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RDC: Les enfants dans les forces et groupes armés, un avenir sacrifié !
En RDC, beaucoup d’enfants continuent d’être recrutés dans les groupes armés à travers le pays. Cette situation est inquiétante car la place des enfants est en famille et à l’école. Certains enfants associés aux groupes armés parviennent à réintégrer la société mais après avoir vécu et fait ce que les enfants ne devraient pas faire. Voici le témoignage poignant de Moussa (nom d’emprunt)
Moussa était un petit garçon courageux et ambitieux. Maltraité par le mari de sa mère, il a été envoyé vivre chez sa grande sœur. Moussa était bien traité, il allait à l’école mais vivait dans la pauvreté. Un jour en revenant de l’école, Moussa a vu un rassemblement où les jeunes gens s’enrolaient pour l’armée et a donc décidé de s’enrôler et devenir militaire.
« J’avais 16 ans et je me suis décidé de partir pour aller combattre au côté de l’AFDL afin de faire tomber le pouvoir dictatorial de Mobutu », révèle Moussa.
« Je ne suis pas rentré à la maison, je me suis inscrit et je suis resté sur le lieu même. J’ai vendu mon sac pour me trouver quelque chose à manger car nous devrions passer la nuit au même endroit », raconte-t-il.
Le lendemain on les a mis dans des véhicules pour Rumangabo ensuite à matebe vers la frontière entre la RDC et l’Ouganda. Là-bas on leur a donné une couverture à chacun, un gobelet, une brosse à dent, une gamelle et ils ont commencé les entraînements.
« Nous étions très nombreux et l’âge variait entre 12 et 20 ans. Nous avons été formés pendant 3 mois. La formation consistait à savoir comment manier les armes, comment se camoufler », a-t-il dit.
Après la formation ils sont rentrés à Goma pour un défilé parce qu’il était question de présenter à la population les volontaires qui ont été à la formation. Après le défilé les commandant les a envoyé saluer les parents en famille dans la soirée. Le lendemain ils sont allés à Beni en camion et une fois là-bas ils ont pris le chemin pour kisangani à pied.
« On éliminait les enfants faibles »
Le calvaire a commencé pour les enfants. Le chemin était long, nous n’étions pas habitués aux longs trajets. Selon Moussa, il était fatigué par la marche car on leur faisait porter des colis lourds. En fait, ils étaient utilisés comme des porteurs. « Des enfants qui étaient fatigués en cours de chemin se faisaient tuer », confie Moussa. « Pour ma survie je devais faire de mon mieux pour ne pas montrer ma fatigue et ne pas me plaindre de peur que je subisse le même sort que certains enfants qui étaient éliminés de manière discrète » dénonce Moussa.
« On ne les voyait pas faire mais on constatait l’absence de certains d’entre nous du jour au lendemain ». Une fois à Kinshasa, les enfants associés à l’AFDL attendaient la réalisation de la promesse d’aller poursuivre les études à l’étranger comme promis.
« Dommages que la promesse n’avait jamais tenue. Nous sommes passés d’un camp militaire à l’autre. Je suis retourné à Goma», regrette-t-il.
En 2001, lorsqu’il y a eu cessez-le-feu après la mort de Laurent-Désiré Kabila, Moussa est revenu sur Kinshasa cette fois-ci grâce à l’accord 1+4 avec l’un de ces 4 vice-présidents.
« Comme je savais déjà conduire, j’ai été affecté comme chauffeur de la suite du vice-président ». D’après Moussa, lorsque l’un des compagnons d’un des vices présidents de la transition a été nommé à la tête du comité de gestion d’une entreprise publique de la place, celui-ci a demandé à ce que Moussa puisse être son chauffeur. « C’était pour moi une belle opportunité J’ai commencé à conduire le président du comité de gestion de cette entreprise. J’étais toujours en tenue militaire et armé », précise-t-il.
Au bout de quelque temps, Moussa n’avait plus le cœur à évoluer dans l’armée et a demandé à son chef s’il pouvait postuler et être engagé dans cette société. Mais étant donné qu’il était encore militaire cela n’était pas possible. « Mon chef a lui-même appelé le responsable de Conader, il a soumis mon cas, je me suis enregistré comme candidat à la démobilisation et au bout de quelques semaines j’ai obtenu ma carte de démobilisé. Et c’était le départ d’une nouvelle vie civile. J’ai signé un contrat à durée indéterminée dans cette société où je travaille jusqu’à présent.
La demobilisation
Selon un ancien cadre du Programme de démobilisation qui tait son nom, pour démobiliser les enfants associés aux groupes armés on vérifie l’âge, la taille, la classe qu’il fréquentait avant d’intégrer le groupe armé. Bref on vérifie les informations que les enfants donnent pour certifier s’ils ont été recrutés enfants.
Ensuite on le confie aux agences de protection de l’enfant APE qui les amène dans le centre des transits. Avant de les intégrer dans la société, on sensibilise les communautés, les familles et les responsables d’écoles pour faciliter la réintégration de ces enfants dans la société afin qu’ils reprennent le cours de leur vie normalement.
Le regard juridique du recrutement et l’utilisation d’enfants comme soldats.
L’enrôlement d’enfants dans des forces et groupes armés est clairement interdit par la législation congolaise ainsi que par les traités internationaux ratifiés par la RDC. Parmi les textes de loi on peut citer, la Convention sur les Droits de l’Enfant (CDE) et les Protocoles Additionnels aux Conventions de Genève (applicables pendant les conflits armés internes et internationaux). Ces textes obligent les États qui les ont ratifiés, à s’abstenir de recruter des enfants de moins de 15 ans. En ce qui concerne la RDC, elle a aussi ratifiée deux instruments supplémentaires qui l’obligent à ne pas recruter des enfants de moins de 18 ans.
Poursuites pour recrutement d’enfants par la CPI en RDC
Les poursuites sont importantes dans la lutte contre l’impunité en matière de recrutement et utilisation d’enfants comme soldats. Parmi les crimes sous la juridiction de la Cour Pénale Internationale figurent ; l’enrôlement, la conscription et l’utilisation d‘enfants dans des forces et groupes armés lors des conflits internes et internationaux. Le bureau du procureur de la CPI a déclaré que le recrutement d’enfants serait parmi les crimes envisagés par la CPI en ce qui concerne les enquêtes en RDC. Deux chefs rebelles ont déjà été poursuivis en RDC pour les recrutements et utilisations d’enfants comme soldats dans des conflits internes. Jean-Pierre Biyoyo par un tribunal congolais en 2006, de Thomas Lubanga par la Cour Pénale Internationale en 2012.
Le rôle des défenseurs des droits de l’homme
Mme Annie Bambe, défenseure des Droits de l’homme affirme que, comme défenseurs des Droits humains ils ont comme rôle de faire la promotion des droits humains et particulièrement ceux des enfants auprès des communautés.
« Notre rôle c’est de faire la promotion des droits des enfants auprès des communautés et des familles de manière à ce que les enfants et les parents comprennent qu’envoyer les enfants dans l’armée c’est le sacrifier à la mort. Dans des groupes armés on utilise aussi des enfants comme des tueurs. Les communautés doivent comprendre que la pauvreté n’est pas une raison pour sacrifier l’avenir des enfants », affirme-elle.
Elle déplore cependant le fait qu’il n’y a pas assez des plaintes qui sont établies. Il y a plutôt des dénonciations des proches des familles dont les enfants sont associés aux groupes armés.
« Les parents d’enfants qui ont été enlevés et enrôlés comme soldats ont peur des représailles. Ils connaissent ces groupes armés, ils savent dans quel groupe armé se trouve son enfant mais n’osent pas porter plainte contre ces groupes armés », poursuit-elle.
« Nous comptons mettre en place un cadre pour redonner confiance aux communautés et aux parents pour leur apprendre leur droit pour qu’ils aient le courage de porter plainte contre des chefs de guerre et ces groupes armés», révèle-elle.
Selon l’article 8 du statut de Rome, le recrutement et l’utilisation d’enfants comme soldats dans des conflits internes et internationaux sont considérés comme des crimes de guerre et sont imprescriptibles. Ils peuvent même être poursuivis plusieurs années après par la CPI.
Travail réalisé par Pétronelle Lusamba avec l’appui de JDH/JHR-RDC
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Une première en RDC : Transco passe à la billetterie électronique dès le 1er mai !
À compter du 1er mai 2026, la société publique Transco franchit un cap historique en amorçant une transformation majeure de ses services. Le réseau de transport en commun annonce la fin définitive de la billetterie en espèces au profit d’un système entièrement électronique.

Fin du cash, fin des contraintes
C’est la fin d’une époque pour des milliers d’usagers. Les billets achetés en liquide, les difficultés liées à la monnaie et les longues files d’attente appartiendront désormais au passé. Cette réforme vise à fluidifier l’accès aux bus et à améliorer l’expérience globale des passagers.
Avec l’introduction de la billetterie électronique, Transco s’inscrit résolument dans une dynamique de modernisation. Paiement digital, gain de temps et simplification des procédures deviennent les nouveaux standards pour les usagers.
Une avancée majeure pour Kinshasa et les provinces
Cette innovation constitue une première en République démocratique du Congo pour un réseau de transport public de cette envergure. De Kinshasa aux autres provinces, cette réforme symbolise une volonté d’offrir des services plus fiables, sécurisés et adaptés aux exigences actuelles.
Au-delà du confort, cette transition vers le numérique permettra également de renforcer la transparence dans la gestion des recettes et de limiter les pertes liées à la manipulation de liquidités.
Un pas vers le futur
Avec cette initiative, Transco ouvre la voie à une nouvelle ère du transport urbain en RDC. Plus moderne, plus sûr et plus efficace, le système de transport public se réinvente pour répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain.
Le futur de la mobilité congolaise est en marche.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
