aménagements prévus pour améliorer la fluidité de la circulation et les conditions de déplacement des habitants de Kinshasa.
« Nous avons vu les travaux de stabilisation ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra d’améliorer durablement les déplacements des Kinois », a-t-elle souligné.
Judith Suminwa Tuluka a par ailleurs replacé ce projet dans la vision nationale de modernisation des grands corridors routiers portée par le Chef de l’État afin de renforcer la connectivité entre les provinces et les espaces économiques du pays.
Le défi des indemnisations au cœur des préoccupations

Malgré l’avancement des travaux, la Première Ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer les opérations d’expropriation et d’indemnisation des populations concernées afin d’éviter tout retard dans l’exécution du projet.
« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois, dans le cadre du programme SICOMINES, pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus, idéalement d’ici septembre 2027 », a-t-elle indiqué.
Le partenariat sino-congolais mis au service des infrastructures

La Cheffe du Gouvernement a enfin salué les retombées du partenariat sino-congolais revisité sous l’impulsion du Président de la République, estimant que celui-ci permet désormais d’accroître les investissements dans les infrastructures structurantes au bénéfice direct des populations.
« Aujourd’hui, les résultats commencent à être visibles. Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a-t-elle conclu.
Le projet des rocades s’inscrit dans le troisième pilier du Programme d’Actions du Gouvernement 2024-2028 consacré à « l’aménagement du territoire national en vue d’une connectivité maximale », avec pour objectif de renforcer les infrastructures stratégiques et d’améliorer durablement la mobilité urbaine et interprovinciale.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
