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Harriet Baldwin, ministre britannique pour l’Afrique, en RDC
La ministre britannique pour l’Afrique, Harriet Baldwin, est arrivée en République démocratique du Congo pour une visite de quatre jours. A en croire le communiqué de presse parvenu à CONGOPROFOND.NET, il s’agit de sa deuxième visite au pays en cette qualité, mais aussi la première après la tenue des élections de 2018 et depuis le début au mois d’août dernier de l’épidémie d’Ebola au Nord-Kivu.
La RDC lutte contre la deuxième plus importante épidémie d’Ebola de son histoire et la première jamais déclarée dans une zone de conflit, où opèrent plus de 70 groupes armés dans l’est de la RDC. Le nombre des cas a dépassé le plafond de 1800, tandis que le bilan est au-delà de 1200 cas.
L’un des bailleurs de fonds le plus important à la riposte contre l’épidémie d’Ebola, le Royaume-Uni a financé l’essai d’un vaccin, apporté son expertise technique, tout en aidant les pays voisins à la préparation.
Le ministère britannique à la Coopération internationale a approuvé des fonds additionnels la semaine passée et a exprimé son intention de fournir davantage d’experts pour aider à consolider la réponse.
Au cours de sa visite, la ministre Baldwin aura également des rencontres avec les officiels du gouvernement, la société civile et l’opposition, pour discuter des voies et moyens de pouvoir s’attaquer aux causes fondamentales de la pauvreté et l’instabilité en RDC.
Etant donné que le Royaume-Uni est Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la ministre Baldwin mettra l’accent sur la contribution du Royaume-Uni à la stabilité et aux initiatives de prévention de conflits en RDC, en particulier sur le travail la force de maintien de la paix de la MONUSCO (Mission de Stabilisation des Nations Unies). Elle passera également en revue les contributions apportées par le Royaume-Uni à l’appui à l’aide humanitaire de secours.
Harriett Baldwin, Ministre d’Etat britannique pour l’Afrique, a déclaré :
« Je suis ravie d’être ici pour discuter des voies et moyens permettant au Royaume-Uni de pouvoir soutenir la République démocratique du Congo pour œuvrer à un avenir plus sûr et prospère. En tant que partenaire de longue date de la RDC, le Royaume-Uni s’engage à fournir de l’aide de secours, et à s’attaquer aux causes profondes de conflits et de la pauvreté. »
« L’un des points clés de ma visite consiste à toucher du doigt l’assistance apportée par le Royaume-Uni au Gouvernement de la RDC dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Le Royaume-Uni est un des bailleurs les plus importants à la réponse contre l’épidémie d’Ebola en RDC, ainsi qu’à la préparation régionale en Ouganda, au Rwanda, au Burundi et au Sud Soudan. »
« La prévention de la propagation de la maladie ne sauve pas seulement des vies humaines, mais elle apporte la stabilité nécessaire pour la croissance économique et la sécurité. Cependant, nous reconnaissons que nous devons nous préparer à intensifier nos capacités. J’en appelle à d’autres pays pour suivre notre exemple et à nous emboiter le pas afin d’aider à financer cette réponse. La maladie ne respecte pas les frontières et il y va de notre intérêt d’enrayer sa propagation. »
« A la suite de la tenue des élections en 2018, j’espère également m’entretenir avec le président Tshisekedi sur comment il compte mettre en œuvre son engagement visant à mettre en place une réforme globale/complète pour assurer de véritables améliorations à long terme en faveur de la vie des millions de Congolais. »
CONGOPROFOND.NET
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Triangle de Bermudes budgétaire : Réformes, diplomatie et turbulences, qui perd le Nord ?
Le début de l’année 2026 devait consacrer la symphonie parfaite d’un trio gouvernemental rodé. Mais les chiffres tombés en janvier ont la dureté d’une taupe : 1.037,5 milliards de CDF de déficit, un trou de 350 milliards plus profond que prévu. Face à cette contre-performance, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se ruer vers le marché financier local pour émettre des bons du Trésor.
Dans ce triangle des Bermudes budgétaire formé par Adolphe Muzito (VPM Budget), Daniel Mukoko Samba (VPM Économie) et Doudou Fwamba (Ministre des Finances), l’heure n’est plus aux discours de façade. L’un d’eux tire visiblement en travers, et l’attelage tousse dangereusement. Adolphe Muzito incarne la rigueur budgétaire affichée. Il a réuni les partenaires techniques et financiers, promis un budget crédible et soutenable, et orchestré l’adoption d’un budget 2026 en équilibre à 54.335,7 milliards de CDF.
Sur le papier, il coche toutes les cases de l’orthodoxie financière. Mais cette discipline a un revers : le budget qu’il présente est un château de cartes si les recettes ne suivent pas. Or, janvier 2026 montre que les recettes n’ont atteint que 86% des prévisions. Adolphe Muzito n’est pas le problème, mais il est le premier à pâtir des faiblesses structurelles. Il construit de belles maisons sur des fondations qui s’effritent, et ses projections trop optimistes fragilisent son rôle de projectionniste.
Daniel Mukoko Samba, lui, joue dans la cour des grands. Son terrain de jeu, c’est Washington, les accords américains, et la diversification des partenaires pour sortir de l’emprise chinoise. Sa métaphore est élégante : “Sur un vélo, il faut deux pieds pour pédaler : l’économie et la sécurité”. Grâce à lui, la RDC tente de réussir le pari d’utiliser ses minerais stratégiques pour attirer les investissements américains. Mais pendant qu’il pédale sur le vélo de la diplomatie économique, la selle craque sous les réalités quotidiennes.
Le trou de janvier est là pour le rappeler : les caisses sont vides aujourd’hui. Le décalage est saisissant entre la hauteur de vue de ses annonces internationales et l’incapacité du pays à boucler ses fins de mois. Reste Doudou Fwamba, dont le portefeuille est le plus exposé. Il est aux commandes de la trésorerie, du paiement des dépenses, et de la régulation financière. C’est lui le réparateur qui doit actionner les leviers de l’endettement intérieur via les bons du Trésor pour combler les déficits.
Sur le fond, il tente des réformes courageuses, comme la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Mais les réformes de structure ne rattrapent pas un déficit de recettes. Le recours aux bons du Trésor, loin d’être un signe de bonne santé, est l’aveu d’une faiblesse : l’État n’a plus d’argent et doit puiser sur le marché financier local, asséchant le crédit disponible pour le secteur privé. Aujourd’hui, Fwamba est le plus fragilisé.
Il incarne la douleur immédiate, le pompier arrivé après l’incendie. Dans ce trio, si l’un d’eux ne produit pas les résultats escomptés, c’est bien celui qui est incapable de sécuriser la trésorerie au jour le jour. Mais attention : le véritable problème réside dans l’incapacité collective momentanée et peut-être à transformer les promesses de réformes et les accords internationaux en liquidités immédiatement disponibles dans les caisses de l’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
