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Justice de proximité : Le ministre Guillaume Ngefa en mission au cœur du Kasaï-Oriental
Situé à environ 45 kilomètres au sud-est de Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, Kabeya Kamuanga est un territoire à forte densité humaine mais confronté à un enclavement chronique. L’état de délabrement avancé des routes de desserte agricole et administrative complique considérablement les déplacements, tant pour les populations que pour les services de l’État, notamment ceux de la justice.
C’est dans ce contexte que le Guillaume Ngefa, ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a poursuivi sa tournée d’itinérance à l’intérieur de la province du Kasaï-Oriental.

Une mission ministérielle sous le signe de la vérité du terrain
Arrivé à Kabeya Kamuanga ce mardi 17 février, le ministre d’État était accompagné du Jean-Paul Mbwebwa Kapo, gouverneur de la province du Kasaï-Oriental, ainsi que de plusieurs autorités politico-administratives et judiciaires locales.
Sur place, Guillaume Ngefa n’a pas caché son amertume face aux conditions dans lesquelles les auxiliaires de justice exercent leurs fonctions. Une réalité qui, selon lui, reflète fidèlement la situation générale des juridictions à l’intérieur du pays.
Une justice sans infrastructures : le constat alarmant

Le tableau dressé à Kabeya Kamuanga est particulièrement sombre :
– Absence totale de tribunaux de paix, pourtant pilier de la justice de proximité ;
– Inexistence d’un tribunal fonctionnel, obligeant les magistrats à travailler dans des conditions précaires ;
– Aucune prison opérationnelle, rendant difficile l’exécution des décisions judiciaires ;
– Le parquet logé dans les locaux de la police, une promiscuité institutionnelle contraire aux principes d’indépendance de la justice ;
– Inaccessibilité du parquet pour les justiciables, en raison de l’état impraticable des routes ;
– Difficultés majeures de transfert des détenus, faute de moyens logistiques et de voies de communication ;
– Manque criant d’infrastructures judiciaires de base, allant des bureaux aux archives ;
– Carence aiguë de magistrats et de greffiers, avec un personnel largement insuffisant pour répondre à la demande ;
– Retards et insuffisance des salaires pour les rares auxiliaires de justice en poste, affectant leur motivation et leur rendement.
Quand la pauvreté entrave l’exécution de la justice

À ces difficultés structurelles s’ajoute une réalité sociale implacable : la pauvreté généralisée des populations. À Kabeya Kamuanga, comme dans de nombreuses juridictions rurales du pays, les condamnés sont souvent incapables de payer les amendes transactionnelles, rendant inopérantes certaines décisions judiciaires.
Cette situation favorise :
– la surpopulation informelle des lieux de détention improvisés,
– le recours abusif à la détention préventive,
– et parfois des arrangements extra-judiciaires au détriment de l’État de droit.
Un miroir des juridictions de l’arrière-pays congolais

Pour le ministre d’État Guillaume Ngefa, Kabeya Kamuanga n’est pas un cas isolé. Il s’agit plutôt d’un miroir fidèle de la justice congolaise à l’intérieur du pays, où l’absence de l’État se manifeste d’abord par le déficit d’infrastructures judiciaires, humaines et financières.
Il a rassuré que cette tournée d’itinérance vise à documenter ces réalités, afin d’alimenter les réformes en cours et de plaider pour une justice réellement accessible, humaine et équitable, même dans les zones les plus reculées.
Vers une refondation progressive de la justice de proximité

La visite du ministre de la Justice à Kabeya Kamuanga se veut ainsi un signal fort : celui de replacer la justice au cœur de la reconstruction de l’État, en commençant par les territoires longtemps marginalisés.
Reste désormais à traduire ces constats en actions concrètes, pour que la justice cesse d’être un luxe réservé aux centres urbains et devienne une réalité vécue par tous les Congolais, où qu’ils se trouvent.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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HGR Kinkole sous tension : Après les violentes échauffourées, les médecins déclenchent une grève dès ce jeudi 16 avril
L’Hôpital Général de Référence de Kinkole a vécu des heures de vive tension dans la nuit du 14 au 15 avril 2026, plongeant le personnel soignant, les malades et leurs gardes dans une situation de panique généralisée. Selon les témoignages recueillis auprès des médecins de garde, des individus venus de Pakadjuma auraient pris le contrôle d’une partie du service de chirurgie, armés notamment de flèches et d’autres instruments jugés agressifs.
D’après les récits du personnel médical, plusieurs portes administratives ont été forcées, notamment celles du secrétariat, du bureau de l’Administrateur Gestionnaire Titulaire (AGT) ainsi que d’autres bureaux centraux. Si les assaillants ne sont pas parvenus à ouvrir certaines pièces, leur présence a suffi à semer la peur dans tout l’établissement. Les malades, les gardes-malades et les soignants ont été pris de panique face à cette intrusion brutale au sein d’un lieu censé être dédié aux soins et à la sécurité.
Le bilan provisoire communiqué par les médecins fait état d’au moins quatre morts alors qu’un premier rapport faisait état de deux décès par balle ainsi que de douze blessés, dont trois cas graves. Plusieurs biens appartenant aux prestataires, patients, stagiaires et accompagnants auraient également été emportés lors des violences. Les blessés ont été transférés à l’hôpital militaire de Kokolo sur décision des autorités communales de N’sele.
Face à cette situation jugée intenable, la quasi-totalité du personnel soignant a quitté l’hôpital et a décrété une grève à compter de ce jeudi 16 avril. Les médecins dénoncent l’absence de garanties sécuritaires et refusent de reprendre le travail tant que leur intégrité physique, celle des patients et celle des infrastructures hospitalières ne seront pas assurées.
Dorcas Mwavita/CONGOPROFOND.NET
