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Kasaï : Échauffourées entre les handicapés et la garde du gouverneur, 2 blessés graves !
Une vive tension a régné ce lundi 24 janvier 2022 à l’exécutif provincial du Kasaï entre des personnes vivant avec handicap et des éléments de la police en charge de la garde du gouverneur Dieudonné Pieme Tutukot. Le bilan de ces échauffourées fait état d’un blessé du côté des policiers, alors qu’une personne à mobilité réduite a été sérieusement agressée.
En effet, explique une source contactée par CONGOPROFOND.NET, dans les environs du gouvernorat, la police tentait de d’évacuer des handicapés venus s’enquérir de la suite d’un rendez-vous pris avec le gouverneur Pieme .
Face au refus des forces de l’ordre d’ouvrir les grilles, des disputes violentes ont éclaté entre les deux camps. La situation s’est empirée lorsque des policiers sont tombés sur un handicapé agrippé sur la grille du gouvernorat. Plusieurs policiers lui ont administré des coups de bottes, de matraque, voire des gifles, le traînant jusqu’au bord de la route. La population écoeurée par cette violence a voulu jetter des pierres sur les policiers.
Au sujet de la pomme de discorde, nos sources rapportent que tout a commencé par un rendez-vous fixé par le gouverneur Dieudonné Pieme aux handicapés qui sollicitaient une aide financière. Arrivés sur le lieu, ces derniers ont rencontré un refus d’accès de la part de la garde. Il s’en est suivi des échanges violents et des coups entre ces deux camps.
Déçus par cette situation, les handicapés ont juré de tourner le dos au gouverneur Dieudonné Pieme. “ Vous ne nous verrez jamais un jour à la porte de cette installation. Cette aventure est une preuve d’un plan monté par le gouverneur et sa garde, car il n’a posé aucun geste…”, indiquent-ils !
«Nous nous sommes rencontrés avec le gouverneur à l’hôtel Paradis et nous avons demandé une aide financière. Il nous a demandé de le suivre au gouvernorat. Arrivés sur le lieu, la PNC nous bouscule vers l’extérieur. Chose que n’a pas supportée notre camarade qui a jeté un caillou sur un policier…», a indiqué l’un d’eux.
Dans la ville, plusieurs voix se sont élevées pour condamner cette violence sur des personnes vulnérables. » Battre un handicapé, c’est sapé l’honneur du président Félix Tshisekedi qui insiste sur les droits des personnes vulnérables dans le pays », a fait observer un activiste des droits humains.
Clementus Lusamba/CONGOPROFOND.NET
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La RDC parle, le monde écoute… mais que retient-il vraiment ? ( Par
Dans le théâtre feutré de grandes chaînes internationales, une interview n’est jamais un simple échange. C’est un moment de projection, presque une épreuve : celle où un pays, à travers une voix, se mesure au regard du monde. Lorsque Judith Suminwa Tuluka s’installe face aux caméras de TV5 Monde, c’est précisément cet exercice qui se joue. Non pas seulement répondre, mais exister. Non pas seulement expliquer, mais s’inscrire. Et à cet instant, une question s’impose en filigrane : la RDC est-elle en train de trouver sa voix… ou d’apprendre à la faire porter ?

D’abord, une évidence : le ton est posé, méthodique, presque pédagogique. À aucun moment la Première Ministre ne cède à la précipitation ni à la surenchère. Lorsqu’elle rappelle que « la Constitution est claire » et insiste sur « une consultation permanente » au sommet de l’État, elle installe une image de continuité et de discipline institutionnelle. Ce signal n’est pas anodin, dans un contexte où les équilibres politiques sont souvent scrutés.
Sur le plan international, on peut retrouver la même logique : à propos de l’accueil de migrants, elle évoque « un service que nous rendons (…) dans le cadre d’un accord (…) de manière temporaire ». La formule est mesurée, presque prudente. Elle cherche à tenir une ligne étroite : apparaître comme un partenaire fiable sans donner le sentiment d’un déséquilibre. C’est précisément là que réside la nature de cet exercice : dire suffisamment pour exister, sans trop en dire pour ne pas s’exposer.
Sur la sécurité, le propos gagne en densité. « Nous sommes là pour protéger nos citoyens (…) et l’intégrité territoriale de notre pays », affirme-t-elle. La phrase est forte, presque attendue, mais elle est dite avec une forme de retenue qui tranche avec les discours plus offensifs que l’on observe ailleurs. Cette retenue a une vertu : elle crédibilise. Elle donne le sentiment d’un pouvoir conscient de la gravité des enjeux. Toutefois, elle a aussi une limite : elle atténue l’impact. Car dans ce type d’entretien, tout est affaire de contraste. Et lorsque tout est maîtrisé, tout peut aussi sembler égal. Les moments forts existent, mais ils ne sont pas toujours mis en relief.
C’est particulièrement visible sur le terrain économique. Lorsque Judith Suminwa évoque la nécessité de « partenaires qui vont nous permettre d’évoluer (…) vers une transformation locale (…) et la création d’emplois », elle touche à un point central : celui de la mutation du modèle économique congolais. De même, en affirmant que « nous sommes dans la diversification (…) des partenariats », elle dessine les contours d’une diplomatie plus ouverte.
Ces éléments portent une vision. Ils racontent une trajectoire possible pour la RDC. Pourtant, ils passent presque sans bruit, comme s’ils étaient noyés dans un flux continu d’explications. Le problème n’est donc pas l’absence de contenu. Il est ailleurs : dans la hiérarchie du discours. À trop vouloir tout dire avec le même niveau d’intensité, on finit par ne rien faire émerger clairement.
Il en va de même pour les séquences plus sensibles. La Première Ministre choisit de ne pas éluder certaines réalités, et c’est à mettre à son crédit. Mais dans un espace médiatique où chaque mot peut être amplifié, cette transparence exige un encadrement plus serré. Non pour dissimuler, mais pour orienter la lecture.
C’est toute la différence entre une parole juste et une parole stratégique.
Car au fond, cette interview pose une question simple : que doit être aujourd’hui la communication d’un État comme la RDC sur la scène internationale ?
Si l’objectif est de rassurer, le contrat est rempli. Si l’objectif est d’exister, le mouvement est enclenché. Mais si l’objectif est d’influencer, alors une étape reste à franchir.
Cette étape passe par une transformation du registre. Moins d’explication linéaire, plus de points d’appui. Moins de prudence uniforme, plus de moments assumés. Moins de discours continu, plus de repères clairs. Rien de cela ne remet en cause le fond. Au contraire. C’est précisément parce que le socle est solide que l’exigence augmente.
L’intervention de Judith Suminwa Tuluka donne à voir une parole en construction, sérieuse, cohérente, crédible. Elle marque une entrée dans un espace où la RDC est désormais attendue, écoutée, parfois même contestée. Et c’est peut-être là le signe le plus révélateur : un pays qui commence à compter est un pays dont la parole commence à être scrutée.
Reste désormais à faire de cette parole non seulement un outil de présence, mais un instrument d’influence. Car sur la scène internationale, il ne suffit plus de parler juste. Il faut aussi parler fort, au sens stratégique du terme.
Georges Herady, Journaliste et Analyste Politique.
