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Analyses et points de vue

L’élève qui surpasse le maître en incompétence

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Il fut un temps où le Haut-Uélé incarnait l’ambition d’une renaissance. Feu Lola Kisanga, premier gouverneur élu de la nouvelle province issue de la province orientale après redécoupage et figure visionnaire, avait esquissé les contours d’une province moderne, avec des réformes structurelles audacieuses et une gouvernance axée sur le développement.

Mais depuis sa disparition, la province s’enfonce dans un marasme politico-économique dont les acteurs successifs, Christophe Baseane Nangaa puis Jean Bakomito Gambu, portent la lourde responsabilité. Aujourd’hui, le constat est accablant : le Haut-Uélé est devenu le théâtre d’une gabegie institutionnalisée, où l’affairisme supplante l’intérêt général, où les taxes étouffent les populations et les détournements s’industrialisent.

Et où la jeunesse, privée d’avenir et parfois désœuvrée, regarde avec désespoir ses dirigeants s’enliser dans la médiocrité. Feu Lola Kisanga avait posé les bases d’une nouvelle architecture provinciale : réhabilitation des infrastructures, transparence budgétaire, éclairages publics et dialogue avec les acteurs locaux. Son approche inclusive contrastait radicalement avec la gestion prédatrice qui allait suivre.

Pourtant, son successeur, Christophe Baseane Nangaa, alors sénateur et ancien gouverneur, a préféré transformer la province en chasse gardée politico-financière. Sous son mandat, les détournements se sont multipliés, les projets de développement sont restés lettre morte, et la collusion avec les réseaux affairistes a gangrené l’administration. Nous avions alors cru toucher le fond avec lui. Ce fut une erreur.

Si Christophe Baseane Nangaa avait déjà plongé le Haut-Uélé dans l’improvisation, son protégé, Jean Bakomito Gambu, a réussi en un an à battre tous les records en matière de mauvaise gouvernance, de pilotage erratique et d’improvisation. L’homme de Bambesa, qui doit son poste uniquement à l’influence de son allié au sein de l’alliance de Gombe, aujourd’hui en exil à Dubaï, a mis en place une gestion catastrophique.

Son élection, validée par le Conseil d’État en juin 2024 et confirmée par la Cour Constitutionnelle, n’a jamais convaincu, tant elle reflétait un marchandage politique avec une bizarrerie de la machine à voter qui nous a produit 21 votes pour 20 votants plutôt qu’une adhésion populaire. Jean Bakomito Gambu s’est entouré d’une caste de prédateurs qui considèrent les caisses provinciales comme leur propriété privée.

Les fonds destinés aux routes, écoles et hôpitaux disparaissent dans des circuits opaques. Pour compenser les détournements et financer ses alliés, celui que l’on surnomme « Goliath » a multiplié les prélèvements illégitimes, asphyxiant commerçants et agriculteurs. La question des éleveurs Mbororo, qui ravage les territoires, est traitée avec une lâcheté politique criante et une légèreté institutionnelle déplorable.

L’homme de Bambesa se réfugie derrière l’argument de la « sous-régionalisation du problème » pour justifier son inaction. La jeunesse du Haut-Uélé, déjà marginalisée, est la première victime de cette incurie. Aucun programme d’emploi, aucune politique éducative, juste un clientélisme éhonté qui réserve les opportunités aux proches du pouvoir. Son bilan social est catastrophique et criminogène.

Les symptômes de la déliquescence sont partout. Il y a un désengagement de l’exécutif provincial. Isiro ignore les appels à l’aide, préférant laisser pourrir la situation. L’absence d’autorité crédible alimente les conflits locaux, comme ceux liés aux populations de Sambia et Akuwa en plus des Mbororo. Les jeunes quittent massivement la province, faute de perspectives pendant que la coalition au pouvoir se rue sur Kibali Gold.

La descente aux enfers du Haut-Uélé n’est pas une fatalité. Elle est le fruit de choix politiques cyniques, d’une corruption systémique et d’une impunité organisée. Mais l’histoire retiendra que les peuples, tôt ou tard, se lèvent contre leurs oppresseurs. La jeunesse du Haut-Uélé, si elle parvient à s’organiser, pourrait bien être le fer de lance de ce sursaut. Certains ont déjà compris et défendent l’intérêt général avec constance.

En attendant, Jean Bakomito Gambu et ses acolytes resteront dans les annales comme ceux qui auront précipité une province entière dans l’abîme en un temps record. Quand le baobab tombe, les singes se dispersent. Mais quand ce sont les singes qui gouvernent, c’est la forêt entière qui meurt. Les incapables au pouvoir ne font pas qu’échouer. Ils détruisent tout sur leur passage.

Quand un âne devient gouverneur, même l’herbe refuse de pousser. Ainsi le crocodile ne pleure jamais sur le poisson qu’il avale. Il pleure sur celui qui lui échappe. C’est dire que les dirigeants inaptes à la matérialisation du bonheur collectif ne regrettent pas leurs limites et abus, seulement les occasions manquées de piller davantage et de détruire ce qui reste de résistance citoyenne.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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L’Aigle, le Dragon et le Congo : Entre rivalités mondiales et impératif de vision nationale ( Tribune de Simon Urbain Nzuka Mapengo/Expert en modernisation des administrations publiques)

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Dans cette tribune, Simon Urbain Nzuka Mapengo décrypte les enjeux de la rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine autour des minerais critiques de la RDC, devenue un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. Entre les accords conclus avec Pékin et le nouveau partenariat avec Washington, l’auteur s’interroge sur la capacité du Congo à transformer cette compétition des grandes puissances en une opportunité de développement durable. S’appuyant sur les analyses de plusieurs intellectuels et les éclaircissements du gouvernement, il défend une idée centrale : le véritable défi pour la RDC n’est pas de choisir entre l’Aigle et le Dragon, mais de se doter d’une vision nationale forte, capable de faire de ses immenses ressources le socle de sa souveraineté économique et de sa prospérité.

Directeur général adjoint honoraire de la DGDA et haut cadre de l’administration publique, il cumule plus de 30 ans d’expérience dans la gestion douanière et fiscale ainsi que dans la réforme des institutions financières en République démocratique du Congo.

Expert en modernisation des administrations publiques, en mobilisation des recettes et en pilotage des systèmes fiscaux et douaniers, il est reconnu pour son leadership stratégique, sa capacité à conduire des réformes structurelles et à améliorer les performances des régies financières.

Formé dans des institutions de référence, notamment à l’ENA de Paris et à Harvard University, il possède une solide expertise en gouvernance publique, en gestion axée sur les résultats et en lutte contre la fraude fiscale.

Ci-dessous l’intégralité de la Tribune

Pour beaucoup, l’évocation du nom de Lunda Bululu renvoie à la mémoire d’un ancien Premier ministre de l’époque Mobutu ou à celle de l’ancien Secrétaire général de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Pour d’autres, ce nom rappelle surtout le professeur de droit à l’Université de Kinshasa, reconnu pour son français châtié et sa rigueur intellectuelle. Pour ma part, Lunda Bululu évoque certes ces 3 figures publiques, mais bien davantage encore : un père spirituel, un mentor dans le goût de la lecture. Ami de son neveu, Éloi Muana Tambwe, j’avais été en quelque sorte adopté par cet éminent professeur de droit. À chacun de ses voyages, il pensait à moi et me rapportait toujours un livre. Même lorsque la maladie commença à l’éprouver, il ne dérogea jamais à cette tradition. L’un des ouvrages qu’il m’offrit portait un titre aussi intrigant qu’évocateur : « L’Aigle, le Dragon et la crise planétaire ». De cette lecture, je retiens ce que son auteur, Jean-Michel Valentin, qualifie de vérités triviales : l’Aigle, les États-Unis, et le Dragon, la Chine, se livrent depuis plusieurs décennies une lutte acharnée pour l’hégémonie mondiale. Cette rivalité, qui se manifeste aujourd’hui sous les traits de la transition énergétique, des tensions commerciales et de la compétition technologique, est avant tout une guerre économique. Elle traduit un antagonisme plus profond entre deux modèles de développement et de puissance. Pour l’auteur, il ne s’agit plus simplement d’un conflit commercial, mais d’une dynamique de fond qui contribue à remodeler les équilibres mondiaux, avec des conséquences environnementales, politiques et stratégiques majeures.

La question qu’il laisse en suspens demeure vertigineuse : la planète peut-elle durablement supporter une confrontation prolongée entre l’Aigle et le Dragon ?

Aujourd’hui, les premiers signes visibles de cette rivalité apparaissent en République démocratique du Congo. Une grande partie des ressources minérales indispensables à la transition énergétique mondiale se trouve sur notre sol (cuivre, cobalt, coltan, le zinc, le lithium, le germanium …). Cette présence fait de la RD. Congo un territoire stratégique pour les chaines de valeur des batteries, des véhicules électriques, des réseaux électriques et des technologies avancées.

Dans ce contexte, il est normal que les USA cherchent à réduire leur dépendance des chaines d’approvisionnement dominées par la Chine, et que de l’autre côté, que la chine cherche à consolider ses positions acquises. Dès lors, ne devons-nous pas nous interroger sur les conséquences de cette compétition, pour notre pays, entre les deux principales puissances mondiales ?

Les accords signés en décembre 2025 entre la RDC et les États-Unis ont renforcé cette interrogation. Pour une partie de l’opinion, le gouvernement congolais aurait échangé l’accès aux ressources minières contre un soutien accru à la paix dans l’Est du pays face à l’agression rwandaise. Certains y voient même les prémices d’une remise en cause de la présence chinoise dans le secteur minier congolais.

La lecture de la tribune de Nkoy Mobali, publiée le 19 janvier 2026, vient nourrir ce questionnement. Il écrit notamment : « Nous enchaînons les sommets internationaux et sillonnons le globe dans un ballet diplomatique incessant. Mais derrière le prestige des escales, une question fondamentale demeure : prenons-nous réellement le temps de décrypter les forces tectoniques qui façonnent notre siècle ? (…) Nous demeurons les spectateurs passifs de notre propre richesse, incapables de transformer notre sous-sol en levier de développement. Pire encore : dans ce système de l’immédiat, demain n’existe pas. Nous sacrifions l’avenir sur l’autel de l’urgence et du profit éphémère. ».

Cette analyse est sévère, mais elle mérite d’être entendue. La RDC avait déjà conclu avec la Chine un partenariat communément résumé par la formule « minerais contre infrastructures ». Aujourd’hui, elle engage un nouveau partenariat stratégique avec les États-Unis, que certains présentent selon le cas comme une forme de « minerais contre sécurité » ou de « minerais contre développement ». Il serait naïf d’ignorer la dimension géopolitique de ces initiatives. On ne le dira jamais assez, Les États-Unis cherchent manifestement à réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine. Le financement du Corridor de Lobito s’inscrit notamment dans cette logique de diversification des routes d’exportation des minerais africains vers les marchés occidentaux.

Dans ce contexte, le Congo apparaît progressivement comme l’un des espaces où s’exprime la compétition stratégique entre les deux grandes puissances. Sommes-nous pleinement conscients de cette réalité ? Avons-nous intégré que notre développement ne dépendra pas d’abord de Pékin ou de Washington, mais de notre capacité à utiliser nos ressources au service d’un projet national cohérent ?Car le véritable enjeu n’est pas tant de savoir qui exploitera nos minerais que de déterminer ce que nous ferons de la richesse qu’ils généreront.

Sans vision claire, les minerais stratégiques risquent de reproduire certains travers observés dans d’autres économies de rente : dépendance excessive aux matières premières, vulnérabilité aux chocs extérieurs, instabilité politique et faible transformation locale de la richesse créée.

Plus que jamais, la RDC doit renforcer ses capacités de négociation, améliorer sa gouvernance économique et transformer ses ressources naturelles en véritables leviers de développement.

Quand Mukoko Samba apporte des clarifications

À ces préoccupations, Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, le Professeur Mukoko Samba, a récemment apporté un éclairage qui mérite attention.Invité à la tribune de « Makutano Talk », il a tenu à dissiper plusieurs inquiétudes entourant l’accord stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis. Persuasif, il a démontré que cet accord n’accorde aucun monopole aux investisseurs américains et ne crée aucune exclusivité dans l’exploitation des ressources minières congolaises.

La RDC demeure libre de poursuivre et de développer ses partenariats avec d’autres pays, notamment la Chine. À cet égard, les accords récemment conclus avec les autorités et entreprises chinoises, ainsi que les nouvelles découvertes de cuivre dans l’espace kasaïen réalisées par des opérateurs chinois, illustrent le maintien d’une politique d’ouverture à plusieurs partenaires.

La logique de l’accord RDC–États-Unis repose davantage sur un droit de première offre accordé aux investisseurs américains que sur une quelconque exclusivité. Il n’existe aucun engagement empêchant la RDC de collaborer avec d’autres puissances économiques.L’enjeu principal est ailleurs : attirer des investissements capables d’accompagner l’industrialisation du pays, le développement des infrastructures, l’expansion du Corridor Dilolo-Lobito, la réalisation de projets énergétiques structurants tels que Grand Inga et le renforcement des chaînes de valeur locales.

Le véritable défi consiste désormais à transformer cette opportunité en résultats concrets.Puisque le corridor « Dilolo-Lobito » est l’âme de ces accords, il serait bon que les opérateurs congolais prouvent leur proactivité en s’insérant dans les opportunités qu’offre ce projet. Ils sont invités à faire de joint-venture avec les angolais, à mettre en place des structures à capitaux pas énormes, mais qui profitent directement aux échanges du corridor. On pourrait entrevoir et citer ici à juste titre ;

– Les entrepôts et plateformes logistiques à Dilolo et Kolwezi,

– Le transport routier de raccordement ou de soudure aux railsLa sous traitance minière et la maintenance industrielle,

– L’agriculture commercial, les minoteries et huileries qui vont avec, Les services, tel l’hôtellerie.

La richesse durable ne naît pas de l’exportation brute des ressources naturelles. Elle se construit lorsque le pays transforme localement ses minerais, développe son potentiel énergétique, crée des emplois industriels qualifiés, construit des infrastructures modernes, soutient ses PME nationales et investit dans la recherche, l’innovation et la formations et assure l’emploi à la « bombe » qu’est la jeunesse.

À juste titre, les représentants du secteur privé et de la société civile ont insisté sur la nécessité de garantir la transparence, le contenu local, l’accès au financement pour les entreprises congolaises et une meilleure appropriation nationale des bénéfices issus de ces partenariats.

Le gouvernement affirme vouloir répondre à ces préoccupations par des mécanismes de gouvernance adaptés, des réformes fiscales et des mesures renforçant la lutte contre la corruption, tout en maintenant l’application stricte des lois congolaises relatives à la sous-traitance et au contenu local.

Au terme de ce débat, une conviction s’impose : le véritable danger ne réside pas tant dans la compétition sino-américaine que dans l’absence d’une stratégie congolaise cohérente.

Les grandes puissances poursuivront naturellement leurs intérêts. La véritable question est de savoir si la République démocratique du Congo saura poursuivre les siens avec la même constance.

La clé pour la RD. Congo pour tirer profit de la guerre que se livrent les titans pour ses minerais réside dans la capacité de l’Etat à négocier, planifier et imposer ses priorités. Plus que jamais, projection, coordination et anticipation (comme concluait Fely Samuna) doivent devenir les maîtres mots de notre action collective. C’est à cette condition que nos ressources cesseront d’être un objet de convoitise pour devenir le fondement d’une prospérité durable et souveraine.

Simon Urbain Nzuka Mapengo

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