Economie
Bientôt le Forum Annuel de l’AGOA – Une occasion pour la RDC de projeter son future leadership dans le commerce entre les Etats Unis et l’Afrique Subsaharienne
Fixé du 25 au 26 Juillet 2024 à Washington DC, le Forum AGOA est une réunion annuelle de haut niveau entre les responsables concernés du gouvernement des Etats-Unis et les responsables des gouvernements des pays d’Afrique subsaharienne éligible afin de favoriser des liens économiques. Le forum alterne annuellement entre les Etats-Unis et un pays AGOA réunissant en différentes séances plénières les ministres, le secteur privé et la société civile.
Ce forum coïncide avec l’approche de l’expiration de ce programme fixée pour septembre 2025. Cependant les négociations pour son extension sont en cours à Washington avec des discussions qui impliquent le congrès américain, la représentation de l’Union Africaine, le monde académique, le secteur privé, la société civile et les agences de consultation en commerce international.
Ce forum se tient à une période très marquée par l’expansion de la Chine et de la Russie en Afrique avec comme conséquences la menace sur l’hégémonie politico-militaire américaine ainsi que l’accès des Etats Unis aux minerais stratégiques dont la République Démocratique du Congo possède des grandes réserves avec un marché dominé par les entreprises chinoises.
La République Démocratique du Congo qui fut exclue en 2011 pour non-respect des conditions a été réadmit en 2021 grâce aux réformes démocratiques et économiques entreprises par Son Excellence Félix-Antoine Tshilombo. Cependant en dépit de son retour dans la famille AGOA, notre pays continue à avoir des exportations très faibles vers les Etats Unis et manque une structure organisationnelle conforme aux exigences de ce programme capable non pas seulement de mettre en place des actions qui favorisent l’exportation des produits « Made In Congo DRC » en Amérique mais aussi de bénéficier des avantages qu’accordent ce programme aux pays membres et d’attirer les investissements des entreprises américaines vers notre pays.
Dans le cadre de l’AGOA, les pays membres ont droit à deux types d’avantages : l’accès aux initiatives traditionnelles de l’AGOA et aux programmes socio-économiques énoncés par tout nouveau locataire de la Maison Blanche pour sa politique africaine. Les initiatives traditionnelles de l’AGOA touchent entre autres à l’éducation, la santé et l’agriculture, tandis que la politique américaine fait intervenir dans le développement des pays africains les programmes tels que :
– Le Financement pour la lutte contre VIH/Sida et autres pandémies ;
– Power Africa pour accroitre l’électrification pour usage résidentielle et commerciale ;
– Prosper Africa, qui vise à ouvrir les marchés aux entreprises américaines, à développer la classe moyenne africaine, à promouvoir les opportunités d’emploi pour les jeunes ;
– Le Financement à travers l’U.S. International Development Finance Corporation (DFC) pour relever les défis les plus critiques auxquels sont confrontés les pays émergents et spécialement l’Afrique subsaharienne.
Ces programmes et tant d’autres actions américaines à travers l’AGOA visent à créer une économie nationale forte et durable capable de créer des emplois, un marché national qui se suffit à lui-même et l’intégration dans le commerce international.
Comment la RDC peut-elle laisser un impact positif au forum AGOA ?
Les rapports des activités des pays éligibles de l’AGOA sont marqués par des résultats médiocres des exportations vers les Etats Unis et le manque d’une assistance remarquable des Etats Unis pour promouvoir les échanges économiques. Certains pays viennent se plaindre ou accuser les Etats Unis leur manque des bonnes performances dans leurs exportations.
Pour la République Démocratique du Congo qui est en guerre depuis trois décennies et qui n’a pas une organisation structurelle de l’AGOA, les justifications et les excuses face à des faibles performances peuvent davantage être justifiées et utilisées comme un moyen de faire bonne image. Bien que les délégués du pays aient le choix de faire cela pour plusieurs raisons, en tant qu’expert de l’AGOA qui participe aux différents échanges pour l’extension de ce programme au-delà de 2025, je déconseillerai une telle démarche. En contrepartie je donnerai les conseils suivant :
1) Ne pas se précipiter dans la rédaction de la stratégie quinquennale de l’opérationnalisation de l’AGOA. Bien que l’occasion de rédiger ce rapport obligatoire a été ratée depuis la réintégration de la RDC dans le programme, ce Forum et l’extension de l’AGOA apporteront des nouvelles données qui vont obliger tous les autres pays à revoir leurs stratégies AGOA ;
2) Ne pas se précipiter de mettre en place le comité national et la coordination de l’AGOA RDC pour les mêmes raisons évoquées au point précédent ;
3) Au Forum, il faut s’efforcer de vendre « The Congo DRC Value Proposition » sur les minerais stratégiques, la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de l’environnement, la nouvelle génération des énergies renouvelables, le tourisme, la diaspora…
4) La demande des partenariats en matière de formation technique, de développement des infrastructures nécessaires pour améliorer la qualité et la quantité des productions locales et l’amélioration de la chaîne de valeur.
Comment la RDC peut-elle projeter son leadership dans l’AGOA ?
J’ai signalé plus haut que le forum alterne annuellement entre les Etats-Unis et un pays AGOA. C’est le moment ou jamais pour la RDC de demander d’organiser le FORUM AGOA 2026 à Kinshasa et dans d’autres parties du pays que je peux proposer si je suis consulté pour l’organisation stratégique.
Des pays Africains qui ont organisé le Forum AGOA ont connu l’accroissement des investissements directs américains. La RDC peut utiliser l’AGOA pour attirer ces investissements en mettant en avant son accès privilégié au marché américain comme un avantage pour les investisseurs potentiels. Durant le Forum, les autres puissances économiques du monde seront intéressées sur les conclusions pour redéfinir leur politique économique avec l’Afrique subsaharienne et particulièrement la RDC. Enfin, l’organisation du Forum AGOA déplacera durant le temps de son organisation une bonne partie de Washington DC sur Kinshasa et attirera la presse du monde entier qui aura son attention braquée sur l’éléphant dans la salle.
En tant que négociateur principal à la plaidoirie pour la réintégration de la RDC dans l’AGOA en 2020, chercheur et consultant, je peux encore une fois de plus assurer les autorités congolaises ma disponibilité d’aider pour une participation remarquable a Forum AGOA de juillet 2024 et l’implantation de ce programme au bénéfice du gouvernement et des populations de la RDC.
Prof. Dr. Ngoie Joel Nshisso
Consultant en Management et Commerce International
Certifié en Diplomatie
Actualité
Audits favorables et résultats à l’appui à la CFEF: La défense d’Alain Lungungu contre-attaque
À peine publiée, la décision du ministre des Finances suspendant à titre conservatoire le coordonnateur national de la Cellule d’Exécution des Financements en faveur des États fragiles ( CFEF), Alain Lungungu Kisoso, fait déjà l’objet d’un recours formel. Dans une correspondance adressée aux autorités compétentes, ses conseils juridiques dénoncent une mesure « entachée d’irrégularités graves ».
Pris le 13 avril 2026, l’arrêté est accusé de reposer sur des griefs non étayés et de violer les principes fondamentaux du droit administratif. « Cette décision met en cause notre client sans qu’il n’ait jamais été entendu ni informé des accusations portées contre lui », fustige la défense.

Le principe du contradictoire au cœur de la contestation
L’un des principaux axes du recours repose sur la violation du principe du contradictoire. Selon les avocats, Alain Lungungu n’aurait reçu aucune notification préalable lui permettant de préparer sa défense.
Un manquement qui constituerait, à leurs yeux, une atteinte directe aux droits fondamentaux garantis par la Constitution et les lois de la République. « Les droits de la défense ne sont pas une option, mais une obligation dans tout État de droit », martèlent-ils.
Des accusations jugées infondées par la défense
Sur le fond, les conseils d’Alain Lungungu rejettent l’ensemble des accusations ayant conduit à sa suspension. Le dossier lié au projet PDL-145T, présenté comme un élément déclencheur, aurait été classé sans suite par la justice faute de preuves.
Concernant les soupçons de détournement, ils évoquent des audits réguliers ayant certifié la gestion de la CFEF sans la moindre réserve, remettant ainsi en cause la solidité des griefs avancés.
Une gestion financière validée par des audits indépendants

Les éléments produits dans le recours mettent en avant une gestion jugée conforme aux normes en vigueur. Selon la défense, les contrôles effectués par des institutions compétentes n’ont relevé aucune anomalie majeure.
« Tous les flux ont été retracés, certifiés et jugés conformes », assurent les avocats. Les rapports d’audit, notamment ceux réalisés par des cabinets indépendants et la Cour des comptes, auraient été validés sans réserve par les bailleurs de fonds.
Le programme PDL-145T au centre des tensions
Le programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) apparaît comme le nœud du litige. Si des retards dans l’exécution des travaux sont reconnus, la responsabilité directe du coordonnateur est contestée.
La défense attribue ces dysfonctionnements aux entreprises contractantes ainsi qu’à des contraintes logistiques majeures, notamment l’enclavement de certaines zones et les difficultés sécuritaires sur le terrain.
Des performances mises en avant pour relativiser les griefs

Les résultats enregistrés dans le cadre du PDL-145T sont également invoqués pour appuyer la défense d’Alain Lungungu. Au 31 mars 2026, 386 ouvrages sur les 635 prévus ont été réceptionnés, soit un taux d’exécution de 60,8 %.
Ces réalisations comprennent 233 écoles primaires, 116 centres de santé et 37 bâtiments administratifs, tandis que 92 autres infrastructures seraient en phase de finition.
Selon des sources proches du dossier, ces performances sont jugées globalement satisfaisantes au regard du contexte opérationnel difficile. Elles sont présentées comme un argument supplémentaire en faveur du caractère contestable des accusations ayant conduit à la suspension.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
