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Communication institutionnelle : Quand Tina Salama bloque Patrick Muyaya (Tribune d’ Ambroise Mamba)
La communication institutionnelle s’apparente désormais à une course des chevaux, où le plus rapidement gagne le trophée. En effet, certains animateurs des institutions recrutés pour assurer la communication institutionnelle, seraient hantés par l’esprit du buzz que par le soucis de promouvoir l’efficacité dans le travail leur confié par la République.
Austérité communicationnelle à s’imposer
La communication institutionnelle a perdu son prestige de dimension stratégique de la gouvernance en faveur d’une simple question de visibilité personnelle. Mettre une information de première main sur X ou Facebook paraît préférable à l’observance de la norme organisationnelle en matière de communication. S’imposer une austérité dans ce domaine contribue à l’efficacité de la gouvernance.
Malheureusement, lorsque l’Angola a annoncé dernièrement des négociations directes entre le M23 et le gouvernement de la RDC, la première personne à réagir était la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama. De part sa réaction, elle a bloqué le ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement qui était en plein briefing avec les journalistes. Patrick Muyaya ne pouvait rien dire de plus ou apporter des éléments contradictoires à ceux déjà mis sur la place publique par la porte-parole du chef de l’État.
Mais qu’a-t-elle dit en plus? Sur son compte X, elle écrit : « nous prenons acte et attendons de voir la mise en œuvre de cette démarche de la médiation angolaise. Nous rappelons par ailleurs qu’il existe un cadre préétabli qui est le processus de Nairobi et nous réaffirmons notre attachement à la Résolution 2773 », avait-elle déclaré en commentant le bref déplacement du président Félix Tshisekedi en Angola.
Questions :
1.Le « nous » qu’elle a utilisé, remlace qui ? Le président de la République, le gouvernement ou le pays tout entier ?
Chaque fois qu’elle doit communiquer, Tina Salama ne devrait jamais oublier qu’elle le fait au nom et pour le compte du chef de L’État. Félix Tshisekedi peut lui, utiliser directement le « nous » de majesté. Mais sa porte-parole elle, ne doit que le citer dans toute communication pour éviter tout amalgame.
Tout dernièrement, la porte-parole du chef de l’État aurait livré des interviews à Reuters où elle aurait même confirmé la participation de la RDC aux négociations directes avec le M23 à Luanda en disant : « à ce stade, je ne saurais vous dire qui devrait conduire la délégation de la RDC à Luanda ». Pourquoi livrerait-elle même des interviews de manière isolée ?
La conséquence directe de sa communication est que le ministre de la Communication et des médias et porte-parole du gouvernement s’est vu bloqué. Patrick Muyaya n’a, à ce moment, aucune possibilité de rebondir pour fixer l’opinion, étant que porte-parole du gouvernement, au cas où le gouvernement leverait des options parallèles à celles annoncées par Tina Salama.
Qui produit les éléments de langage pour la porte-parole du chef de l’État ? Dépend-elle directement du directeur de cabinet du président de la République, Anthony Kinzo ? Qui serait responsable de ce dysfonctionnement ? Quelqu’un devrait y répondre.
La porte-parole du chef de l’État devrait connaître ses limites, non seulement par rapport au porte-parole du gouvernement, mais aussi par rapport à la cellule de communication du chef de l’État.
• Elle est la voix officielle du président Félix Tshisekedi.
• Elle communique les décisions, positions et réactions du chef de l’État sur des sujets nationaux et internationaux.
• Elle répond aux questions des médias lorsqu’il faut clarifier les prises de position du président.
• Elle intervient principalement sur les questions politiques et institutionnelles liées directement au chef de l’État. Et quand elle parle, elle-même s’efface pour mettre à l’avant plan le président de la République.
Ceci éviterait également au pays, un télescopage avec la nouvelle directrice de la cellule de communication de la présidence. Farha Mwamba devra gerer l’ensemble de la communication institutionnelle de la Présidence de la République, superviser la stratégie de communication, y compris les relations avec les médias, les réseaux sociaux et la production des contenus.
Vivement l’odre, la discipline et le respect des attributions
On ne le dira jamais assez. La République Démocratique du Congo ne sera respectée dans le monde que quand elle se sera réconciliée avec l’intelligence, l’ordre et la discipline. Dans le domaine de la communication institutionnelle, il s’observe un manque de coordination, au point de faire remettre en cause les profils des personnes qui communiquent au nom des institutions.
La RDC a le bonheur d’avoir un président de la République qui parle. Et chaque fois que le président de la République parle, sa porte-parole est obligée de rester silencieuse, sauf si la position du chef de l’État nécessite une clarification. Et dans les rares fois que le président de la République ne parle pas, sa porte-parole pourrait devant la presse communiquer.
Dans ces conditions, les ordonnances présidentielles qu’elle dévoile à la télévision nationale ne sont pas un point de vue du président de la République qu’elle est censée clarifier, mais plutôt des décisions de gouvernance qu’elle ferait mieux de laisser à la responsabilité de la presse présidentielle pour leur divulgation. Le cabinet du chef de l’État devrait revenir à l’ordre, la discipline et le respect des attributions pour redonner au domaine de communication son prestige de dimension stratégique de la gouvernance.
Ambroise Mamba Ntambwe
Journaliste et chercheur en sciences politiques
Politique
États inquiétants des routes dans le Haut-Uele : l’A.Ch Blaise Omunyepa remet en cause la politique provinciale de Jean Bakomito
L’état préoccupant des routes dans le Haut-Uele relance le débat sur la politique des infrastructures menée par le gouverneur Jean Bakomito Gambu. Face à des axes routiers jugés dégradés et peu durables, Blaise Omunyepa, président fédéral de l’Alliance pour le Changement (Haut-Uele 2), critique ouvertement les choix opérés par l’exécutif provincial.

Le gouvernement provincial met pourtant en avant plusieurs travaux de réhabilitation réalisés sur fonds propres, présentés comme un effort pour désenclaver les territoires et faciliter les échanges vers Isiro. Ces initiatives sont perçues par les autorités comme un pas important vers le développement économique de la province.
Mais pour Blaise Omunyepa, l’enjeu ne réside pas dans le nombre de kilomètres réhabilités, mais dans la qualité des infrastructures. Il estime que privilégier des routes en terre, souvent impraticables en saison des pluies, ne répond pas aux besoins réels des populations.

Cette critique rejoint le ressenti de nombreux usagers qui dénoncent la dégradation rapide de certains tronçons à peine aménagés. L’opposant plaide pour une politique axée sur l’asphaltage et des ouvrages durables, capables de soutenir les activités économiques sur le long terme.
Au-delà de l’aspect technique, Blaise Omunyepa soulève aussi la question de la gouvernance et de la gestion des ressources publiques. Un débat de fond s’installe ainsi dans le Haut-Uele : faut-il miser sur la quantité des réalisations ou sur la qualité des infrastructures pour impulser un développement durable ?
Junior Kasamba
