Diplomatie
Jean Charles Okoto à Kampala ou l’art de la diplomatie préventive : décryptage d’une mission aux enjeux multiples
C’est loin d’être un hasard que Jean Charles Okoto Lolakombe soit à Kampala ce 24 mai 2025. Derrière cette mission officiellement consacrée à la diaspora congolaise se dessinent les contours d’une stratégie diplomatique plus large, où chaque geste compte dans l’échiquier régional complexe des Grands Lacs. Le choix de ce diplomate chevronné pour porter la parole présidentielle révèle une approche calculée des autorités congolaises, qui semblent tester le terrain avant des décisions plus importantes.
Le discours anti-tribaliste martelé par l’émissaire présidentiel résonne différemment selon les oreilles qui l’entendent. Si l’appel à l’unité peut paraître convenu, il traduit surtout les inquiétudes persistantes de Kinshasa face aux fractures internes qui minent régulièrement la stabilité du pays. En s’adressant spécifiquement à la diaspora ougandaise, Tshisekedi semble vouloir s’assurer de la loyauté d’une communauté stratégiquement placée dans un pays longtemps considéré comme hostile aux intérêts congolais.
Les promesses de « paix effective pour bientôt » appellent un examen minutieux dans un contexte régional encore instable. Après des décennies de tensions larvées entre Kinshasa et Kampala, ponctuées d’accusations croisées de soutien aux groupes armés opérant dans l’est congolais, cette annonce optimiste détonne avec les réalités du terrain. L’amélioration récente des relations, symbolisée notamment par la nomination de S.E. Alhajj KALIISA comme ambassadeur ougandais à Kinshasa, témoigne certes d’une volonté de rapprochement, mais elle reste tributaire d’équilibres géopolitiques fragiles qui attendent désormais une réciprocité de la part de Kinshasa.
La dimension multifacette de cette mission révèle des enjeux qui dépassent largement le cadre diplomatique traditionnel. L’évocation du « rôle majeur » de la diaspora ougandaise masque en réalité des préoccupations concrètes liées à la gestion des déplacés de guerre, aux flux migratoires et aux transferts de fonds vers la RDC. Les Congolais établis en Ouganda, souvent réfugiés fuyant l’insécurité chronique de l’est du pays, constituent paradoxalement un levier économique et politique que Kinshasa ne peut plus ignorer dans sa quête de stabilisation régionale et de développement.
L’enjeu de la nomination d’un ambassadeur à Kampala cristallise tous ces enjeux. Si Okoto Lolakombe devait effectivement retrouver ce poste qu’il a déjà occupé, cela marquerait une normalisation définitive des relations bilatérales. Mais cette perspective soulève aussi des questions sur les véritables intentions de Kinshasa : s’agit-il d’une réconciliation sincère ou d’une stratégie pragmatique dictée par les nécessités géopolitiques régionales ? La suite des événements éclairera ces interrogations, mais cette mission à Kampala aura en tout cas servi de test grandeur nature.
Claudine N. I./CongoProfond.net
Actualité
A Kampala, des experts plaident pour une paix “ancrée localement” en RDC face aux limites des accords internationaux
La 9ème édition de la Conférence de géopolitique de Kampala (KGC2026), tenue les 15 et 16 avril 2026 à l’Université Makerere en Ouganda, a pris fin ce jeudi sur un panel consacré à la situation en République démocratique du Congo.
Intitulé « Paix empruntée, ressources hypothéquées : le dilemme de souveraineté de la RDC et les perspectives de paix durable entre le cadre de Doha et l’accord de Washington », le panel 4 a réuni plusieurs spécialistes autour des défis que représentent les actuels processus de négociation pour la stabilisation du pays.
Le professeur Kasaijja Phillip Apuuli a souligné les limites des modèles standardisés d’accords de paix, rappelant que des solutions durables nécessitent une appropriation locale plus forte. « Les accords dont le processus n’est pas possédé nativement ne suscitent pas d’engagement », a-t-il observé, plaidant pour une implication directe des populations congolaises dans la conception des mécanismes de sortie de crise.
Asuman Bisika a pour sa part abordé la question de la souveraineté comme un espace en constante négociation, notamment face aux enjeux liés à la gestion des ressources naturelles. La professeure Zahara Nampewo a quant à elle interrogé la capacité de la RDC à mettre en œuvre des accords dans des cadres aussi complexes que Doha et Washington, au regard des contraintes politiques, économiques et géographiques propres au pays.
Les intervenants ont également replacé la crise congolaise dans son contexte historique long, depuis les années 1960 jusqu’aux tensions actuelles dans l’est du pays.
Au terme des échanges, les panélistes ont convergé vers la nécessité d’un ancrage africain plus affirmé dans les processus de paix, afin d’en garantir la durabilité et l’appropriation par les parties prenantes locales.
