Politique
Déconstruire la perception : Amour de soi ou narcissisme? Le dilemme de la classe politique congolaise
Dans le tumulte politique de la République Démocratique du Congo, le fin trait entre l’amour de soi et le narcissisme s’avère flou, suscitant un débat enflammé au sein de la classe politique. Alors que l’amour de soi suggère une saine estime de soi et une confiance en ses capacités, le narcissisme, par contre, se perçoit comme une dévotion excessive à son image et à sa réputation.
Au cœur de ce défi réside la question cruciale : comment les politiciens congolais équilibrent-ils leur amour-propre avec les attentes de leur peuple? Alors que certains défendent l’idée que l’amour de soi est essentiel pour mener efficacement, d’autres affirment que le narcissisme peut mener à une déconnexion dangereuse de la réalité.
L’opinion publique oscille entre l’admiration et la méfiance envers ces dirigeants politiques qui jonglent avec l’image qu’ils projettent. Alors que certains applaudissent leur assurance et leur charisme, d’autres les accusent de vanité et d’égocentrisme, mettant en lumière les nuances subtiles entre l’auto-appropriation nécessaire et l’auto-adoration excessive.
En explorant cette dichotomie complexe, il devient impératif pour la classe politique congolaise de se remettre en question, de s’interroger sur leur motivation profonde et sur l’impact de leurs actions sur leur peuple. Au-delà des apparences, la véritable grandeur réside peut-être dans la capacité à se voir à travers les yeux des autres, à cultiver un amour-propre authentique et à servir le bien commun avant tout.
Ainsi, en démêlant les fils de l’amour de soi et du narcissisme sous le regard critique de la société congolaise, la classe politique pourrait trouver la voie vers une leadership véritablement inspirant et authentique, capable de guider le pays vers un avenir meilleur. Il n’y a rien de plus profond dans l’existence humaine que l’estime de soi.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Politique
Guillaume Ngefa Atondoko : l’inflexible gardien du Droit au service de la Justice du Peuple
Il est des nominations qui sonnent comme des professions de foi. Celle de Guillaume Ngefa Atondoko au poste de Ministre d’État, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, le 8 août 2025, est de celles qui redonnent espoir à tout un peuple en quête d’équité. Rares sont les personnalités dont le pedigree international et le courage personnel forcent autant le respect.
Ce juriste chevronné, diplômé de Columbia University et de l’Institut des droits de l’homme de Strasbourg, n’a pas attendu les ors de la République pour servir son pays. Dès les années 1990, alors que la dictature zaïroise étouffait toute velléité de liberté, il cofondait l’AZADHO (devenue ASADHO), bravant menaces et tentatives d’assassinat pour documenter les exactions. Son parcours à l’ONU, où il a piloté la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali avant d’en être expulsé pour son intransigeance, puis dirigé l’Examen Périodique Universel à Genève, a forgé en lui une cuirasse d’intégrité.
Aujourd’hui, c’est avec cette même intransigeance morale qu’il a accepté de relever le défi le plus périlleux de sa carrière : restaurer la foi des Congolais en leur justice. Conscient de l’immensité de la tâche dans un système judiciaire miné par la corruption et la lenteur, Guillaume Ngefa n’a pas perdu une minute pour poser les jalons de son ambitieux projet réformateur. Son action s’articule autour d’une vision claire : une justice de proximité, digitalisée et surtout indépendante.
Parmi ses premières initiatives marquantes, on note le renforcement immédiat de la coopération avec la MONUSCO pour l’humanisation du système pénitentiaire congolais, un dossier brûlant tant les conditions de détention sont souvent indignes. En recevant Patience Saï et en relançant les travaux du groupe technique sur la stratégie pénitentiaire, il a démontré que la modernisation des infrastructures carcérales et la protection des détenus, en particulier les femmes, figuraient au sommet de ses priorités.
Parallèlement, il travaille à la digitalisation de la chaîne judiciaire et à la réforme de la formation des magistrats, avec l’ambition affichée de faire de l’École de magistrature un creuset d’excellence éthique et non plus un simple lieu de passage. Mais au-delà des réformes techniques, c’est la dimension profondément humaine et politique de sa mission qui impressionne. Nommé dans un contexte de crise de légitimité suite aux affaires ayant éclaboussé son prédécesseur, il incarne un “pari risqué” sur l’éthique. Pourtant, cet homme qui a documenté les massacres des années 1990 et survécu à l’exil forcé sous Laurent-Désiré Kabila, aborde cette nouvelle bataille avec la sérénité des vétérans.
S’il se définit comme le “ministre du peuple”, c’est parce qu’il sait que la justice ne se décrète pas d’en haut ; elle se vit au quotidien dans les villages reculés et les quartiers populaires. En posant la première pierre d’une justice de proximité et en s’attaquant frontalement aux interférences politiques, Guillaume Ngefa Atondoko ne cherche pas à être populaire, mais à être utile. Et c’est précisément dans cette quête d’une justice intègre et souveraine que réside tout l’espoir d’un État de droit véritable en République Démocratique du Congo.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
