Analyses et points de vue
Guy Loando Mboyo : Aménager la RD Congo et non créer des agences budgétivores
Dans un monde où les mots volent plus haut que les actes, Guy Loando Mboyo, notre cher Ministre de l’Aménagement du Territoire, semble avoir trouvé la formule magique pour transformer le verbiage politique en un art de la diversion. Pendant qu’il déploie une rhétorique flamboyante, la réalité de Kinshasa et des autres régions de la RDC demeure dans un état de désolation qui ferait rougir n’importe quel architecte d’intérieur.
Il est vrai que le Ministre a une liste impressionnante d’initiatives, des politiques et des agences qui, sur le papier, pourraient faire rêver. Mais, comme nous le savons tous, une belle brochure ne nourrit pas l’âme affamée d’un citoyen congolais en quête d’espace pour vivre, travailler et s’épanouir. Qui a dit que la politique devait être une série de beaux discours et de promesses sur papier glacé ?
Peut-être Guy Loando Mboyo, qui semble croire que le simple fait de créer des organes administratifs suffira à masquer les maux profonds de l’aménagement territorial Congolais. Prenons un instant pour examiner cette fameuse ville durable à Boma. Bravo ! Un projet pilote qui, à ce rythme, pourrait bien rester un projet sur le papier. Qui a le plan d’aménagement de Boma ?
Pendant ce temps, Kinshasa, la capitale, est une jungle urbaine où le chaos règne en maître. Qu’en est-il des communes qui se battent pour respirer sous le poids d’une population galopante ? Où sont ces espaces aménagés pour l’agriculture, les loisirs, la culture ? À croire que ces préoccupations n’ont jamais effleuré l’esprit de notre ministre, trop occupé à jongler avec des concepts théoriques.
Et que dire de la consultation des acteurs provinciaux ? C’est un peu comme inviter des convives à un banquet où le plat principal est toujours en cuisine. Les Congolais méritent mieux que des promesses vides. Ils veulent voir des résultats tangibles, des espaces aménagés où ils peuvent vivre dignement, élever leurs enfants, et s’épanouir. C’est le seul débat constructif qui intéresse notre peuple.
Mais à la place, ils n’ont que des discours sur des guides méthodologiques et des schémas qui, pour l’instant, restent des mots sans corps. Il est temps de rappeler à Guy Loando Mboyo que les grands discours ne nourrissent pas les enfants, et les belles politiques ne construisent pas des maisons. La population attend des actions, pas des discours.
La RDC a besoin d’un ministre qui passe moins de temps à jouer les chefs d’orchestre d’une symphonie de promesses et plus de temps à bâtir des fondations solides pour l’avenir de son peuple. Alors, Monsieur le Ministre de l’Aménagement du Territoire, il serait peut-être temps de descendre de votre estrade et de vous mettre au travail. Point besoin de votre parade magique : c’est la vision du Chef de l’État.
Entre fond et forme, très souvent la forme est la seule compétence des incompétents dit un dicton célèbre. A quel moment le Président de la République Félix Tshisekedi vous a-t-il demandé dans sa vision de faire semblant de travailler ? Parce que, finalement, ce n’est pas la vision du Chef de l’État qui doit primer en ce moment-là, mais bien les besoins réels et urgents du peuple congolais.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
