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Tribune : Aménagement, Voirie et Drainage à Kinshasa, un fiasco ! A qui la faute? ( Par Achil Mathe, Architecte)
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Tribune : Aménagement, Voirie et Drainage à Kinshasa, un fiasco ! A qui la faute? ( Par Achil Mathe, Architecte)

Les récentes pluies tombées dans la ville de Kinshasa ont occasionné des inondations dans plusieurs quartiers de la capitale et ont causé d’énormes dégâts.

 

Ces dernières années, ces phénomènes d’inondations sont devenus récurrents à Kinshasa et en provinces. Les autorités locales semblent impuissantes face à cette situation et se contentent des interventions sommaires et cosmétiques sans réels impacts à long terme.

Avec le dérèglement climatique que connait la planète, le rythme de ces pluies diluviennes risquent de s’accentuer et causeront de plus en plus des dégâts, à l’instar de la Ville de BEIRA au Mozambique qui vient d’être complètement détruite suite au passage du cyclone Idai dont l’origine ne laisse aucun doute, ledit changement climatique.

D’après un rapport publié en novembre 2018 par le Cabinet Verisk Maplecroft, intitulée « Climate Change Vulnerability Index 2018 » (Indice de vulnérabilité au changement climatique 2018), les villes de Kinshasa et Mbuji-Mayi figurent parmi les 10 villes au monde menacées de disparition suite au changement climatique. Ce rapport note que ce sont les infrastructures médiocres et la hausse de la population qui seraient, entre autres, à la base de cette situation préoccupante.

Tous les spécialistes s’accordent sur la violence et la récurrence des pluies qui vont s’accentuer sans aucun doute dans les années à venir.

 

A Kinshasa, les ouvrages de drainage qui doivent recueillir les eaux des pluies sont malheureusement en piteux états et inadaptés. Très souvent à ciel ouvert, peu entretenus ou presque pas ; ils servent des dépotoirs à ordure et sont bouchés par une multitude des matières plastiques.

 

 

Route de Matadi, arrêt Zappé après la pluie du 21 février 201 à Kinshasa)

 

 

Au-delà-là de la problématique d’entretien et du civisme de la population, il se pose évidemment la question de la responsabilité des travaux d’aménagement des voiries dans nos villes. Car, la mauvaise conception et la mauvaise exécution des ouvrages sont aussi à la base de la plupart des dégâts occasionnées par la pluie. Les populations livrées à elle-même ont l’impression que le secteur des infrastructures de voiries est géré avec amateurisme.

 

Il existe pourtant une multitude des structures étatiques et paraétatiques qui ont la mission de réaliser ou faire réaliser les travaux nécessaires à l’aménagement des voiries des villes en République Démocratique du Congo.

 

L’office des Routes (OR), l’Office des Voiries et Drainage (OVD), l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT), le Fond National d’Entretien Routier (FONER), la Cellule Infrastructure (CI), le Bureau d’Etude et d’Aménagement Urbain (BEAU), la Direction des Ponts et Chaussées ainsi que les Divisions Provinciales déconcentrées du Ministère des Travaux Publics et le Bureau Technique de contrôle (BTC) sont ces structures chargées de s’occuper de la réalisation des différentes infrastructures, entre autres les études, la réalisation ou l’exécution, la validation des études, le contrôle technique des travaux liés à la voirie urbaine sur l’ensemble du territoire.

 

Mais au vu des résultats mitigés sur terrain, la question de leur efficacité se pose sérieusement.

 

L’analyse des missions confiées à chacune de ces structures révèle une étonnante confusion caractérisée par une superposition des rôles. Par conséquent, on assiste à des luttes intestines entre mandataires pour tirer profit de la manne financière allouée au secteur des Infrastructures par le Budget de l’Etat.

 

En dehors de ces guerres intestines liées à la manne financière, se pose également le problème des limites des compétences de chaque structure. Les missions sont les mêmes ou quasi similaires pour la plupart.

 

L’’ACGT et la Cellule infrastructure ont comme mission, la programmation, la planification, l’approbation des études de faisabilité (budgets, options techniques, études d’impacts environnementaux et sociaux, …) la préparation des contrats des travaux, la supervision et la coordination de l’exécution des travaux selon les sources de financement. En bref, elles ont la mission de coordination des opérations liées aux constructions des infrastructures. Elles font essentiellement de l’assistance à maitrise d’ouvrage et/ou la maitrise d’ouvrage délégué. Ces mêmes missions relèvent également de la compétence de la direction des ponts et chaussé du ministère des Travaux-publics.

 

Les motivations de créations de ces structures, très souvent liées aux intérêts politiciens ne cadrent pas toujours avec le besoin d’efficacité.

 

L’ACGT a été créée spécialement pour la gestion des infrastructures financées par le contrat chinois, tandis que la Cellule Infrastructure a été créée pour le besoin de gérer les projets d’infrastructures financés par les partenaires traditionnels, notamment la Banque Mondiale et d’autres bailleurs de fonds bilatéraux ou multilatéraux. Cela au détriment des administrations du ministère des Travaux-Publics qui se retrouvent dépouillées de toutes missions, et sont devenues des coquilles vides. Les responsables politiques à la base de cette situation semblent ne pas accorder beaucoup d’attention à l’administration publique, préférant placer à la tête de ces organisations paraétatiques des proches parents, des camarades des partis politiques ou même des personnes n’ayant aucune expertise en la matière.

 

Quant à l’OVD et l’Office de route, en plus d’exécuter elles-mêmes les travaux, elles ont aussi les missions d’études, de planifications, d’assistance à maitrise d’ouvrage, de maitrise d’ouvrage délégué et de maitrise d’œuvre. Bref, Elles réalisent des ouvrages qu’elles conçoivent elles-mêmes.

Il ressort de cette superposition des taches, un conflit d’intérêt, car la même entreprise ne peut pas être commanditaire des travaux, effectuer les études et réaliser les travaux. Elle se retrouve d’une part donneuse d’ordre et d’autre part exécutante ; soit juge et partie.

Sans appel d’offre, comment s’assurer que les travaux sont facturés et réalisés à juste titre ?

 

Dans la pratique des travaux publics, il est vivement déconseillé de confier la conception et la réalisation des travaux à une seule entreprise. Le constructeur ou entrepreneur doit être contrôlé par le concepteur ou un autre intervenant indépendant pour s’assurer de la qualité des ouvrages et du respect des normes. Il s’agit d’une notion élémentaire en matière de marché des travaux.

 

L’absence d’un organisme indépendant de suivi et contrôle a une répercussion sur la qualité des ouvrages réalisés par l’Office des Voiries et Drainage et l’Office des routes. Le bureau technique de contrôle, crée à cette fin, semble impuissant et dépassé par la situation.

 

Par ailleurs, ces entreprises étatiques souffrent également des mêmes symptômes que toutes les autres sociétés relevant du portefeuille public : difficulté financière, mauvaise gestion, opacité dans la passation des marchés, clientélisme, gabegie financière, incompétence, etc.

A cela s’ajoute la problématique des Ressources Humaines. Sujet très controversé, mais les résultats sur terrain ne plaident pas en la faveur des concernés.

Au vu des travaux réalisés, tout observateur averti se rendra compte que les notions les plus élémentaires des voiries ne sont pas respectées dans la conception, ni dans la réalisation des travaux.

Les principaux paramètres de conception géométrique des routes ne sont pas pris en compte (accotements, devers, croisement des carrefours, pentes, rampes, largeurs des chaussées, …). Des routes sans trottoirs ni caniveaux adaptés, ne tenant pas compte des personnes à mobilité réduite, etc.

Des chantiers mal entretenus, dépourvus des balisages de sécurité, des ouvriers mal équipés et du matériel vétuste. Il en résulte des routes qui ne tiennent qu’une saison sèche. Que du gâchis des fonds publics. Des travaux sont lancés vaille que vaille, sans consulter les schémas directeurs existants ni faire appel aux urbanistes.

L’Avenue Kasavubu à Bandal en est un exemple récent. Pour résoudre les problèmes d’embouteillage, des « ingénieurs » ont suggéré, sans la moindre étude sérieuse, raser tous les arbres et la berne centrale de cette avenue très fréquentée. Ces arbres constituaient pourtant un poumon vert de ce quartier en cette période de réchauffement climatique ; Et la berne centrale facilitait les piétons à traverser en toute sécurité cette route dangereuse. L’élargissement de la route a impliqué l’augmentation de la surface de la chaussée asphaltée et d’office l’augmentation des eaux des pluies. Connaissant la qualité des caniveaux existant qui n’ont même pas été curés pour le besoin. Imaginez la suite ! Et pourtant le problème d’embouteillage n’a pas été résolu.

 

Comme si cela ne suffisait pas, ces mêmes « ingénieurs » se lancent dans un autre projet spectaculaire et budgétivore sur le boulevard du 30 juin, pour réaliser un saut de mouton à un carrefour qui n’en avait pas besoin. Ce projet qui sort de nulle part, n’est prévu dans aucun plan particulier d’aménagement de la ville de Kinshasa. Des feux rouges en parfait état de fonctionnement et bien entretenu auraient fait l’affaire.

Les spécialistes sont formels, les embouteillages à Kinshasa sont causés par l’absence des voies secondaires et tertiaires asphaltées ; tous les véhicules n’empruntent que les rares routes asphaltés disponibles.

Il en est de même des travaux d’élargissement des boulevards Lumumba, Triomphale et de l’avenue des Huileries. A la moindre pluie, on assiste à des inondations gigantesques.

Le rond-point Huileries/Kabambare qui jadis ne posait aucun problème de circulation a été rasé sans étude préalable, occasionnant désormais d’énormes embouteillages.

Dans ce fiasco infrastructurel, les responsables politiques ne sont pas à épargner.

En effet, pour des raisons purement politiciennes et électoralistes, les autorités ont besoin très rapidement des réaliser des actions à impact visible et immédiat. Avide des résultats spectaculaires, les décisions sont généralement prises en urgence et dans la précipitation. Les travaux à commencer dès le lendemain. De ce fait, ils recourent aux entreprises étatiques qui sont toujours disponibles et capables de travailler à moindre frais. Les études des faisabilités, l’élaboration des plans, le dimensionnement des ouvrages et tous les préalables sont considérés comme du temps perdu.

L’essentiel est de passer au journal de 20 heures et couper le ruban. Les conséquences sont connues.

Des routes réhabilitées 3 à 4 fois en 10 ans. Les cas des avenues Kabambare et de l’Université en sont des parfaites illustrations.

A l’allure actuelle, les mêmes causes conduiront aux mêmes effets ; Un éternel recommencement.

Une thérapie de choc est nécessaire pour résoudre une fois pour toutes la problématique des infrastructures urbaines et l’aménagement des villes en République Démocratique du Congo.

Une redéfinition de la politique en matière d’urbanisation et des missions confiées aux intervenants dans le secteur est nécessaire afin d’améliorer la gestion des travaux des infrastructures urbaines de nos villes. Le ministère de l’Urbanisme et Habitat, ainsi que celui des Travaux-publics doivent être replacés au centre de toutes actions concernant les travaux d’aménagement des villes sur toute l’étendue du territoire.

 

Il est nécessaire d’établir des nouvelles règles plus adaptées. Confier les missions de maitrise d’œuvre aux organismes publics ou privés spécialisés. Et s’assurer que chaque intervenant dispose des compétences et des connaissances avérées dans le domaine des études d’aménagement des voiries des villes. S’assurer également de l’équité dans l’attribution des marchés des travaux, car les entreprises étatiques sont juges et parties et ne garantissent aucune transparence quant aux coûts des travaux qu’elles réalisent.

 

Les états généraux des Infrastructures et de l’Aménagement des villes sont nécessaires afin de fixer les missions de chaque acteur étatique, tenir compte du rôle des professionnels de l’Aménagement des villes, au premier plan les Urbanistes, les Architectes et Ingénieurs civils.

 

Ces états généraux devront aboutir à la mise en place d’une loi qui fixera les règles relatives aux rapports entre la maîtrise d’ouvrage publique avec la maîtrise d’œuvre privée.

Cette loi, constituera une des bases du droit de la construction publique en République Démocratique du Congo. Son rôle sera de déterminer les attributions des acteurs principaux de l’acte de construire dans le cadre d’une commande publique que sont la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et l’entrepreneur.

 

 

CONGOPROFOND.NET

2 comments

  • Alex Nyembo Kalenga

    Bonjour Monsieur/ Madame,
    Il est claire que les autorités ont échouées contre la pluie. Mais regardons un peu derrière et voyons comment nous avons construit depuis 30 ans. Nous anons construit au dessus des caniveaux ainsi blocquant les évacuations d’eaux existantantes et par dessus le marché nous n’avin Aucun sens de l’urbabisme dans le pays. Nous construisons pire que nos grands parents aux villages. Avons jamais entendu parler d’inondat Dans les villages, je n’en connais pas jusque là. Regardons derrière nous pour voir où nous avons dévié pour corriger et s’il faut casser des bâtiments pour un meilleur future, sacrifions nous pour cela. Le pire est encore devant, les signes du changement climatique ne font que s’annoncer.
    Alex Myembo

  • Pengele Cédric

    A lire l’article nous comprenons aujourd’hui que les soucis humains planent sur toutes les lignes et que la volonté d’un apport à notre vécu congolais que les soucis de bien faire est quasi inexistante.
    Ne faisant pas une lecture responsable de nos problèmes et n’ayant pas une maîtrise de l’assainissement et même de la gestion de l’évolution de la croissance démographique nous tirons de conclusion attive.
    Il sied de signaler que les ouvrages de drainage sont dimensionner suivant le début réel d’eau à évacuer et que tout est fonction du bassin versant, or qu’actuellement bien de nos ouvrages date de l’époque coloniale et nos ouvrages n’obeissent pas aux règles de l’assainissement à savoir: caniveaux, collecteurs, égouts à la fin émissaires ou exutoires dues à l’absence d’une politique adéquate de l’entretien permettant ainsi l’ecoulement rapide des eaux ainsi drainnées. En rappel il nous faut savoir que Les établissements gestionnaires de nos ouvrages de drainage sont tributaires de la politique du gouvernement congolais et non en manque des compétences et connaissances approfondies à la matière.

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