Analyses et points de vue
École et grossesse : Quand l’inclusion devient un acte de justice ( Tribune de Serges Marie Kabeya Makanda, Ir)
La récente décision du ministère de l’Enseignement, autorisant les filles enceintes à poursuivre leur scolarité, marque un tournant décisif dans la perception de la justice éducative et de l’humanisme dans notre société. Elle replace enfin l’école dans son rôle fondamental : celui d’un lieu de résilience, d’inclusion et de seconde chance.

Il ne s’agit pas ici de banaliser les grossesses précoces, encore moins de les encourager. Il s’agit de reconnaître la dignité et le droit fondamental de chaque enfant, de chaque jeune fille, à poursuivre son éducation, même après une faute, une erreur ou un événement imprévu. L’école doit être une réponse à la défaite, non une punition. C’est là toute la grandeur de cette décision.
Les filles enceintes, souvent stigmatisées, rejetées ou marginalisées, incarnent pourtant des valeurs humaines profondes que nous devrions au contraire célébrer. Elles portent en elles le courage de continuer à marcher là où d’autres auraient abandonné. Elles affrontent les moqueries, les regards lourds, les murs du silence… mais elles avancent.
Elles démontrent un sens élevé de responsabilité : elles assument leur grossesse, relèvent la tête et choisissent l’éducation. Là où la facilité aurait dicté l’abandon ou la fuite, elles choisissent de se battre, d’apprendre et de préparer un avenir meilleur-pour elles-mêmes et pour leur enfant.
Elles expriment un humanisme profond en décidant de protéger la vie. Dans un monde où l’avortement clandestin est souvent présenté comme une solution, elles disent non. Non à la mort. Oui à la vie. Elles se font porteuses d’une valeur fondamentale, gravée dans nos consciences, nos lois et nos textes religieux : « Tu ne tueras point ».
Elles obéissent à la loi divine, en refusant d’interrompre volontairement une vie. Elles obéissent à la loi de la République, qui reconnaît le caractère sacré de la vie humaine et prohibe l’avortement criminel. Elles ne sont pas hors-la-loi ; elles en sont le reflet fidèle.
Ce choix politique du ministère est donc un choix moral, juridique et pédagogique. Il ne récompense pas l’erreur, il refuse simplement de condamner à mort une deuxième fois. Il donne à chaque fille l’opportunité de transformer un moment difficile en tremplin de croissance.
Il est temps que les écoles, les familles, les communautés se joignent à cet élan. Car accompagner une fille enceinte dans son parcours scolaire, c’est préparer deux citoyens à se relever : la mère et l’enfant.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’école doit rester un refuge, un espoir, une source de renaissance.
Soutenons cette décision. Défendons la vie. Promouvons la dignité. Éduquons avec compassion.
Parce qu’un ventre qui porte une vie peut aussi porter des rêves.
Serges Marie KABEYA MAKANDA
Mbujimayi, le 15 juillet 2025
À la Une
La RDC parle, le monde écoute… mais que retient-il vraiment ? ( Par
Dans le théâtre feutré de grandes chaînes internationales, une interview n’est jamais un simple échange. C’est un moment de projection, presque une épreuve : celle où un pays, à travers une voix, se mesure au regard du monde. Lorsque Judith Suminwa Tuluka s’installe face aux caméras de TV5 Monde, c’est précisément cet exercice qui se joue. Non pas seulement répondre, mais exister. Non pas seulement expliquer, mais s’inscrire. Et à cet instant, une question s’impose en filigrane : la RDC est-elle en train de trouver sa voix… ou d’apprendre à la faire porter ?

D’abord, une évidence : le ton est posé, méthodique, presque pédagogique. À aucun moment la Première Ministre ne cède à la précipitation ni à la surenchère. Lorsqu’elle rappelle que « la Constitution est claire » et insiste sur « une consultation permanente » au sommet de l’État, elle installe une image de continuité et de discipline institutionnelle. Ce signal n’est pas anodin, dans un contexte où les équilibres politiques sont souvent scrutés.
Sur le plan international, on peut retrouver la même logique : à propos de l’accueil de migrants, elle évoque « un service que nous rendons (…) dans le cadre d’un accord (…) de manière temporaire ». La formule est mesurée, presque prudente. Elle cherche à tenir une ligne étroite : apparaître comme un partenaire fiable sans donner le sentiment d’un déséquilibre. C’est précisément là que réside la nature de cet exercice : dire suffisamment pour exister, sans trop en dire pour ne pas s’exposer.
Sur la sécurité, le propos gagne en densité. « Nous sommes là pour protéger nos citoyens (…) et l’intégrité territoriale de notre pays », affirme-t-elle. La phrase est forte, presque attendue, mais elle est dite avec une forme de retenue qui tranche avec les discours plus offensifs que l’on observe ailleurs. Cette retenue a une vertu : elle crédibilise. Elle donne le sentiment d’un pouvoir conscient de la gravité des enjeux. Toutefois, elle a aussi une limite : elle atténue l’impact. Car dans ce type d’entretien, tout est affaire de contraste. Et lorsque tout est maîtrisé, tout peut aussi sembler égal. Les moments forts existent, mais ils ne sont pas toujours mis en relief.
C’est particulièrement visible sur le terrain économique. Lorsque Judith Suminwa évoque la nécessité de « partenaires qui vont nous permettre d’évoluer (…) vers une transformation locale (…) et la création d’emplois », elle touche à un point central : celui de la mutation du modèle économique congolais. De même, en affirmant que « nous sommes dans la diversification (…) des partenariats », elle dessine les contours d’une diplomatie plus ouverte.
Ces éléments portent une vision. Ils racontent une trajectoire possible pour la RDC. Pourtant, ils passent presque sans bruit, comme s’ils étaient noyés dans un flux continu d’explications. Le problème n’est donc pas l’absence de contenu. Il est ailleurs : dans la hiérarchie du discours. À trop vouloir tout dire avec le même niveau d’intensité, on finit par ne rien faire émerger clairement.
Il en va de même pour les séquences plus sensibles. La Première Ministre choisit de ne pas éluder certaines réalités, et c’est à mettre à son crédit. Mais dans un espace médiatique où chaque mot peut être amplifié, cette transparence exige un encadrement plus serré. Non pour dissimuler, mais pour orienter la lecture.
C’est toute la différence entre une parole juste et une parole stratégique.
Car au fond, cette interview pose une question simple : que doit être aujourd’hui la communication d’un État comme la RDC sur la scène internationale ?
Si l’objectif est de rassurer, le contrat est rempli. Si l’objectif est d’exister, le mouvement est enclenché. Mais si l’objectif est d’influencer, alors une étape reste à franchir.
Cette étape passe par une transformation du registre. Moins d’explication linéaire, plus de points d’appui. Moins de prudence uniforme, plus de moments assumés. Moins de discours continu, plus de repères clairs. Rien de cela ne remet en cause le fond. Au contraire. C’est précisément parce que le socle est solide que l’exigence augmente.
L’intervention de Judith Suminwa Tuluka donne à voir une parole en construction, sérieuse, cohérente, crédible. Elle marque une entrée dans un espace où la RDC est désormais attendue, écoutée, parfois même contestée. Et c’est peut-être là le signe le plus révélateur : un pays qui commence à compter est un pays dont la parole commence à être scrutée.
Reste désormais à faire de cette parole non seulement un outil de présence, mais un instrument d’influence. Car sur la scène internationale, il ne suffit plus de parler juste. Il faut aussi parler fort, au sens stratégique du terme.
Georges Herady, Journaliste et Analyste Politique.
