Analyses et points de vue
Alex Kabuya Mulumba : L’homme aux multiples casquettes à la tête du nouveau département d’intelligence économique et financière (DIEF)
Lundi 12 Août 2024, la nomination d’Alex Kabuya Mulumba comme chef du tout nouveau Département d’Intelligence Économique et Financière (DIEF) à l’ANR a fait vibrer les sphères politiques et économiques de la République Démocratique du Congo. Ce choix, loin d’être anodin, soulève des questions sur les dynamiques de pouvoir et d’influence au sein du pays.
Cousin direct du Président Félix Tshisekedi, Alex Kabuya Mulumba n’est pas un inconnu dans le paysage politique congolais. Fils de la regrettée Eugénie Tshika wa Mulumba, sœur de l’opposant Étienne Tshisekedi wa Mulumba, père biologique de l’actuel Chef de l’État, il porte le poids d’un héritage familial très présent dans l’arène politique.
La photo de sa mère, qu’il a récemment immortalisée sur sa page X (ex-Twitter), témoigne de son attachement aux valeurs familiales, mais aussi de l’ombre d’un passé politique qui continue de le suivre. Son parcours est jalonné de contributions significatives, notamment lors de la campagne électorale de 2018, où il a défendu avec ferveur la candidature de Félix Tshisekedi au sein du regroupement Cach.
Après l’ascension de ce dernier à la présidence en 2019, Kabuya s’est imposé comme un communicateur clé, naviguant habilement dans les couloirs du pouvoir. Sa nomination à la tête du DIEF pourrait être perçue comme une continuité de cette influence, mais aussi comme un défi à relever dans un contexte économique complexe.
Le choix d’un homme de son envergure pour diriger ce département crucial soulève des interrogations sur la manière dont l’intelligence économique sera intégrée dans les stratégies de développement du pays. Dans un pays où les ressources naturelles sont vastes mais souvent mal gérées, la capacité d’Alex Kabuya à transformer des informations en politiques économiques efficaces sera scrutée de près.
Sa proximité avec le président pourrait être un atout, mais elle pourrait également engendrer des suspicions quant à l’objectivité des décisions prises sous son égide. Il est intéressant de noter que son jeune frère, Thierry Kabuya Tshitenga, occupe également un poste ministériel dans le nouveau gouvernement provincial de Kinshasa.
Cette dynamique familiale au sein du gouvernement interroge la question de la méritocratie versus le népotisme dans la politique congolaise. Les critiques ne manqueront pas de s’élever face à ce qu’elles considéreront comme une concentration du pouvoir au sein d’une même famille. Alex Kabuya Mulumba se trouve à un carrefour crucial.
Sa nomination pourrait symboliser une nouvelle ère pour l’intelligence économique en RDC, mais elle s’accompagne de la nécessité de démontrer que la compétence l’emporte sur les liens familiaux. Le défi est de taille : réussir à transformer une vision en action sans tomber dans les travers d’un système où les relations de sang priment sur le mérite.
Sa capacité à naviguer dans ce paysage complexe sera déterminante pour son succès et celui du DIEF, et, par extension, pour l’avenir économique de la République Démocratique du Congo. Diriger ce département, c’est faire comprendre aux dirigeants que l’information est la clé qui ouvre les portes du changement. Celui qui sait, agit. Celui qui ignore, subit.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
Actualité
Ormuz sous verrou : Les gouvernements ouvrent les vannes, la RDC n’y déroge pas ( Décryptage d’Aldo Kamwanga, Expert du secteur des ressources naturelles et Consultant )
Le souffle de l’histoire est devenu brûlant. Alors que Donald Trump vient de couper court à tout espoir de désescalade immédiate en annulant le vol de ses émissaires, Jared Kushner et Steve Witkoff, vers le Pakistan, et que Union européenne, réunie en urgence, dresse le constat d’un choc durable né des fronts iranien et ukrainien, la réalité nous rattrape à la pompe.
Le détroit d’Ormuz n’est plus une simple ligne sur une carte maritime ; c’est un garrot qui se resserre sur la gorge de l’économie mondiale. Avec une offre amputée de 20 % en un clin d’œil, le marché ne se contente pas de convulser : il délire. De Paris à Kinshasa, en passant par Nairobi, le pistolet à la pompe ne distribue plus seulement du carburant, il injecte un poison lent : l’inflation.
Les chiffres donnent le vertige et dessinent une géographie de la crise : +15 % sur le diesel au Kenya, +13 % en moyenne dans une zone Schengen où l’Allemagne frôle les 20 %, et un bond de 18 % au Royaume-Uni. Dans cet œil du cyclone, la République démocratique du Congo semble, pour l’heure, jouer les amortisseurs avec une hausse contenue sous les 10 %.
La perfusion : le grand retour de l’État-providence
Face au spectre d’une explosion sociale ( des “gilets jaunes” européens aux émeutes possibles à Luanda ou à Nairobi ) les dogmes libéraux volent en éclats. C’est le retour fracassant des subventions massives, cette “perfusion” financière devenue l’unique rempart, au grand dam des institutions de Bretton Woods.
L’Europe et son “quoi qu’il en coûte” : Bruxelles a ressorti les recettes de la crise sanitaire. La France et l’Allemagne subventionnent leurs secteurs vitaux à bout de bras. L’Espagne renonce à 5 milliards d’euros de recettes de TVA. Même la Belgique mobilise 80 millions d’euros pour éviter la paralysie des ménages les plus fragiles.
L’Afrique, elle, est au pied du mur : ici, on ne gère pas, on pare au plus pressé. Si Nairobi divise sa TVA par deux, Kinshasa opte pour l’électrochoc : une TVA à 0 %. L’objectif est autant politique qu’économique : bloquer l’effet domino avant que le moteur de l’économie réelle ne se grippe.
Le paradoxe du raffinage : dépendance africaine, repli européen
C’est ici que le bât blesse, et Organisation des producteurs de pétrole africains ne s’y trompe pas. Le paradoxe est cruel : l’Afrique déborde de brut, mais manque de produits finis.
Le constat dressé le 17 avril lors d’un webinaire de African Energy Commission est sans appel : sans une capacité de raffinage locale d’au moins 150 000 barils par jour et par région, le continent restera otage des soubresauts mondiaux.
Comme l’a souligné Lerato Mataboge, cette dépendance ( jusqu’à 80 % d’essence importée ) constitue une menace directe pour la souveraineté des réserves de change.
Pendant ce temps, l’Europe réduit ses capacités. Sous la pression de normes environnementales strictes et de la fin programmée du moteur thermique à l’horizon 2035, les raffineries ferment ou se transforment. L’exemple de Grandpuits illustre ce basculement : une victoire écologique, mais un affaiblissement stratégique à court terme.
Cap sur le 8 mai : Addis-Abeba, l’heure de vérité
Le prochain sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba ne sera pas une réunion de plus. Il doit marquer une riposte systémique.
Réserves stratégiques, interconnexion énergétique, accélération du solaire : le plan existe. En 2026, la transition énergétique n’est plus un luxe, mais une nécessité. L’indépendance ne se proclame plus, elle se construit.
Aldo Kamwanga/Expert et Consultant
