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Tapages diurnes et nocturnes : Un colonel réduit au silence le journaliste Ali Male pour avoir dénoncé des abus
Le journaliste Ali Male, directeur du média en ligne Enquetenews, a été arrêté de manière brutale tôt lundi 08 décembre, devant sa femme et ses enfants, avant d’être détenu plus de six heures sans contact avec son avocat ni sa famille. Après une première audition, il a été placé sous mandat d’arrêt provisoire (MAP) au parquet de Kinshasa/Matete.
Son « tort », selon plusieurs sources : avoir dénoncé les abus de pouvoir attribués à un colonel, officier supérieur des FARDC que le journaliste a présenté comme propriétaire d’un établissement dénommé « À Suivre« , situé dans le quartier Agricole à Mombele, commune de Limete.
Un établissement au centre de nombreuses plaintes
Ancienne résidence familiale transformée en bar, hôtel et terrasse, l’espace « À Suivre » est devenu, pour les habitants, une source permanente de nuisance :
– musique assourdissante jusqu’au petit matin,
– activités qualifiées d’“immorales” par les riverains,
– climat d’insécurité et sentiment d’impunité.
A en croire le média dirigé par ce journaliste, la population dénonce depuis des mois « un lieu protégé par l’uniforme », où toute protestation serait réprimée.
Des précédents inquiétants
Ce n’est pas la première fois que des dérives sont rapportées. Le 28 septembre dernier, un médecin et une femme mariée, mère de quatre enfants, auraient été arrêtés de manière brutale, sur ordre du même colonel, puis conduits au « Sous-Ciat Sous le Manguier ». Ils y auraient subi des traitements dégradants, entraînant deux crises de tension dans le cachot, selon plusieurs témoins.
Une atteinte frontale à la liberté de la presse
La détention d’Ali Male est perçue par de nombreuses organisations citoyennes et de défense des droits comme une attaque directe contre la liberté d’informer.
Dans un pays qui revendique son attachement à la démocratie, l’arrestation d’un journaliste pour avoir dénoncé des abus renforce les inquiétudes quant à la protection des professionnels des médias et au respect des droits fondamentaux.
Plusieurs voix appellent désormais à sa libération immédiate et à l’ouverture d’une enquête impartiale sur les accusations visant cet officier militaire.
Tchèques Bukasa/CONGOPROFOND.NET
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Procès “des Enfants chillers” : Marie-Ange Mushobekwa réclame 3,4 millions de dollars !
Et si le mobile n’était pas seulement la justice ? La plaidoirie de la partie civile, ce jeudi 30 Avril 2026 aura duré une heure. Elle aura aussi produit un chiffre qui a fait réagir l’assistance jusqu’aux bancs de la presse : 3.400.000 dollars américains. Un million de dollars par enfant et 200.000 dollars pour chaque mère soit 7.898.200.000 CDF (taux de 2 323 CDF) c’est-à-dire sept milliards huit cent quatre-vingt-dix-huit millions deux cent mille francs congolais.
Un montant colossal, présenté comme la juste réparation de “douleurs et souffrances aiguës intentionnellement infligées”, selon les mots du conseil de Madame Marie-Ange Mushobekwa parlant au nom de toutes les parties civiles. Mais au-delà de l’effet d’annonce, ce quantum interroge. Et ouvre une brèche que les prochaines audiences ne pourront ignorer. Car le décalage est troublant. D’un côté, un récit d’horreur : torture, détention illégale, séquestration, cages à chiens.
De l’autre, un dossier médical qui, de l’aveu même du médecin traitant Docteur Yenga Mbuta Dosh Junior, ne révèle aucun traumatisme interne, aucune fracture, aucune lésion grave. Les vidéos projetées montrent des enfants certes éprouvés, mais que l’on voit debout, capables de se mouvoir, sans trace visible de saignement (alors même que la plaignante Marie-Ange Mushobekwa affirmait que ses fils saignaient). L’écart entre la gravité alléguée et les constatations objectives interroge nécessairement la proportionnalité de la demande indemnitaire.
Quatre mois de procès, et ce constat implacable : personne n’a pu désigner Philemon Mambabwa comme le véritable architecte des violences, rien ne documente un ordre explicite sorti de sa bouche, et son récit, livré avec constance depuis le premier jour, demeure à ce jour sans contradiction. Dès lors, une question s’invite dans les couloirs du prétoire : ce procès était-il mû par la seule quête de justice, ou ce chiffre de 3,4 millions de dollars soit 7.898.200.000 Francs Congolais, trahit-il un objectif plus lucratif ?
Les parties civiles ont le droit de solliciter réparation. Mais lorsque la somme réclamée semble décorrélée de la matérialité des faits établie à l’audience, c’est la crédibilité même de la démarche qui est en jeu. La défense, qui se dit prête à plaider, ne manquera certainement pas de le relever.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
