À la Une
Testament de Gizenga à Fatshi: le dernier coup de poker d’un sérail prébendier
Il n’y a pas de crime parfait, disent les criminologues. Le milliardaire pasteur sud-africain d’origine congolaise Alph Lukau l’a appris à ses dépens, lui qui tentait un dernier coup de génie dans son industrie des miracles avec un scénario de résurrection d’un mort. Ce grossier montage destiné à plafonner sa réputation d’alter égo de Jésus de Nazareth risque à tout le moins de le dépouiller de tout le crédit que lui conférait la crédulité de ses croyants, si l’on en croit l’enquête ouverte contre lui par la justice sud-africaine après les dénégations de toutes les morgues présentées comme ayant abrité le maccabé ressuscité.
Cette mésaventure sud-africaine ressemble traits pour traits à une autre comédie qui s’est joué ce mercredi 27 février dans la résidence du défunt patriarche Antoine GIZENGA sur les hauteurs du quartier Mont Fleuri dans la commune de Ngaliema.
LORSQUE LE RIDICULE NE TUE PAS
Une vidéo devenue virale sur la toile montre le secrétaire particulier du regretté Antoine GIZENGA, le nommé Serge Lukoki, entrain de remettre une enveloppe au président élu Félix Antoine Tshisekedi assortie du commentaire : » C’est le dernier document signé par le patriarche. Il m’a demandé de vous le remettre en mains propres « . Une façon comme une autre de faire parler un mort qui en a vu de toutes les couleurs dans une longue agonie qui l’a conduit à rendre l’âme dans son lit dans la nuit du samedi 23 février au dimanche 24 févier derniers.
Rassasié des jours pour un révolutionnaire résistant qui a consacré l’essentiel de sa vie à la lutte pour la sauvegarde de l’indépendance et l’affirmation de la souveraineté du peuple congolais, le patriarche Antoine GIZENGA méritait plus que quiconque une vieillesse paisible, loin des tumultes d’un monde politique qui l’avaient déjà totalement amorti. Mais son entourage le plus immédiat ne l’entendait pas de cette oreille. Par des intrigues dignes d’un film d’horreur, il a été décrété de faire du vieillard un véritable fond de commerce aux fins d’en tirer tout le lucre que son souffle de vie pouvait encore procurer.
Ainsi pouvait-on faire dire au nonagénaire tout et son contraire.
DIABOLISATION EN RÈGLE D’UNE ICÔNE À DES FINS MERCANTILISTES
« Incroyable », s’exclamaient les compagnons de lutte du patriarche devant des absurdités portant une signature de plus en plus déformée qui en disait long sur les conditions de coercition dans lesquelles elle était extorquée. « Tout le monde connaît la rectitude morale et intellectuelle d’Antoine GIZENGA, témoigne l’un de ses anciens collaborateurs, la plupart des documents qu’on lui a fait signé les cinq dernières années de sa vie ne respectent pas le droit fil de sa pensée politique. Ils sont à mettre carrément sur le compte de la boulimie de ses proches parents qui ont multiplié des astuces pour abuser de ses faiblesses de vieillesse « .
DES FAUSSAIRES IDENTIFIÉS
Par « proches parents « , il faut entendre ici un conglomérat de profiteurs emmenés par sa nièce Ida Nzumba Kidima qui avait réussi à tenir enfants biologiques et épouse de GIZENGA à l’écart afin de « jouir » comme bon lui semblait des derniers jours de l’une des icônes les plus prestigieuses de la scène politique congolaise.
En témoigne le train de vie transfiguré de dame Ida dont le compagnon venu de nulle part s’est retrouvé catapulté Ministre d’État et le gendre Serge Lukoki à la fois chargé de mission du rapporteur adjoint de la CENI ( Ndlr Commission Électorale Nationale Indépendante ), directeur de cabinet Adjoint du ministre son beau-père, mais surtout secrétaire particulier du secrétaire général, Chef du Parti Lumumbiste Unifié, feu Antoine GIZENGA, dont il aurait reçu mission testamentaire de transmettre en mains propres un document confidentiel à l’actuel Président de la République en exercice.
MENSONGE COUSU DE FIL BLANC
Je laisse les lecteurs juger eux-mêmes de la cruauté et des incohérences de cette forfaiture qui s’apparente à une profanation pure et simple de la mémoire d’un illustre disparu.
Cependant, comme on peut le voir à travers la réaction sous cape dans ladite vidéo de l’ancien speaker de l’Assemblée Nationale et actuel Directeur de Cabinet du Président Félix Tshisekedi, en l’occurence l’Honorable Vital Kamerhe qui connaît le microcosme politique congolais comme sa poche, cette comédie de mauvais goût n’a finalement rien caché des intentions de ses metteurs en scène déterminés à faire passer leurs désidératas pour des dernières volontés d’un légendaire et illustre disparu.
Nous affirmions en liminaire qu’aucun crime n’était parfait…
Il a échappé à ces apprentis professionnels de la contrefaçon que le Président de la République et Chef de l’État est un personnage institutionnel amplement renseigné et donc difficile à manipuler. Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, « Fatshi » pour les intimes, a même le bonheur d’avoir comme Conseiller Spécial en matière de sécurité un vieux briscard des sévices d’intelligence en poste depuis la deuxième République.
Tout ceci pour dire que la Présidence de la République n’oublie rien d’un autre document portant la signature du même Patriarche Antoine GIZENGA et daté du 12 janvier 2019; lorsque dans la haute ville, la rumeur sur la victoire du candidat Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo se faisait de plus en plus persistante.
Dans cette lettre destinée à l’alors Président de la République sortant Joseph Kabila, « Antoine GIZENGA? » exhortait le successeur de Mzee Laurent Désiré Kabila à ne jamais commettre l’erreur d’être succédé par le fils d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Toutes les raisons de l’appartenance de Fatshi à une lignée idéologique antagoniste y étaient évoquées en appui à un argumentaire sensé ébranler les dernières certitudes du démocrate Joseph Kabila. Mal leur en avait pris à ces sangsues du retraité Antoine GIZENGA dont Joseph Kabila connaissait à perfection les manigances, car ce dernier ne céda pas à leurs caprices et laissa la logique de l’alternance se poursuivre jusqu’au bout.
DES MILITANTS DÉSABUSÉS
Au Parti Lumumbiste Unifié, PALU, les militants n’ont que leurs yeux non seulement pour pleurer leur Chef charismatique, mais surtout pour constater les dégâts causés sur son image par son entourage incriminé. Il faut dire que du haut de sa superbe, la mort d’Antoine GIZENGA devrait susciter une vive émotion non seulement auprès de ses partisans, mais aussi au sein de l’opinion.
Malheureusement pour des raisons de recherche effrénée des prébendes par son dernier précarré, Antoine GIZENGA a été déchu de son mythe de son vivant au point de mourir comme un dignitaire lambda, sans aucune vénération des masses populaires auxquelles il tenait tant.
Chez lui à Gungu, il nous revient que le siège de son parti a été vandalisé deux fois avant sa mort, faisant de ce lieu de pèlerinage un fantomatique champ de ruines. Dans sa ville natale de Kikwit, les rares inconditionnels qui tenaient à observer le deuil à l’ancien siège du Parti Solidaire Africain( PSA) ont été délogés à coups de pierre le lundi 25 février dernier. Il faut dire que leur geste frisait la témérité dans la mesure où un mois plus tôt la statue d’Antoine GIZENGA qui trônait au siège historique du PALU à Kikwit avait été déracinée et taillée en pièce par une foule en furie. Une façon d’en découdre avec l’image contradictoire que des personnes sans foi ni loi ont donné d’un GIZENGA grabataire dont le libre arbitre était déjà sujet à caution, du fait non seulement de son âge très avancé, mais aussi de la sénilité qui s’y rapportait.
NE PAS JETER L’ENFANT AVEC L’EAU DU BAIN
En passant outre la plupart d’actes écrits prétendument posés par Antoine GIZENGA ces cinq dernières années et dont la contradiction avec sa ligne directrice est flagrante, l’opinion est appelée à faire un distinguo entre les idées forces d’Antoine GIZENGA d’une part, et sa marchandisation par une certaine famille biologique au soir de sa vie, d’autre part.
C’est à cette tâche urgente que devraient s’atteler sans atermoiements ses trois descendants : Dorothée GIZENGA, Lugi GIZENGA et Kogi GIZENGA, pour autant qu’ils ne soient mêlés ni de près ni de loin à la chosification de leur père dans ses derniers jours par des parvenus qui du reste savaient qu’ils pouvaient se permettre de salir un nom qu’ils ne portent pas et ne porteront jamais. Le nom de GIZENGA demeure un héritage merveilleux dont pourront être fiers ceux qui le portent de par la noblesse de leur sang. La mort du leader lumumbiste implique en toute conséquence une rupture radicale avec ceux qui, au sein de sa famille élargie, ont réussi diaboliquement à traîner sa réputation dans la boue pour le pouvoir éphémère et l’argent sale. C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que tous les hauts faits du compagnon fidèle de LUMUMBA referont surface et que sa mémoire sera sauve.
MUKHA MUVWA/Journaliste d’investigation: CONGOPROFOND.NET
À la Une
Triangle de Bermudes budgétaire : Réformes, diplomatie et turbulences, qui perd le Nord ?
Le début de l’année 2026 devait consacrer la symphonie parfaite d’un trio gouvernemental rodé. Mais les chiffres tombés en janvier ont la dureté d’une taupe : 1.037,5 milliards de CDF de déficit, un trou de 350 milliards plus profond que prévu. Face à cette contre-performance, le gouvernement n’a eu d’autre choix que de se ruer vers le marché financier local pour émettre des bons du Trésor.
Dans ce triangle des Bermudes budgétaire formé par Adolphe Muzito (VPM Budget), Daniel Mukoko Samba (VPM Économie) et Doudou Fwamba (Ministre des Finances), l’heure n’est plus aux discours de façade. L’un d’eux tire visiblement en travers, et l’attelage tousse dangereusement. Adolphe Muzito incarne la rigueur budgétaire affichée. Il a réuni les partenaires techniques et financiers, promis un budget crédible et soutenable, et orchestré l’adoption d’un budget 2026 en équilibre à 54.335,7 milliards de CDF.
Sur le papier, il coche toutes les cases de l’orthodoxie financière. Mais cette discipline a un revers : le budget qu’il présente est un château de cartes si les recettes ne suivent pas. Or, janvier 2026 montre que les recettes n’ont atteint que 86% des prévisions. Adolphe Muzito n’est pas le problème, mais il est le premier à pâtir des faiblesses structurelles. Il construit de belles maisons sur des fondations qui s’effritent, et ses projections trop optimistes fragilisent son rôle de projectionniste.
Daniel Mukoko Samba, lui, joue dans la cour des grands. Son terrain de jeu, c’est Washington, les accords américains, et la diversification des partenaires pour sortir de l’emprise chinoise. Sa métaphore est élégante : “Sur un vélo, il faut deux pieds pour pédaler : l’économie et la sécurité”. Grâce à lui, la RDC tente de réussir le pari d’utiliser ses minerais stratégiques pour attirer les investissements américains. Mais pendant qu’il pédale sur le vélo de la diplomatie économique, la selle craque sous les réalités quotidiennes.
Le trou de janvier est là pour le rappeler : les caisses sont vides aujourd’hui. Le décalage est saisissant entre la hauteur de vue de ses annonces internationales et l’incapacité du pays à boucler ses fins de mois. Reste Doudou Fwamba, dont le portefeuille est le plus exposé. Il est aux commandes de la trésorerie, du paiement des dépenses, et de la régulation financière. C’est lui le réparateur qui doit actionner les leviers de l’endettement intérieur via les bons du Trésor pour combler les déficits.
Sur le fond, il tente des réformes courageuses, comme la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Mais les réformes de structure ne rattrapent pas un déficit de recettes. Le recours aux bons du Trésor, loin d’être un signe de bonne santé, est l’aveu d’une faiblesse : l’État n’a plus d’argent et doit puiser sur le marché financier local, asséchant le crédit disponible pour le secteur privé. Aujourd’hui, Fwamba est le plus fragilisé.
Il incarne la douleur immédiate, le pompier arrivé après l’incendie. Dans ce trio, si l’un d’eux ne produit pas les résultats escomptés, c’est bien celui qui est incapable de sécuriser la trésorerie au jour le jour. Mais attention : le véritable problème réside dans l’incapacité collective momentanée et peut-être à transformer les promesses de réformes et les accords internationaux en liquidités immédiatement disponibles dans les caisses de l’État.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
