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Scandale à l’Assemblée provinciale du Sud‑Ubangi : le gouverneur Michée Mobonga adresse un sévère reproche au président Malachie Adugbia Likundu
La séance plénière de l’Assemblée provinciale du Sud‑Ubangi, prévue ce lundi 27 octobre 2025 pour une question orale avec débat adressée au gouverneur Michée Mobonga Lobo n’a pas seulement servi à l’interpellation de l’exécutif provincial : elle a dégénéré en affrontement symbolique entre deux piliers de la gouvernance provinciale.
Une convocation qui bascule vers une motion de défiance
Initialement sollicité pour répondre à une série de 32 interrogations portant sur sa gestion des fonds publics, le gouverneur Mobonga était invité à s’expliquer devant l’hémicycle, à la suite d’une question orale initiée par le député Papy Malumba Ndoko, vice-président de l’Assemblée.
Or, selon les députés membres de mouvement de Libération du Congo (MLC), formation politique de Jean-Pierre Bemba Gombo, cette démarche s’apparenterait en réalité à « une motion de défiance déguisée ». Le député Koko Mbonzi wa Mbonzi, élu de Zongo l’a affirmé haut et fort à son arrivée : « Une motion de défiance orchestrée pour évincer le gouverneur, déguisée en question orale avec débat. »
La tension est montée d’un cran. Ne disposant pas de réponses publiques immédiates, le gouverneur, escorté par les sympathisants du MLC, a quitté la séance avant toute prise de parole. Il ne s’est pas présenté devant l’ensemble des élus pour répondre aux 32 points qui lui étaient adressés.
Tenant un propos cinglants et sortie en trombe
avant de quitter l’hémicycle, le gouverneur Mobonga s’est adressé directement au président de l’Assemblée, Malachie Adugbia Likundu, élu de Budjala, radié du MLC pour avoir pris la présidence sans autorisation de sa hiérarchie, lui lançant : « Tu présides cette Assemblée avec incompétence! Tu n’arrives pas à calmer le débat entre les députés ».
Le président de la chambre, visiblement choqué, est resté silencieux et n’a formulé aucun commentaire public. Les partisans du MLC l’ont alors escorté vers sa résidence, marquant ainsi un geste qui rompt nettement avec les usages parlementaires.
S’adressant également à l’initiateur de la question orale avant de claquer la porte, le gouverneur Mobonga encore farouchement lancé son ton « voici toutes les réponses à vos questions en copie, moi je rentre car vous êtes incompétents ».
Prenant la parole depuis la tribune, le député Papy Malumba Ndoko n’a pas mâché ses mots : « L’agissement du gouverneur est un outrage grave ! Je demande à vous, mes collègues députés, de me rejoindre pour signer son départ. » Une invitation qui vise la collecte de signatures d’une motion de défiance et peut potentiellement conduire à la destitution de l’exécutif provincial.
Vers une crise institutionnelle ouverte
ce face‑à‑face à trois temps convocation, désaveu institutionnel, appel à la mobilisation expose au grand jour les fractures désormais visibles entre l’instance législative provinciale et l’exécutif.
Alors que la province du Sud‑Ubangi traverse plusieurs crises (financières, infrastructures détériorées, manque d’eau potable, paiements inégaux des ministères provinciaux), cet épisode pourrait cristalliser un basculement politique majeur.
En perspective
La suite s’annonce tendue : l’Assemblée provinciale devra décider si elle inscrit formellement la motion de défiance à son ordre du jour. À l’exécutif de répondre, soit en reprenant la séance, soit en préparant sa défense.
Dans tous les cas, ce lundi restera comme un moment charnière du cycle institutionnel au Sud‑Ubangi, où l’équilibre des pouvoirs semble vaciller dans une ambiance électrisée.
Blaise ABITA ETAMBE
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Nord-Kivu : à la veille de la visite ministérielle, Clovis Mutsuva appelle les chefs coutumiers à « dire la vérité » face à l’insécurité
L’arrivée annoncée du ministre des Affaires coutumières, prévue ce vendredi 17 avril 2026 dans les villes de Beni et Butembo, continue de susciter de vives réactions au sein de la communauté locale. Dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans le Grand Nord du Nord-Kivu, plusieurs voix s’élèvent pour interpeller les autorités coutumières appelées à rencontrer le membre du gouvernement.
Parmi elles, celle de Clovis Mutsuva, leader d’opinion dans la région, se distingue par la fermeté de son ton. À la veille de cette visite officielle, il adresse un message direct aux chefs coutumiers, communément appelés Mwami, les exhortant à assumer pleinement leur rôle face aux violences qui frappent la région depuis plus d’une décennie.
Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, il rappelle l’ampleur des souffrances endurées par la population : « Je m’adresse à nos chefs coutumiers, nos Mwami. Voici plus de dix ans que nous mourons par décapitation. Ailleurs, les coutumiers mettent fin à la guerre dans ce pays. […] Mais ici chez nous, je ne veux pas revenir sur les petits conflits qui vous occupent souvent, comme la cession des terres… »
Au-delà du constat, Clovis Mutsuva dénonce les divisions internes et les luttes de pouvoir qui, selon lui, fragilisent l’autorité coutumière et détournent l’attention des véritables enjeux sécuritaires. Il pointe également la prolifération de faux chefs coutumiers :
« Il est vrai qu’il existe des vrais coutumiers, mais les faux existent aussi, et ils sont les plus nombreux. […] C’est une occasion importante qui ne doit pas servir à exposer encore vos querelles. »
Pour ce leader d’opinion, la visite du ministre représente une opportunité cruciale à ne pas gaspiller. Il appelle les autorités traditionnelles à privilégier l’intérêt général et à proposer des solutions concrètes pour mettre fin à l’insécurité, notamment face aux exactions attribuées aux ADF.
Il insiste sur le fait que les conflits entre chefs coutumiers n’ont jamais profité à la population : « Nous, la population, n’avons jamais vu le bénéfice de tout cela. […] Allez lui dire la vérité. Réfléchissez ensemble à comment mettre fin au phénomène ADF, comment utiliser votre pouvoir pour arrêter les massacres et récupérer nos territoires. »
Son message s’étend également à la société civile et à la jeunesse, qu’il invite à éviter tout opportunisme lors de cette visite et à privilégier la responsabilité collective.
Cette prise de parole traduit un ras-le-bol croissant au sein de la population du Grand Nord, qui attend des actions concrètes de la part des autorités, tant coutumières que politiques, pour mettre un terme à une crise sécuritaire qui perdure depuis trop longtemps.
Franck Kaky / CONGOPROFOND.NET
