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Voirie et infrastructures à Kinshasa : manque de planification et gaspillage des fonds publics ( Tribune d’Achil Mathe, Architecte)

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Panification désigne l’action d’organiser à l’avance quelque chose (son temps, ses activités) selon un plan. Cela implique avoir un ou plusieurs objectifs à satisfaire tout en prenant les mesures nécessaires dans le but de parvenir à ces fins.

Dans la ville de Kinshasa, particulièrement dans le secteur des Infrastructures, plusieurs chantiers ont été lancés depuis 2008, dans le cadre du Programme des “5 chantiers” lancé par le Président Joseph KABILA. Les Boulevards Lumumba et du 30 Juin ont connu des transformations, passant de 2X2 bandes à 4X4 bandes. D’autres boulevards ont également été élargis ou prolongés à l’instar du Boulevard Triomphale.

C’est toujours dans le cadre des 5 chantiers que de 2007 à 2010, l’entreprise Malta Forrest avait exécuté les travaux d’installation de l’éclairage public sur plusieurs artères principales de la Ville de Kinshasa, notamment sur les avenues By Pass, Poids lourds, Chaussée Laurent-Désiré Kabila (Ex Chaussée de Matadi) et certaines avenue de la Commune de Bandalungwa. D’autres entreprises telles que SONADES et PARISI avaient été également sélectionnées pour exécuter l’éclairage public des avenues des Huileries et Kasa-Vubu. Au total, une dizaine de grandes artères de la Ville avaient bénéficié de l’éclairage public à la satisfaction des populations.

Cependant, à peine linstallation des lampadaires terminés, en Février 2010, le Gouvernement central va décider l’élargissement de lavenue des Poids-lourds sur financement de l’Agence Japonaise de développement, la JICA. Exécuté par lentreprise Japonaise Kitano Construction Corp, ces travaux délargissement conduiront à l’enlèvement de lensemble de l’éclairage public mises en place quelques mois plutôt sur 11 Km. Ces équipements seront purement et simplement jetés à la poubelle et remplacés par des lampes solaires. Sen suivra l’élargissement de lavenue By Pass en 2013. Tous les lampadaires installés sur plus de 10 Km, du Rond-point NGABA à « Triangle », ont été purement et simplement enlevés moins de 5 ans après leurs installations. Des millions de dollars partis en fumée !

Plusieurs cas similaires existent malheureusement. Le cas plus récent est celui des passerelles pour passage des piétons à implanter le long du Boulevard Lumumba. Ce projet de 13,573 millions de dollars, soit 1,939 million de dollars par passerelle, a été lancé le 15 octobre 2014 par le gouvernement du Premier Ministre Matata Mponyo. Au total il était prévu 7 passerelles à placer notamment à Limété à la 1ere rue, 7ème Rue et 12 ème rue ; à larrêt « De Bonhomme », au marché de la Liberté, à Masina Pascale et enfin à Kingasani Ya Suka. Sur les 7 passerelles prévues, 3 ont été réalisées à Limété. Quant aux restes, il y a eu un début des travaux au marché de la Liberté et à Masina Pascal, ensuite plus rien. A « De Bonhomme »,  les structures métalliques sont négligemment abandonnées sur le bas-côté du boulevard. Et en même temps, sur les mêmes emplacements, des nouveaux projets de sauts-de-mouton sont en cours de construction. Il est peu probable que ces passerelles ne sexécutent comme initialement prévue. Pourtant des fonds du Trésor Public ont été dépensés pour lachat et l’acheminement des structures métalliques par l’entreprise ZENITH.

D’énormes ressources publiques sont mobilisées pour la réalisation de tous ces projets. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, aucune leçon n’est tirée de ces fiascos et de la dilapidation de l’argent du pauvre contribuable Congolais. Au contraire, des nouveaux projets sont lancés dans les mêmes conditions et les mêmes pratiques perdurent. Absence ou insuffisance détudes, manque de planification, précipitations pour des fins politiciennes et électoralistes sous prétexte de l’urgence. Autant dire que les Autorités se succèdent mais refont les mêmes erreurs.

C’est ce qui se passe encore actuellement avec le Programme d’Urgence des « 100 jours » du Nouveau Président Felix Tshisekedi. A peine élus, celui-ci a annoncé en grande pompe des travaux d’Infrastructures ambitieux pour donner une impulsion à son nouveau mandat.

Très vite, des travaux d’envergure sont lancés par ci-par-là. La décision est prise de construire des sauts-de-mouton pour endiguer les interminables embouteillages qui étouffent la ville de Kinshasa. Moins dun mois après son annonce, les chantiers sont lancés. Des enceintes de tôle sont placées aux différents carrefours désignés, créant au passage un KO indescriptible et des embouteillages inimaginables. Aucune disposition na été prise pour créer des déviations provisoires pendant ces travaux, conséquence de l’impréparation et labsence d’organisation. Les populations sont appelées à la patience. Cependant, 4 mois après l’installation des chantiers, rien de concret ne se passe sur le terrain. Les Kinois spéculent et se posent des questions. D’autant plus que des images qui circulent sur les réseaux sociaux montrent qu’à lintérieur de ces enceintes il n’y a aucune activité.
Sentant la grogne arriver, le président décide dune visite d’inspection sur terrain pour se rendre compte de la situation. Cest à ce moment que les responsables de l’OVD et de l’Office de route décident de communiquer et donner des explications. Cité par 7sur7.cd, le DG de l’Office des routes affirment que « la partie étude (conception) qui est la plus difficile, ayant pris fin, c’est maintenant la partie visible qui va commencer». Il ne croyait pas si bien dire ! Cest-à-dire que les entreprises ont été sélectionnées, les chantiers ont été lancés sans « études préalables ». Comment dans ce cas les couts des travaux ont été déterminés ? Sachant que ce sont les études qui déterminent la nature et la profondeur des fondations en fonction de l’étude du sol. Autant dire que la charrue a été mis avant le buf !
Il est évident que le cout de ces ouvrages va constituer un autre gouffre financier pour les Finances Publiques.

Visite du Président Felix TSHISEKEDI (image tirée du site http://www.rcongonews.com)

Par ailleurs, on se rappellera que les travaux délargissement des Boulevards Lumumba et du 30 Juin ont été effectués entre 2009 et 2013 dans le but dendiguer les embouteillages de lépoque. Sachant que le trafic allait être augmenté et causerait des sérieux problèmes aux niveaux des croisements ; Les Sauts-de-mouton auraient dû être prévus dès le départ. Il en est de même à « Kinsuka Pompage » où le nouveau pont construit en 2009 sur la rivière « Lukunga » na pas résolu le problème dembouteillage faute daménagements adéquat. Cest encore une fois la preuve de lamateurisme qui caractérise les gestionnaires du secteur des infrastructures à Kinshasa et partout en RDC.

Au-delà de cet amateurisme, on ne doit pas exclure des collusions et des complicités maffieuses à coup des commissions sonnantes et trébuchantes favorisées par la passation des marchés gré à gré au nom de l’urgence. Car, il ne faut pas se mentir, cette multitude de projets improvisés sont conçus et pensés par un cercle restreint des personnes ayant pris en otage les décideurs politiques, qui nont que des notions limitées en matière d’infrastructures et d’Urbanisme. Ces derniers se méprennent sur les réels besoins des populations et des solutions à y apporter.

Image du « Saut-de-mouton » prévu au carrefour RTNC (image tirée du site https://www.actionfatshi.org.)

Ces projets qui sortent de nulle part ne figurent dans aucun plan d’aménagement de la ville de Kinshasa. Ils sont le reflet d’une volonté politique manifestement basée sur des promesses démagogiques et électoralistes. Ils sont la conséquence d’une gouvernance hasardeuse et témoignent de l’incapacité de nos gouvernants à léguer aux générations futures des ouvrages utiles et pérennes.

Pourtant il existe un organisme public spécialisé, le BEAU (Bureau d’Etudes d’Aménagements Urbains), chargé de réfléchir sur les aménagements urbains en République Démocratique du Congo. Ces fonctionnaires de l’Etat qualifiés, payés par le Trésor Public, continuent cependant à élaborer des plans qui sont totalement ignorés et non appliqués. De la fatigue « inutile » dirait-on. Le schéma directeur, le plan général et particulier daménagements ont été élaborés en vain.

Au vu de ces quelques exemples de projets non ou mal planifiés, les Autorités politiques doivent se faire assister des conseillers expérimentés, qualifiés et compétents dans le domaine des infrastructures. Car la conséquence du manque de planification abouti non seulement au gaspillage des Fonds Publics, mais aussi aux ouvrages communément appelés « éléphants blancs » !

Achil MATHE
Architecte

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