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Justice : la Cour de cassation rouvre le dossier de Moussa Mondo, ancien ministre condamné pour meurtre conjugal
Un an après sa condamnation à 20 ans de prison pour le meurtre présumé de son épouse, l’ancien vice-ministre des Hydrocarbures, Moussa Mondo, voit son affaire relancée. La Cour de cassation a convoqué une audience pour le 11 août 2025, marquant un tournant dans ce dossier emblématique de violences conjugales, qui avait profondément secoué l’opinion publique congolaise.
Le 17 avril 2024, Moussa Mondo avait été reconnu coupable d’homicide volontaire sur son épouse, Khadidja Alissa, de nationalité malgache. Le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, statuant en procédure de flagrance, l’avait condamné à 20 ans de prison ferme et à une amende d’un million de francs congolais.
Selon le ministère public, la victime serait décédée des suites de coups violents infligés par son mari. Des enregistrements vocaux de Khadidja, envoyés à sa famille à Madagascar et évoquant les violences subies, avaient été présentés comme des éléments de preuve majeurs.
Aujourd’hui, Moussa Mondo et ses avocats contestent cette version. Trois éléments ont été soumis à la Cour de cassation :
- Une attestation médicale indiquant que la victime serait décédée d’un cancer du sein, et non des suites de violences ;
- Une lettre et une vidéo du père de la défunte, plaidant pour l’innocence de son gendre et réclamant sa libération ;
- Des informations sur la dégradation de l’état de santé du prévenu, jugé critique.
L’enjeu pour la Cour ne sera pas de rejuger les faits, mais d’examiner la légalité de la procédure ayant conduit à la condamnation. Une distinction juridique cruciale, qui pourrait néanmoins rouvrir la voie à une révision de fond du dossier.

Au-delà du volet strictement judiciaire, cette affaire continue de cristalliser des tensions profondes autour de la lutte contre les violences faites aux femmes. Pour de nombreuses organisations féministes, la condamnation de 2024 représentait un signal fort contre l’impunité en matière de féminicides et de violences conjugales.
L’audience du 11 août 2025 s’annonce donc hautement sensible. Elle pourrait marquer un tournant, non seulement pour l’ex-vice-ministre, mais aussi pour l’image de la justice congolaise face aux violences basées sur le genre.
Dorcas Ntumba
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“Vous prenez un grand risque” : le flagrant délit de mensonge des deux renseignants met la Cour militaire en alerte
Dès l’entame à 13h40 de cette audience du 16 Avril 2026 du procès “des enfants Mushobekwa”, l’atmosphère feutrée de la Cour militaire de Kinshasa s’est brutalement tendue lors des auditions de Claudien Lifoma Likulia âgé de 18 ans et de Sakina R. Présentés comme les pivots de cette nuit du 21 décembre 2025, les deux jeunes tourtereaux – majeur et mineur – ont livré des déclarations si confuses et évolutives que le Premier Président de la Cour a été contraint de suspendre l’audition pour un rappel à l’ordre cinglant.
“Si nous étions en présence de majeurs, il y aurait eu un autre procès pour mensonge devant cette Cour”, a tonné le magistrat, visiblement irrité par les silences gênés et les contorsions sémantiques de Mademoiselle Sakina. Interrogée sur sa capacité à distinguer les cris de douleur des enfants frappés dehors, la jeune fille, pourtant âgée de 17 ans et demi, a longuement soutenu ne pouvoir “rien distinguer”, avant de se rétracter sous la pression du Président qui rappelait ses précédentes dépositions où elle évoquait des “cris de pleurs”.
L’incohérence la plus flagrante a porté sur la nature des relations entre Sakina et Claudien Likulia ainsi que sur leurs échanges postérieurs aux faits. Alors que Claudien Lifoma Likulia affirmait n’avoir jamais repris contact avec Sakina après avoir été roué de coups – car “elle avait comme les autres filles tout entendu” –, l’audience a révélé une tout autre réalité. Pressée de questions par le Président sur ses fréquentations depuis l’incident, Sakina a fini par avouer, non sans une gêne palpable, qu’elle s’était rendue “plusieurs fois” dans la concession des Likulia pour prendre des nouvelles de Claudien.
Un aveu accablant qui contredit frontalement la version du jeune homme et dépeint une complicité maintenue bien au-delà de la simple camaraderie. Cette relation post-traumatique privilégiée contraste brutalement avec le sort réservé à Malaïka, la fille de Philémon Mambabwa et “meilleure amie” de Sakina, avec qui les échanges sont désormais strictement limités à des “messages texte au téléphone”. L’attitude des deux renseignants a été perçue par la Cour comme une tentative manifeste de minimiser leur propre rôle dans l’organisation de la rencontre nocturne clandestine.
Si Sakina a reconnu s’être entendue avec Malaïka et Léonnie pour “tromper” Philémon Mambabwa, elle s’est enfermée dans un mutisme sélectif dès qu’il s’agissait de décrire la brutalité policière. Son utilisation du terme “brut” pour qualifier l’action des agents – terme qu’elle a refusé d’assimiler à “brutalité” ou “violence” – a suscité l’ironie mordante du Premier Président : “Vous ne parlez pas lingala et vous n’êtes jamais allée au marché, d’où tenez-vous ce mot ?”. Cette tentative de dédouanement aérien, couplée aux mensonges par omission, a placé les deux témoins dans une position juridiquement inconfortable, sauvés in extremis par leur statut de mineur pour l’une et de jeune majeur pour l’autre.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
