Justice
Kasaï Oriental : les magistrats interpellent le gouvernement, Guillaume Ngefa promet des réponses progressives
Au Kasaï Oriental, les défis du système judiciaire demeurent préoccupants. En mission de terrain à Mbujimayi, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a échangé ce mercredi 18 février avec les magistrats de la province afin d’évaluer les conditions réelles d’exercice de leurs fonctions.
Dans la salle d’audience de la Cour d’appel, les professionnels du droit ont exposé des difficultés persistantes entre autres : infrastructures insuffisantes, manque de moyens de transport, faibles budgets de fonctionnement et déficit de magistrats dans plusieurs juridictions. Selon eux, ces contraintes ralentissent le traitement des dossiers et allongent les délais de jugement, au détriment des justiciables.
Les intervenants ont souligné que cette situation fragilise la crédibilité de la justice et complique l’accès des citoyens à un service public efficace. Ils ont plaidé pour des mesures urgentes afin de renforcer les capacités humaines et matérielles des tribunaux de la province.
En réponse, Guillaume Ngefa a salué l’engagement des magistrats qui continuent d’assurer leur mission malgré les obstacles. Il a affirmé que sa présence à Mbujimayi s’inscrivait dans une logique de proximité, destinée à mieux comprendre les réalités locales et à adapter les politiques publiques en conséquence.
Le ministre a annoncé la mise en place d’un fonds judiciaire, présenté comme un mécanisme transitoire en attendant une loi de programmation plus large pour le secteur. À court terme, il a également évoqué des projets de construction d’infrastructures judiciaires, notamment des établissements pénitentiaires, des bâtiments administratifs et des logements pour les magistrats.
Si la visite est perçue comme un signal d’écoute, les magistrats attendent désormais des actions concrètes. Pour eux, seule une amélioration tangible des moyens permettra de restaurer l’efficacité et la confiance dans l’appareil judiciaire du Kasaï Oriental.
Félix Ilunga
Actualité
Responsabilité introuvable : À ce stade du procès, personne n’a établi que Philémon Mambabwa a ordonné de frapper ou séquestré qui que ce soit
Alors que la Cour militaire s’achemine vers la phase des plaidoiries, un constat factuel s’impose avec une acuité dérangeante : en près de huit audiences, aucun témoignage ni aucune pièce versée au dossier n’a permis d’établir un lien direct et univoque entre Philémon Mambabwa et les violences physiques subies par les enfants Mushobekwa.
L’audition des deux principaux renseignants, Sakina R. et Claudien Likulia, loin de clarifier la chaîne de commandement, a plutôt semé le trouble sur l’implication personnelle du prévenu. Sakina a été formelle devant le Ministère Public : “Est-ce que Monsieur Philemon Mambabwa avait donné l’ordre de la brutalité ? Non. Les policiers ont pris leur propre initiative” a-t-elle répondu. Une déclaration capitale, prononcée par une très proche du fils aîné de la principale partie civile, qui fragilise considérablement l’accusation de complicité ou d’instruction de torture.
De son côté, si Claudien maintient avoir entendu l’expression “petite correction”, les policiers commis à la résidence affirment sous serment n’avoir reçu que l’ordre de “garder” les jeunes gens jusqu’à l’arrivée des parents. Cette absence de preuve d’un ordre explicite de violenter les enfants se double d’une zone d’ombre juridique concernant le chef de séquestration. L’audience a confirmé que Philémon Mambabwa, après avoir découvert la présence clandestine de trois garçons majeurs ou quasi-majeurs dans la chambre de sa fille mineure à 4 heures du matin, a d’abord envisagé de les faire conduire à la 7ème Direction de l’ANR – service d’investigation dépourvu de cachot.
Cependant, il est établi et reconnu par toutes les parties que cet ordre n’a jamais été exécuté. Les enfants n’ont jamais quitté la résidence. Ils ont été retenus dans la guérite, dans l’attente, selon la défense, d’une confrontation parentale à une heure décente. Philémon Mambabwa a justifié cette rétention temporaire par un souci de responsabilité : “S’il leur était arrivé quelque chose à 5h du matin dehors, j’aurais été fautif de les avoir exposés”.
Dès lors, la question centrale qui se pose à l’orée des réquisitions est la suivante : la responsabilité pénale de Philémon Mambabwa peut-elle être engagée sur la seule base d’intentions supposées ou d’un environnement sécuritaire dont il aurait mal évalué le zèle ? La partie civile martèle que les cris des enfants étaient audibles depuis le salon et que le prévenu Philemon Mambabwa aurait dû intervenir.
La défense rétorque que ce dernier, après avoir entendu les explications des filles, a réévalué la situation en temps réel et a précisément renoncé à envoyer les garçons à l’ANR pour privilégier un dialogue parental. À ce stade du procès, si le comportement des enfants et des policiers est sévèrement questionné, la matérialité des faits principaux reprochés à Philémon Mambabwa – ordre de frapper et séquestration arbitraire – reste, sur le strict plan factuel et objectif, désespérément non établie.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
