Analyses et points de vue
Hommage de la députée Hermione Bolumbe à Lumumba : « son combat nous rappelle que la justice et la responsabilité envers notre peuple ne sont pas des choix, mais des devoirs »
En ce 17 janvier dédié à la mémoire de Patrice Emery Lumumba, héro national et figure emblématique de la souveraineté congolaise, la députée nationale de Kinshasa, Hermione Bolumbe, a rendu un hommage appuyé à l’ancien Premier ministre. Dans son message, elle rappelle que « son sacrifice nous rappelle que la justice, l’unité et la responsabilité envers notre peuple ne sont pas des choix, mais des devoirs », soulignant l’actualité et la force de l’héritage lumumbiste.
S’inclinant avec respect devant la mémoire de Lumumba, l’élue de Kinshasa insiste sur la portée intemporelle de son combat. « Patrice Emery Lumumba demeure un symbole éternel de courage, de dignité et de souveraineté », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que son idéal de nation libre « continue d’inspirer chaque Congolaise et chaque Congolais » face aux défis contemporains.
Hermione Bolumbe a, par ailleurs, renouvelé son engagement personnel et politique. « À mon humble niveau, je poursuis la lutte pour un Congo plus juste, plus fort et fidèle aux valeurs de Lumumba : l’intégrité, la vision et l’amour de la patrie », a-t-elle affirmé, concluant que « l’héritage de Lumumba doit guider notre action aujourd’hui et pour les générations futures ».
Exaucé KRANE
Analyses et points de vue
La matrophagie : l’instinct cannibale ou la maternité dévorée
La matrophagie n’est pas un mythe oublié, ni une simple figure échouée sur les rives de la psychanalyse. Elle est le geste inaugural, trop souvent tu, de notre rapport à l’origine. Manger la mère, c’est d’abord tenter d’absorber ce qui nous a précédés pour ne plus lui être redevable : un monde sans dette, sans filiation, sans cet importun rappel que nous venons toujours d’ailleurs que de nous-mêmes.
Dans cette ingestion symbolique, l’enfant devenu adulte croit s’émanciper en digérant celle dont le corps fut le premier territoire. Mais le prix de cette autarcie est l’oubli de la vulnérabilité constitutive — celle qui nous lie aux autres par ce que nous avons reçu avant même de savoir vouloir. La matrophagie n’est donc pas un acte, mais un silence : celui d’une culture qui célèbre l’autonomie tout en ensevelissant les mères sous le poids de ce qu’elles ont donné sans jamais pouvoir être remboursées.
Car la matrophagie n’a pas besoin de crocs ni de feux de bois : elle s’exerce froidement, dans les interstices du quotidien. Elle se niche dans l’injonction faite aux mères de s’effacer dès lors que leur utilité a servi — après le sevrage, après les nuits blanches, après que leur corps a été morcelé par les attentes sociales. On loue leur abnégation tout en la leur reprochant dès qu’elle devient trop visible. On les somme de donner sans compter.
Puis on les accuse d’étouffer lorsqu’elles osent encore vouloir exister pour elles-mêmes. La matrophagie, c’est cette double contrainte qui transforme la mère en ressource, puis en gêne : source de vie réduite à l’état de vestige, une fois son capital de sollicitude épuisé. Elle révèle ainsi la contradiction brute d’une société qui sacralise la maternité comme fonction mais abandonne la mère comme personne. Ce que la matrophagie déchire, c’est le lien même qui pourrait fonder une politique de la vulnérabilité partagée.
En faisant de la mère le lieu du don sans retour, on installe au cœur du monde une dette impossible à honorer, et que l’on préfère donc effacer en effaçant celle qui l’incarne. Mais refuser la matrophagie, ce n’est pas simplement rendre hommage aux mères : c’est refuser la logique sacrificielle qui exige que le commencement soit dévoré pour que le continuateur puisse se croire autosuffisant.
C’est soutenir qu’aucun commencement ne doit être ni mangé ni oublié, mais porté comme ce qui nous empêche à jamais de nous prendre pour des dieux. La mère digérée hante les cultures qui l’ont avalée ; la mère reconnue, en revanche, pourrait devenir le premier maillon d’une chaîne où donner et recevoir ne s’opposent plus, où l’on cesse enfin de croire qu’il faut tuer ce qui nous a faits pour devenir quelqu’un.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
