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Politique

Verdict Constant Mutamba : les travaux forcés en résidence surveillée chez soi avec femme et enfants

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Face à une condamnation qui devait envoyer l’ancien ministre d’État de la Justice derrière les barreaux, c’est désormais dans le confort douteux d’une résidence surveillée que Constant Mutamba purgera sa peine. Une innovation judiciaire qui soulève des questions brûlantes sur l’égalité devant la loi et la véritable nature de la justice en RDC. Un verdict qui arrange bien tout le monde… sauf le peuple.

Constant Mutamba a été condamné ce mardi 2 septembre 2025 à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics. Le même homme qui, en tant que ministre, proposait de sanctionner de peine de mort les détourneurs de deniers publics, se retrouve aujourd’hui condamné à une peine pour le moins flexible. Selon la Cour de cassation, il a fait verser 19,9 millions de dollars à la société Zion Construction SARL sans autorisation gouvernementale préalable, dans le cadre d’un projet de construction d’une prison à Kisangani.

Un projet dont le budget total avoisinait les 40 millions de dollars, et dont les fonds détournés représentent donc près de la moitié. Pourtant, malgré la gravité des faits, Constant Mutamba ne rejoindra pas la prison de Makala. Il purgera sa peine en résidence surveillée. Une décision qui interroge sur la nature réelle des « travaux forcés » dans le système judiciaire congolais contemporain.

Les travaux forcés version 5 étoiles seraient donc une spécialité congolaise. La condamnation aux travaux forcés, dans son acception internationale, implique traditionnellement un travail pénible sous contrainte, généralement dans un environnement carcéral ou un camp de travail. Le Code pénal congolais prévoit que cette peine doit s’effectuer dans un établissement pénitentiaire. Mais visiblement, la RDC a décidé d’innover en la matière.

Comment ? En permettant à un ancien ministre condamné pour détournement de fonds de purger sa peine à domicile pendant que des citoyens lambda croupissent à Makala pour des délits mineurs. Constant Mutamba bénéficie donc d’un régime de faveur. Le gouvernement envoie un signal désastreux en permettant à un ancien ministre de contourner les conditions carcérales normales. Une condamnation politique ? Constant Mutamba lui-même a crié au complot politique.

Dans sa lettre de démission en juin, il affirmait n’avoir « jamais pris un seul dollar de l’État » et dénonçait un « complot politique visiblement conçu à Kigali et exécuté par certains de nos compatriotes ». Ses partisans voient dans cette condamnation une manœuvre pour écarter une figure politique gênante. Sur les réseaux sociaux, certains affirment même que « ce procès n’était pas pour le détournement mais plutôt pour l’empêcher de se présenter aux élections prochaines en 2028 ».

Reste que la justice a bel et bien reconnu Constant Mutamba coupable de détournement. Mais la clémence relative de la peine (3 ans au lieu des 10 requis par le ministère public) et les conditions d’incarcération privilegiées alimentent le scepticisme. Le condamné Mutamba, « hâbleur et à l’aise face aux caméras », a orchestré sa descente aux enfers judiciaire comme un véritable spectacle.

Sermonnant des détenus en cours de libération, assistant aux procès retransmis en direct à la télévision nationale, ou apparaissant dans un clip diffusé par son ministère pour répondre directement aux appels téléphoniques de concitoyens : l’homme a cultivé son image médiatique avec soin. Mardi, il est entré dans la salle d’audience « vêtu d’un vêtement de sport noir et portant des claquettes aux pieds », le poing levé, avant d’aller s’asseoir auprès de ses avocats.

Une performance théâtrale de plus pour celui qui semble avoir transformé son procès en campagne politique. Le véritable scandale ne réside pas seulement dans la condamnation de Mutamba, mais dans l’hypocrisie systémique qu’elle révèle. La RDC est un pays où les détournements de fonds publics sont fréquents et où l’indice de perception de la corruption est l’un des pires au monde, selon Transparency International. Condamner un ancien ministre pour corruption devrait représenter un progrès.

Mais lorsque la sentence est édulcorée et que les conditions de détention sont privilégiées, le message devient contre-productif : oui, la justice peut frapper les puissants, mais pas trop fort. La justice congolaise est malade. Malade de ses contradictions, de ses complaisances, de ses deux poids deux mesures. La condamnation de Constant Mutamba aux travaux forcés en résidence surveillée symbolise parfaitement cette maladie.

Une justice qui feint de punir les puissants tout en leur évitant les désagréments de la prison commune. Cessons d’innover dans la bêtise. Les travaux forcés devraient s’effectuer dans un environnement carcéral, comme pour tout citoyen condamné à cette peine. Prétendre le contraire revient à ajouter l’insulte à l’injure : celle faite au peuple congolais, qui aspire à une justice égale pour tous, sans distinction de rang social ou de connexions politiques.

Le jour où un ancien ministre condamné pour détournement de fonds purgera sa peine dans la même prison que le petit délinquant, ce jour-là, la RDC pourra véritablement prétendre à un État de droit. En attendant, le spectacle consternant des « travaux forcés en résidence surveillée » continue d’offrir au monde une image d’une justice de complaisance, qui n’ose pas vraiment punir ceux qui pillent les ressources du pays.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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Assemblée nationale : Sous la conduite de Boji Sangara et Djoli Eseng’Ekeli, le temple des lois retrouve sa rigueur constitutionnelle

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En recevant, dans le strict respect des formes républicaines, le rapport annuel de la CENI des mains de Denis Kadima, le tandem Aimé Boji Sangara – Jacques Djoli Eseng’Ekeli a offert ce mardi 14 avril 2026 une magistrale leçon de droit parlementaire. Loin des tumultes et des improvisations du passé, le Palais du Peuple démontre qu’il est redevenu le sanctuaire intangible de la procédure.

Ce mardi 14 avril 2026 restera comme l’illustration éclatante qu’un État de droit se construit d’abord par la stricte observance des gestes prescrits. En recevant officiellement Denis Kadima dans l’antre du bureau de l’Assemblée nationale, le Président Aimé Boji Sangara n’a pas seulement ouvert sa porte ; il a ouvert la session de contrôle parlementaire à l’heure exacte où la loi l’exigeait.

Accompagné du rapporteur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, orfèvre constitutionnel dont la présence suffit à garantir l’orthodoxie juridique du moment, ce binôme a transformé une formalité administrative en une démonstration de force institutionnelle : ici, au Palais du Peuple, on ne badine plus avec le calendrier de la démocratie, et chaque échéance légale est honorée avec une rigueur qui force le respect de tous les acteurs politiques.

Le dépôt des 550 exemplaires du rapport annuel — un par député national, ni un de moins, ni un de trop — incarne à lui seul la révolution procédurale silencieuse en cours. Couvrant la période stratégique d’avril 2025 à mars 2026, ce document n’est pas un simple bilan technique ; c’est la feuille de route authentifiée des prochaines échéances électorales. Dans une tradition où les documents se perdaient parfois dans les couloirs ou n’arrivaient que tronqués dans les mains des élus, la précision mathématique exigée par le Professeur Djoli et orchestrée par le Speaker Boji Sangara envoie un signal limpide : le Parlement ne délibère plus sur des rumeurs, il légifère et contrôle sur pièces.

En remettant matériellement à chaque élu la totalité de l’œuvre de la Centrale Électorale, le duo dirigeant de la Chambre basse élève le débat à venir au rang d’examen rigoureux, là où régnait hier l’à-peu-près. Cette image d’un Parlement respectueux de ses propres règles jusqu’au détail protocolaire est la plus cinglante des réponses aux sceptiques de la gouvernance congolaise. La CENI de Denis Kadima n’a pas été convoquée comme un justiciable à la barre, mais accueillie comme une institution partenaire dans le cadre défini par la Loi fondamentale.

En verrouillant ainsi la procédure, Aimé Boji Sangara et Jacques Djoli Eseng’Ekeli ne protègent pas seulement la majorité ou l’opposition ; ils protègent la République elle-même contre ses vieux démons d’improvisation. Dans une Afrique centrale en quête de repères, le message porté ce 14 avril depuis Kinshasa est d’une clarté assourdissante : quand les hommes de droit sont à la manœuvre, les institutions respirent au rythme serein et inébranlable de la Constitution.

TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR

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