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UNIKIN : Comment et grâce à qui ont été construites les résidences universitaires (homes X, XX et XXX) (Par Dr Tonduangu Kuezina Daniel)
A cette question la lecture du livre « Servir en actes et en vérité » de Monseigneur Luc Gillon (1) apporte des réponses. En effet Mgr Gillon revient sur une aventure particulière en rapport avec l’accroissement de la capacité d’accueil des étudiants à l’Université de Kinshasa.
Nous nous situons dans les périodes troubles de l’histoire de la RDC, avec la mutinerie de la Force publique après la proclamation d’indépendance du Congo, les entrepreneurs à qui des travaux de constructions avaient été confiés par adjudication publique abandonnèrent les chantiers et disparurent dans la nature. Le calme revenu, plusieurs ne réapparurent point.
Pour continuer le projet de construction de l’université Mgr Gillon décida de mettre en place un système de régie propre à l’université, dont le personnel comprenait un architecte, un ingénieur des constructions et un technicien hautement qualifié. A cette équipe, il donna mandat d’occuper les chantiers abandonnés et de terminer les travaux.Grâce à cette régie les bâtiments en souffrance achevés furent mis à la disposition de l’université qui en avait un urgent besoin ; d’autre part, elle démontra la capacité de Lovanium de se débrouiller seule dans l’édification de ses bâtiments.

Il fallut ensuite songer à poursuivre le programme d’établissement de Lovanium, en construisant de nouveaux bâtiments.
Dans la perspective des années soixante-dix, la prévision de nombre d’étudiants à loger était de trois mille cinq cents étudiants, alors qu’en 1955 on songeait à assurer le logement de cinq cents étudiants. Sur le plan initial de Lovanium, trois grands homes étaient ajoutés et devaient être construits sur le flanc de la colline, d’une capacite de cinq cents étudiants chacun.
Les conditions matérielles régnant à Léopoldville rendaient illusoire l’espoir d’en inscrire beaucoup en qualité d’externes. La plupart de quartiers de la capitale vivaient sans électricité ; en outre, les maisons exiguës des communes africaines ne se prêtaient guère aux bonnes conditions d’étude ; enfin, es transports publics laissés par le colonisateur ne donnèrent bientôt plus satisfaction.
La construction des résidences universitaires était un énorme investissement que le gouvernement congolais de l’époque n’était pas en mesure de financer. Plus d’espoir non plus de recevoir l’appui des sociétés dites « coloniales » dont les plus importantes se situaient au Katanga, alors en sécession. La Belgique quant à elle décida de ne pas participer au financement de l’investissement car elle participait déjà au fonctionnement de l’université par le financement de l’assistance technique.
Mgr Gillon décida alors de se tourner vers les milieux internationaux.
Sa première démarche s’effectua aux Etats-Unis. Il contacta Monsieur Dean Rusk ; le président de la Rockefeller Foundation qui était aussi le Secrétaire d’Etat du Président John Kennedy. Ce dernier qui connaissait et appréciait Lovanium, recommanda personnellement et avec insistance l’ouverture d’un financement de l’A.I.D en faveur de l’université.
L’A.I.D va accorder une contribution aux bourses d’études et des fonds pour les constructions des logements.
Pour les bourses d’études, l’A.I.D va financer milles bourses d’études, à mille dollars par étudiant et par an. Lovanium disposait alors d’un million de dollars chaque année.
Un autre appel fut adressé à la République fédérale d’Allemagne fédérale (R.F.A) de l’époque, pour la demande d’une aide pour les bâtiments.
Projet après projet, home après home, la bataille du financement se livrait sans relâche, dit Mgr Gillon.
Le premier grand home, inauguré en 1964, fut entièrement payé avec l’aide de la R.F.A ; le second par les Etats-Unis, le troisième partiellement par les Etats-Unis et le gouvernement du Congo. Avec ces trois homes, la capacité de logement de l’université se vit considérablement renforcée : mille cinq cents étudiants y trouvaient abri pour étudier dans de bonnes conditions. Mgr Gillon va obtenir aussi le financement de la construction d’un home pour étudiantes, auprès des organismes d’aide au Tiers Monde de la R.F.A.
Ce devoir de mémoire permet aux jeunes générations de réaliser le sacrifice consenti par les pères fondateurs de notre université, en particulier Mgr Gillon, et l’action des hommes de bonne volonté qui ont permis que la RDC puisse ériger au milieu de l’Afrique centrale une université de grande renommée pour laquelle les alumni (anciens) ont aujourd’hui encore un grand rôle à jouer pour relancer son développement. Dans son allocution prononcée le 16 novembre 2015 lors du IVème congrès des amis et anciens de la Faculté de médecine, le recteur magnifique Mgr Tshibangu (qui vient de nous quitter ce mercredi 29 décembre 2021) a rappelé ce rôle des alumni et a proposé que budget de l’université soit reparti en trois parties : intervention publique (Etat, gouvernement) pour 60%, Frais participatifs de scolarité :20% et coopération internationale et Alumni :15%. (2)
Pour conclure, nous citons Albert Einstein qui a dit : « c’est le devoir de chaque homme de rendre au monde autant qu’il en a reçu. »
Références
1.Monseigneur Luc Gillon. Servir en actes et en vérité. Editions Duculot, Paris-Gembloux (1988).
2.Mgr Tshibangu. Eléments d’histoire et avenir de l’université congolaise et de la Faculté de médecine de l’université de Kinshasa. Contribution au IVème congrès de l’Afmed-Unikin. Kinshasa, le 16novembre 2015.
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Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
