À la Une
TENASOSP en RDC , test d’orientation , examen déguisé, grande confusion, scandalise les enseignants
Le Test National de Sélection et d’Orientation Scolaire et Professionnelle (TENASOSP) continue de susciter une vive polémique en République démocratique du Congo. Présenté comme un outil d’orientation destiné aux élèves finalistes de l’éducation de base, ce test national apparaît, dans la pratique, comme une véritable épreuve certificative. Une ambiguïté qui alimente l’incompréhension des enseignants, des parents et des spécialistes de l’éducation.
Au cœur de cette controverse, une question fondamentale demeure : le TENASOSP a-t-il été institué pour orienter les élèves ou pour sanctionner la fin d’un cycle scolaire ? Pour plusieurs observateurs, sa finalité reste floue et nécessite des clarifications urgentes de la part du pouvoir organisateur.

Le professeur Jean-Paul Yawidi dénonce une confusion dangereuse
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le professeur Jean-Paul Yawidi Mayinzambi, de l’Université Pédagogique Nationale, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une grave confusion autour du TENASOSP.
Docteur en psychologie, l’universitaire rappelle qu’un test est fondamentalement différent d’un examen.
Selon lui, un examen sert à mesurer les acquis scolaires d’un apprenant, à évaluer les connaissances reçues durant la formation, avec à la clé une logique de réussite ou d’échec.
En revanche, explique-t-il, un test vise essentiellement à identifier les aptitudes, les potentialités et le profil d’un individu afin de l’orienter vers une filière d’études ou une profession adaptée. Dans ce cas, il n’existe ni réussite ni échec.
« Le comportement à adopter face à un test est totalement différent de celui d’un examen », insiste le professeur Yawidi, avant de dénoncer une dérive inquiétante :
« Ce qui se passe chez nous, cette confusion entre examen et test, risque même de pousser certains à rejeter le TENASOSP. »
Quand le test devient une condition de passage
Dans la pratique, le TENASOSP est désormais intégré dans le calcul des points des élèves. Les résultats obtenus sont combinés avec ceux de l’école pour déterminer le passage des élèves de la 8ᵉ année de l’éducation de base vers les humanités.
Une situation qui, pour plusieurs professionnels de l’éducation, transforme un simple test d’orientation en examen sanctionnant la fin du cycle.
Cette réalité choque davantage l’opinion publique que le système éducatif organise déjà l’Examen National de Fin d’Études Primaires (ENAFEP) au cours du même parcours scolaire.
Pour beaucoup de parents et d’enseignants, la coexistence de ces deux évaluations certificatives dans un même cycle apparaît comme une surcharge inutile pour les élèves.
Des questions qui dérangent
Face à cette situation, plusieurs interrogations reviennent avec insistance :
– Pourquoi entretenir la confusion entre test et examen ?
– Pourquoi les autorités éducatives gardent-elles le silence ?
– Le TENASOSP sert-il réellement l’orientation scolaire des élèves ?
Certains responsables scolaires vont encore plus loin. Un chef d’établissement estime que les organisateurs seraient conscients de cette confusion, mais choisiraient volontairement de la maintenir.
Selon lui, derrière le TENASOSP se cacherait également une importante question financière.
Les frais de participation pointés du doigt
Officiellement, le TENASOSP est organisé moyennant des frais de participation fixés par les autorités. Mais dans la pratique, plusieurs parents dénoncent des frais additionnels imposés dans certains établissements scolaires.
À Kinshasa, les frais de participation sont récemment passés de 26.000 à 36.000 francs congolais, provoquant la colère de nombreuses familles déjà confrontées à des difficultés économiques.
Les syndicats des enseignants réclament aujourd’hui la suppression de ces frais qu’ils jugent « asphyxiants » pour les parents.
Une réforme devenue sensible
Dès la première édition du TENASOSP, plusieurs députés nationaux avaient dénoncé la double organisation des épreuves certificatives dans le cycle de l’éducation de base.
Cependant, toute suppression du TENASOSP nécessiterait une modification de la loi-cadre de l’enseignement national, ce qui complique davantage le débat.
Lors d’une conférence organisée le 5 juillet 2024 à l’Université du Lac Albert, le professeur Jean-Paul Yawidi Mayinzambi n’avait d’ailleurs pas hésité à qualifier le TENASOSP d’« escroquerie », relançant ainsi une controverse qui continue de diviser le monde éducatif congolais.
À mesure que les critiques se multiplient, la pression monte désormais sur le pouvoir organisateur, appelé à clarifier définitivement le rôle réel du TENASOSP dans le système éducatif congolais.
Jules Kisema Kinkatu/CONGOPROFOND.NET
À la Une
Mwangachuchu : L’homme qui valait une guerre, et qu’il ne faut surtout pas libérer
Alors que les manipulateurs politiques changent de masque et que les accords de paix s’empilent comme des pansements sur une hémorragie, un nom revient avec une constance machiavélique dans toutes les revendications du RDF/M23 : celui d’Édouard Mwangachuchu. Il serait le financier occulte de la déstabilisation de toute la partie orientale congolaise.
Aujourd’hui derrière les barreaux, cet ancien député, présenté comme le “propriétaire” occulte de la mine de Rubaya, a atteint un niveau de nuisance qu’aucun seigneur de guerre ordinaire n’a égalé. Si la paix continue de fuir l’Est de la RDC comme l’eau des doigts crispés, c’est parce que lui seul savait comment transformer le coltan en kalachnikovs et la terreur en business plan. En matière de déstabilisation, personne n’a fait mieux.

Il n’est pas un simple rouage de la guerre, il en est la chambre forte. Les preuves matérielles ne manquent pourtant pas dans ce dossier volcanique. Lors de son procès très médiatisé en mars 2023 à la prison de Makala, Edouard Mwangachuchu a dû reconnaître la propriété des munitions et effets militaires découverts chez lui, à Kinshasa comme dans sa résidence du Nord-Kivu. Ses avocats ont bien tenté le paravent de l’autorisation officielle de port d’armes.
Mais c’est l’ouverture de son fameux “coffre-fort” qui promettait de révéler l’ampleur du désastre. Car si l’argent est le nerf de la guerre, Edouard Mwangachuchu en était la caisse centrale (le banquier invisible des groupes armés qui saignent la région). Chaque once de colombotantalite extraite de la mine de Rubaya portait sa griffe avant de financer les fusils pointés vers Goma. Le lier au RDF/M23, ce n’est pas une simple accusation politique, c’est une logistique.
Dès lors, la question qui fâche n’est pas “Pourquoi l’arrêter ?”, mais “Pourquoi quelqu’un voudrait-il le libérer ?” Les appels à sa relaxe ne sont pas des quêtes de justice, ce sont des demandes de réarmement déguisées. Dans l’équation sanglante de l’Est, sa présence en prison constitue le seul diviseur commun ayant réduit l’intensité du chaos. Le libérer, ce serait rendre les clés du coffre à un homme dont le “business” repose sur l’instabilité chronique.
Alors, oui, parlons des accords de paix, des revendications politiques du RDF/M23, et de tous ces cessez-le-feu qui n’en sont pas. Mais tant que le nom de Monsieur Edouard Mwangachuchu figure en tête de liste des exigences des groupes terroristes, la vérité éclate, crue et insoutenable : sans sa caisse, la guerre s’essouffle. Pour sauver Rubaya et le Kivu, qu’il reste au moins en prison. Définitivement.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
